L'industrie de défense américaine, ici une usine Lockheed lors de la visite de Joe Biden en mai, peut profiter de la guerre en Ukraine ©AFP - Peter Zay / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP
L'industrie de défense américaine, ici une usine Lockheed lors de la visite de Joe Biden en mai, peut profiter de la guerre en Ukraine ©AFP - Peter Zay / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP
L'industrie de défense américaine, ici une usine Lockheed lors de la visite de Joe Biden en mai, peut profiter de la guerre en Ukraine ©AFP - Peter Zay / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP
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Résumé

Le sommet de l’Otan s’ouvre demain à Madrid pour 3 jours. L’organisation de défense transatlantique a retrouvé de la légitimité avec la guerre en Ukraine. En revanche, le projet d’autonomie stratégique européenne, souvent appelé « Europe de la défense » parait enlisé, victime indirecte du conflit.

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Une guerre sur le sol européen avec un ennemi clairement désigné.

Sur le papier, depuis 4 mois, tout est réuni, c’est presque un cas d’école, pour justifier la nécessité d’une Défense européenne.

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Depuis 30 ans et les conflits dans les Balkans, l’Europe avait « oublié » la guerre. Elle ne pensait plus que croissance économique dans le confort d’un continent en paix.

L’agression russe en Ukraine est un rappel à l’ordre, un réveil qui sonne la fin de la naïveté, la fin de l’illusion de pouvoir être uniquement « une puissance douce ».

Un géant surarmé est à nos portes, capable à tout instant d’actes de barbarie (on vient de le voir cet après-midi encore à Kremenchuk), capable de frapper les capitales européennes avec des missiles moyenne et longue portée.

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La guerre en Ukraine a donc remis la question militaire au centre du débat. Elle a poussé l’Union Européenne à réviser ce qu’elle appelle sa « boussole stratégique ».

Et elle a immédiatement provoqué une hausse des budgets militaires dans de nombreux pays européens : l’Allemagne en tête, qui a brisé ses tabous sur le sujet, en débloquant une immense enveloppe de 100 milliards pour moderniser son armée. Ou bien le Danemark qui, par référendum, choisit d’intégrer la politique européenne de défense.

Bref, sur le papier, tout concourt à donner un coup d’accélérateur à cette Europe de la défense préconisée par la France depuis plusieurs années.

Et dont Angela Merkel avait fini, en 2018, par reconnaitre la nécessité.

Le retour du parapluie américain en Europe

Sauf que pas du tout, c’est donc l’Otan qui a tiré les marrons du feu !

Et c’est logique : l’Europe de la Défense n’est pour l’essentiel qu’un projet virtuel. Or face à l’agression russe, il y avait besoin d’agir immédiatement.

Le seul outil opérationnel à ce jour, c’est l’Otan. D’autant plus qu’elle retrouve sa raison d’être, ce pourquoi l’organisation transatlantique a été fondée en 1949 : contrer la menace de Moscou.

L’Otan retrouve sa crédibilité, augmente son budget, déploie de nouvelles forces et voit frapper à sa porte des pays longtemps neutres, la Suède, la Finlande.

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Et au sein de l’Otan, la seule puissance ayant la capacité d’agir rapidement face à la Russie, ce sont les Etats-Unis.

Le parrain américain a donc sauté sur l’occasion pour réinstaller son parapluie en Europe.

Et il n’a pas ménagé ses efforts :

- Partage abondant de renseignement avec les Ukrainiens,

- Envoi de 20.000 soldats en renfort à l’Est de l’Europe,

- Et surtout bien sûr aide militaire massive à Kiev, pour plusieurs milliards : les missiles Stinger, Javelin, Himra, etc

Cette réaffirmation de puissance se double d’ailleurs d’un intérêt économique non négligeable : vente d’avions F35 à l’Allemagne et à la Roumanie, de chars Abrams à la Pologne.

La guerre en Ukraine a donc remis l’Otan sur le devant de la scène. Et rendu aux Etats-Unis leur statut de prédominance militaire.

Pendant que l’Europe s’est vue cantonnée dans son rôle habituel : l’économie, les sanctions. Quitte d’ailleurs à en faire les frais.

Une question de survie pour l'Europe

Espérons néanmoins que l'autonomie stratégique européenne ne soit pas destinée aux oubliettes.

Pour une raison simple : le parapluie américain sur l’Europe ne sera pas éternel. Un moment viendra où Washington retournera à sa priorité géopolitique : la rivalité avec la Chine.

Et ce moment pourrait venir plus vite que prévu, en cas d’un retour aux affaires des Républicains Trumpistes lors des élections de mi-mandat dans 4 mois.

En fait, l’Europe n’a pas d’autre choix que de développer une politique de défense autonome. Et comme les projets industriels indispensables à cette politique vont prendre 15 ans, il faut démarrer tout de suite.

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Parce que le sujet central, ce n’est pas la création d’une force de réaction rapide européenne de quelques milliers d’hommes, même si c’est souhaitable.

Le sujet central, c’est bien l’industrie.

Aujourd’hui, les 2/3 des armements en Europe sont importés. Et les budgets sont pensés nationalement, dans chaque pays, sans coordination avec les voisins. C’est absurde et anachronique.

Les pays européens possèdent 17 modèles de chars. Les Etats-Unis un seul. Tout est dit.

Il faut penser les projets en commun avec une répartition des tâches entre les 27.

Pour un nouvel avion, un drone, un char, un dispositif cyber, une défense aérienne, un système de surveillance satellitaire. Ce n’est pas si différent de l’achat groupé de vaccins.

Et le tout coordonné avec l’Otan, mais pas comme une succursale de l’Otan. Plutôt comme un partenaire qui traite d’égal à égal.

Pour l’Europe, ce n’est pas seulement le prix à payer pour devenir une puissance. C’est bien plus que cela : c’est la seule garantie de survie dans un environnement très instable.