Photomontage du tir de ce 31 janvier et des images de la Terre présumées envoyées depuis le missile
Photomontage du tir de ce 31 janvier et des images de la Terre présumées envoyées depuis le missile
Photomontage du tir de ce 31 janvier et des images de la Terre présumées envoyées depuis le missile ©AFP - EyePress News / EyePress via AFP
Photomontage du tir de ce 31 janvier et des images de la Terre présumées envoyées depuis le missile ©AFP - EyePress News / EyePress via AFP
Photomontage du tir de ce 31 janvier et des images de la Terre présumées envoyées depuis le missile ©AFP - EyePress News / EyePress via AFP
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Résumé

C’est une crise perdue de vue qui réapparait : la Corée du Nord a tiré ce matin son missile le plus puissant depuis cinq ans. Elle vient d’enchainer une série de sept essais de missiles en un mois, un record. Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un a plusieurs objectifs militaires et diplomatiques.

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L’honnêteté sur la Corée du Nord, c’est de commencer par dire que l’on n’est sûr de rien. Si vous entendez quelqu’un de catégorique, méfiez-vous, c’est suspect.

Ce régime communiste totalitaire est d’une telle opacité qu’en comparaison le travail des Kremlinologues de l’époque soviétique était un jeu d’enfants.

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Le logiciel de Kim Jong-un est très différent du nôtre et difficile à décoder.

Maintenant que je me suis exonéré de toute responsabilité, essayons quand même de comprendre pourquoi, tout d’un coup, le régime de Pyongyang tire des missiles à la queue leu leu.

La première explication, la plus simple, est peut-être la bonne : le régime teste du matériel militaire. De plus en plus élaboré, sophistiqué.

L’arsenal du régime va du simple missile de croisière de courte portée aux armes nucléaires en passant par toute la gamme : portée intermédiaire, missile intercontinental, et même sans doute missile hypersonique se déplaçant à cinq fois la vitesse du son.

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Et s’il y a bien un budget intouchable en Corée du Nord (à peu près 25% du budget global), c’est celui de la défense, même en période de catastrophe économique (comme c’est le cas actuellement).

Pourquoi intouchable ?

Parce que Kim Jong-un, déjà 10 ans au pouvoir, voit dans ces missiles :

  •  D’une part l’assurance vie de son régime ("J’ai les moyens d’attaquer les autres donc personne ne m’attaquera"),
  • D’autre part une source de fierté nationale ("Voyez, je défie les interdictions de l’Onu").

Un appel du pied à Washington

Examinons maintenant l'explication au deuxième degré : c’est du langage diplomatique.

C’est presque du morse. Un court, deux longs, un court. Un missile intermédiaire, un missile hypersonique, etc.

C’est spécial mais c’est une forme de langage diplomatique.

Fait révélateur, ce matin après ce nouveau tir de missile Hwasong 12 de portée intermédiaire, la première chose qu’a faite le régime, a été de diffuser des images photographiques de la Terre prise depuis le missile en altitude.

C’est donc bien aussi une opération de communication : faire savoir.

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En l’occurrence, le destinataire le plus évident du message, c’est Washington.

Depuis la rencontre Kim / Trump en 2019, les liens sont rompus. Et la Corée du Nord est sortie du radar américain.

Joe Biden a d’autres priorités : la Chine et Taiwan, le nucléaire iranien, et bien sûr désormais la Russie et l’Ukraine.

En tirant des missiles, Kim rappelle à Washington qu’il possède la capacité militaire de toucher les côtes de l’Alaska.

Traduction : "Nous voulons causer". Paradoxal mais classique dans le logiciel nord-coréen : déployer des armes, c’est un appel du pied pour négocier.

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Donc il est possible que Kim Jong-un cherche à revenir à la table de négociations sur le nucléaire en échange d’une levée des sanctions économiques.

Possible mais pas sûr non plus : il s’agit peut-être plus basiquement de vouloir, de façon presque puérile, être à nouveau pris au sérieux. "Youhou, je suis là !"

Ambiguïté vis à vis de Pékin et interférence dans les élections en Corée du Sud

Il y a aussi du morse envoyé aux voisins : la Chine, la Corée du Sud, mais là encore on est réduit à spéculer.

La Chine, d’abord. C’est le soutien principal de la Corée du Nord. Et il est donc surprenant de voir Pyongyang multiplier les tirs de missile, alors que les Jeux Olympiques d’hiver approchent.

Pékin veut en faire une démonstration de soft power et d’image. C’est peu compatible avec une déstabilisation de la région au même moment.

Donc si les tirs continuent après vendredi prochain (début des Jeux), il faudra se demander si Kim Jong-un n’a pas un motif d’insatisfaction envers la Chine.

La Corée du Sud ensuite. Elle vote dans un peu plus d’un mois, le 9 mars.

Duel annoncé entre le parti libéral de centre gauche, celui de l’actuel président Moon, favorable à la négociation avec la Corée du Nord. Et le parti conservateur de droite, sur une position plus dure.

Donc, pas de hasard : les missiles nord-coréens ont aussi pour objectif d’interférer dans la campagne électorale du voisin.

Mais là aussi, dans quel sens ?

Kim Jong-un rêve-t-il d’un traité de paix qui ramènerait la prospérité ou au contraire veut-il maintenir la stratégie de la tension qui légitime son régime militarisé ?

Autrement dit, quel candidat a sa préférence au Sud ? Mystère.

Oui je sais, j’apporte plus de questions que de réponses.

Mais c’est tout le problème avec le dirigeant nord-coréen : difficile à lire et à prédire. C’est précisément ce qui rend la situation dangereuse.

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Jean-Marc Four
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