Manifestation à Bamako le 14 janvier en faveur de la junte militaire et contre la présence française ©AFP - FLORENT VERGNES / AFP
Manifestation à Bamako le 14 janvier en faveur de la junte militaire et contre la présence française ©AFP - FLORENT VERGNES / AFP
Manifestation à Bamako le 14 janvier en faveur de la junte militaire et contre la présence française ©AFP - FLORENT VERGNES / AFP
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Résumé

Après l’annonce de l’expulsion de l’ambassadeur de France au Mali, la tension reste forte entre Paris et Bamako. Et la question de l’avenir de l’opération militaire française Barkhane est posée. Et on a le droit de s'interroger à rebrousse poil sur la pertinence de la présence française.

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Que dit la junte à Bamako : en résumé, « nous sommes souverains et c’est notre droit de pousser la France vers la sortie ».

Et bien il y du vrai là-dedans.

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D’abord, il faut rappeler le fondement juridique de l’intervention militaire française au Mali, l’opération Serval devenue Barkhane.

Paris n’agit pas avec un mandat international de l’ONU. Depuis 9 ans Paris agit sur un mode bilatéral « à la demande du pouvoir malien », pour lutter contre la menace jihadiste. Donc si le pouvoir de Bamako ne veut plus de cette aide, il n’y a plus de fondement.

Vous me direz, oui mais enfin c’est une junte militaire à la légitimité douteuse ! Certes mais elle possède aussi une forme de soutien populaire. Une partie de la population malienne ne supporte plus la présence française.

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Ensuite d’un point de vue franco-français, l’importance accordée à la lutte contre le terrorisme au Mali peut se discuter : la sécurité sur le sol français n’a jamais été menacée par un terroriste venu du Sahel. Du moins jusqu’à présent.

C’est une grosse différence avec le groupe Etat Islamique en Syrie.

Ajoutons enfin que Paris est un peu pris à son propre piège. La France d’Emmanuel Macron plaide pour une souveraineté accrue des pays africains, la fin de la Françafrique, la montée en puissance des armées locales dans la lutte contre le terrorisme.

Et bien nous y voilà et plus vite que prévu. Acte de souveraineté du Mali : la France dehors !

Relevons d’ailleurs que ça peut marcher en sens inverse : le Niger voisin, lui, semble vouloir, au contraire, renforcer sa coopération militaire avec Paris.

A chacun sa souveraineté. A chacun sa position.

L'essor des organisations régionales africaines

Donc en résumé, que les pays africains gèrent leurs affaires eux-mêmes !

Et c’est aussi dans ce sens qu’il faut regarder l’essor des organisations régionales et internationales sur le continent.

Il y a d’abord la Cédéao. La communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest qui regroupe 16 pays. Elle s’implique dans les crises en cours, avec notamment à sa tête le Ghana ou le Nigéria.

La Cédéao a mis en place des sanctions très strictes contre les militaires maliens : suspension des échanges de 1ère nécessité, gel des avoirs du Mali.

Et elle a envoyé une délégation au Burkina pour rencontrer les autres putschistes du moment. Les militaires de Ouagadougou sont d’ailleurs apparus désireux de respecter les libertés publiques, contrairement à leurs voisins de Bamako.

Ce qui prouve combien il faut éviter de mettre tous les pays africains dans un même sac dans un raccourci trop rapide.

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Ensuite, il y a l’Union Africaine, l’organisation continentale. Relancée depuis qu’elle a été présidée par le Rwandais Paul Kagame. Elle a encore des difficultés de financement, mais elle agit.

A partir de demain, le Sénégal en prend la direction. Le président sénégalais Macky Sall a des cartes en main pour influer sur la situation au Sahel.

Et puis il y a des grands projets, par exemple la Zlecaf, la grande zone de libre-échange sur tout le continent, qui à terme peut constituer le plus grand marché au monde.

Bref, si les pays africains prennent en charge leur destin, c’est une bonne nouvelle.

Le problème c'est que tout ça reste un peu théorique.

Le risque d'une nouvelle tutelle russe ou chinoise

Les écueils sont nombreux. Au moins trois.

Le premier, c’est l’illusion du pouvoir autoritaire.

Les putschs militaires en série de ces derniers mois sont la traduction d’une désillusion vis-à-vis de la démocratie, en tout cas quand elle est synonyme de corruption et d’inefficacité.

Mais ça ne veut pas dire que les militaires vont faire mieux.

Le deuxième écueil, c’est évidemment la propagation du cancer islamiste en tout cas dans le Sahel. Parce que pendant que les putschistes "putschisent", les groupes jihadistes prospèrent et maîtrisent certains territoires.

Et le troisième risque, c’est de passer d’une tutelle à une autre.

Pousser l’ancien colon français vers la sortie mais pour mieux se jeter dans les bras des mercenaires russes (c’est le cas au Mali ou en Centrafrique) ou dans les bras des banques chinoises (c’est le cas depuis longtemps en Afrique de l’Est et de plus en plus à l’Ouest aussi).

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Autrement dit, mettre la France dehors n’est pas une solution en soi. C’est davantage un slogan facile.

Et c’est pour ça aussi que l’Union Européenne, à son niveau, doit impérativement entretenir le lien et nourrir des partenariats avec l’Afrique.

C’est l’objet d’un sommet prévu dans 15 jours à Bruxelles, à l’initiative, justement, de la présidence française de l’Union Européenne.

Le contexte va le rendre périlleux, et en même temps il est plus nécessaire que jamais.

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Jean-Marc Four
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