La centrale de Mallnow en Allemagne, l'un des principaux points d'arrivée du gaz russe en Europe ©AFP - PATRICK PLEUL / dpa-Zentralbild / dpa Picture-Alliance via AFP
La centrale de Mallnow en Allemagne, l'un des principaux points d'arrivée du gaz russe en Europe ©AFP - PATRICK PLEUL / dpa-Zentralbild / dpa Picture-Alliance via AFP
La centrale de Mallnow en Allemagne, l'un des principaux points d'arrivée du gaz russe en Europe ©AFP - PATRICK PLEUL / dpa-Zentralbild / dpa Picture-Alliance via AFP
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Résumé

La commission européenne s’apprête à annoncer un 6ème train de sanctions économiques contre Moscou. Il devrait initier un début d’embargo sur le pétrole. Mais il ne faut pas se faire d’illusion : ces sanctions n’arrêteront pas la guerre en Ukraine et il faut cesser de penser que c’est leur objectif.

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Il faut se rendre à l’évidence. Après deux mois et demi de conflit et deux mois et demi de sanctions, Moscou tient son cap et amortit le choc.

Les représailles économiques européennes n’ont rien changé à la détermination guerrière de Poutine.

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Il n’y a pas eu de panique financière ou monétaire à Moscou : le rouble a même nettement dépassé son niveau d’avant-guerre face à l’euro. Et la Russie a évité le défaut de paiement sur sa dette. Elle vient d’opérer un remboursement la semaine dernière.

Plus fort encore, la balance commerciale russe est excédentaire.

Et pour cause : la Russie continue d’exporter son gaz et son pétrole (rien que le pétrole c’est 700 millions de dollars par jour !). Mais elle voit ses importations restreintes par les sanctions. Donc bénéfice commercial.

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Moscou tient aussi en contrôlant strictement toute évasion de capitaux (impossible de sortir de l’argent du pays). Et parce que le pouvoir n’a aucun état d’âme à imposer des restrictions à la population. L’idéologie prévaut sur le bien-être.

Alors oui, quelques oligarques tordent du nez parce qu’ils ont vu leurs yachts immobilisés. Mais ce n’est pas ça qui va arrêter la guerre.

Aucun espoir de ce côté-là, en tout cas à court terme, tant que Moscou trouve des acheteurs pour son gaz et son pétrole.

Pour le dire autrement : pas plus que la Russie n’a remporté le bras de fer militaire, l’Europe n’a remporté le bras de fer économique.

En finir avec la dépendance aux énergies fossiles

Alors ça sert à quoi les sanctions ?

Elles servent à autre chose, de très important. Elles constituent une formidable opportunité économique pour en finir avec une double addiction.

La première de ces addictions, c’est la dépendance à la Russie, via le gaz et le pétrole. Répétons-le, en Europe 40% des approvisionnements en gaz proviennent de Russie.

Cette dépendance, a fortiori vis-à-vis d’un pouvoir autoritaire, était un aveuglement. Et certains dirigeants en sont directement responsables, comme l’ancien chancelier allemand Gerhard Schröder.

Les sanctions nous imposent de diversifier nos approvisionnements. Et d’aller chercher pour compenser, du gaz de Norvège, du Qatar, d’Algérie, d’Azerbaïdjan, des États-Unis.

Mais attention à ne pas recréer une dépendance vis-à-vis d’un fournisseur principal, quel qu’il soit, même les États-Unis. Le mot-clé : c’est diversification.

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La deuxième de ces addictions, c’est la dépendance aux énergies fossiles.

Toute cette séquence des sanctions le met en évidence comme le nez au milieu de la figure : notre autonomie, notre liberté d’Européens passent par le recours à des énergies que nous pouvons développer nous-mêmes.

Donc soit le nucléaire (même si on en connait les risques), soit les renouvelables : et sur l’éolien et le solaire, la France est en retard par rapport à ses voisins espagnols, allemands ou britanniques.

En plus c’est l’occasion de faire d’une pierre deux coups : une politique compatible avec les impératifs climatiques et le Green Deal de Bruxelles qui entend faire de l’Europe un leader mondial sur ce sujet.

Affirmer une puissance politique

Mais l’affirmation de ces sanctions n’est pas seulement un calcul économique : c’est aussi un acte politique d’opposition à l’invasion russe. L’affirmation d’une volonté européenne face à l’agressivité de Moscou. Et là on rejoint la question de la guerre en Ukraine.

Ces sanctions fournissent l’occasion de proclamer que l’économie est au service du politique. C’est en soi un événement pour l’Europe.

Plus qu’un changement de braquet, c’est un renversement de perspective pour une Union longtemps cantonnée à une alliance commerciale et monétaire.

L’affirmation de cette volonté politique doit se traduire d’abord par le maintien de l’unité des 27.

Poutine, de toute évidence, mise sur des divisions entre Européens, notamment entre Paris, Rome et Berlin sur les contraintes énergétiques. Maintenir cette unité est primordial.

Cette volonté, elle doit se traduire aussi par de la fermeté.

C’est pour ça qu’il faut refuser de céder au chantage de Poutine sur le paiement du gaz en roubles, avec un tour de passe-passe opaque via des comptes à la Gazprom Bank.

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C’est pour ça enfin que l’Europe doit développer une défense autonome, en complément de l’Otan, pour protéger en particulier son flanc Est, en Pologne, en Slovaquie, en Roumanie.

Et ne pas laisser cette tâche aux seuls Américains.

On se résume : les sanctions européennes ne mettront pas fin à la guerre en Ukraine.

Mais elles peuvent contribuer à affirmer un objectif beaucoup plus large : l**’émergence d’une Europe qui ne soit pas seulement un pouvoir économique, mais aussi une puissance politique. Un géant.**

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Jean-Marc Four
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