Dans le camp de Roj en Syrie où sont détenues la plupart des femmes djihadistes et leurs enfants, les conditions sont souvent très précaires ©AFP - Delil SOULEIMAN / AFP
Dans le camp de Roj en Syrie où sont détenues la plupart des femmes djihadistes et leurs enfants, les conditions sont souvent très précaires ©AFP - Delil SOULEIMAN / AFP
Dans le camp de Roj en Syrie où sont détenues la plupart des femmes djihadistes et leurs enfants, les conditions sont souvent très précaires ©AFP - Delil SOULEIMAN / AFP
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Résumé

Paris a donc annoncé ce matin le retour en France de 51 de nos ressortissants, 16 femmes et 35 enfants détenus dans les camps contrôlés par les Kurdes dans le Nord de la Syrie. Camps de détention de djihadistes. C’est le premier rapatriement de cette ampleur. Et c'est une bonne décision.

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C’est une rupture, et elle est bienvenue.

C’est une rupture avec la doctrine édictée il y a 3 ans par l’Elysée après la chute de ce qui était à l’époque le dernier bastion du groupe Etat Islamique.

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Cette doctrine n’autorisait que des rapatriements individuels au cas par cas, en préconisant de séparer les enfants de leurs mères, de casser les fratries.

Le rapatriement annoncé ce matin, 51 personnes d’un coup (dont 7 orphelins et une femme considérée comme dangereuse Emilie König), ce rapatriement est d’une ampleur sans précédent.

C’est un changement de pied. Même s’il reste encore sans doute, dans ces camps tenus par les Kurdes, un peu plus de 200 femmes et enfants français, dont les 2/3 dans le camp de Roj, près de la Turquie.

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Il était temps de changer de pied parce que les meilleurs juristes, psychiatres, spécialistes de l’antiterrorisme, le disent tous : il ne faut pas laisser ces femmes et ces enfants dans ces camps.

D’une part les conditions y sont inhumaines, d’autre part nous y fabriquons les terroristes de demain.

Et puis rapatrier ce n’est pas passer l’éponge : ces femmes sont arrêtées à leur arrivée, poursuivies, traduites en justice.

D’ailleurs, tous nos voisins, à l’exception du Royaume-Uni, ont changé de politique et récupéré leurs ressortissants : la Belgique, avec un rapatriement massif le mois dernier, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Suède, le Danemark, la Finlande.

On peut avoir raison contre la terre entière, mais tout de même.

Une fabrique à terroristes

En même temps on peut comprendre que ça puisse inquiéter !

Mais c’est précisément ce débat qu’il faut assumer d’avoir.

Il faut dire publiquement pourquoi ce rapatriement obéit à de bonnes raisons.

Des enfants, souvent très jeunes, n’ont pas à payer pour leurs parents. La patrie de Victor Hugo ne peut pas prendre cette position. Imposer à ces enfants de vivre dans le froid, la malnutrition, la violence, ou leur imposer d’être privés de leur mère, n’est pas digne de la France.

  • Répétons-le, en les laissant moisir dans ces camps, nous créons mécaniquement les conditions d’une colère contre l’Occident, qui peut nourrir une nouvelle génération de terroristes.

Juger ces femmes en France, c’est se donner une chance de comprendre pourquoi la radicalisation terroriste s’est développée sur notre sol, et comment elle s’est organisée.

Tout cela est rationnel. Et c’est le rôle du politique de parler à notre cerveau. D’expliquer les décisions difficiles à une opinion publique guidée par les émotions.

Et franchement, on attend toujours ce discours pédagogique qui nous prendrait pour des adultes.

On a l’impression que ce soudain rapatriement obéit plutôt à de mauvaises raisons.

Il est effectué, un peu en catimini, en début d’été, après la séquence électorale, comme si on était incapable de l’assumer dans le débat public.

Il donne l’impression d’être organisé pour éviter d’être condamné sur le sujet par la Cour Européenne des Droits de l’Homme, après l’avoir été par l’ONU, la Défenseure des Droits et les plus grandes ONG.

Enfin, dernier fait troublant : on ne comprend pas bien comment ont été choisis les 50 rapatriés, plutôt que les 200 autres encore détenus sur place.

Ce n’est pas clair. Sauf à penser que c’est la loterie d’un tableau Excel.

Le retour du groupe État Islamique

Et puis il faut espérer qu’il ne soit pas déjà trop tard.

Trop tard pour ces enfants : méthode Coué, répétons-le encore. Nous les avons laissés plus de trois ans dans des camps de prisonniers et un bain de violence. C’est irresponsable et scandaleux.

C’est comme ça que le groupe Etat Islamique avait déjà démarré à la fin des années 2000, par la radicalisation clandestine dans les prisons irakiennes.

D’ailleurs Daech, au fil des mois, se reconstitue dans cette zone située à la frontière irako-syrienne, sur fond de désenchantement des tribus sunnites.

La menace est à nouveau là, de l’aveu même d’un haut diplomate français.

3 min

Trop tard aussi pour les Kurdes, qui ont fait à notre place le sale boulot contre les Islamistes, et qui depuis 3 ans se débrouillent avec la gestion de ces camps où se trouvent 10.000 djihadistes étrangers dont personne ne veut.

On ne veut pas reconnaitre les Kurdes politiquement, on les laisse en tenaille entre les Islamistes, le régime Assad et les militaires Turcs. Mais on les juge assez bons pour gérer nos ressortissants radicalisés.

Rien que les mauvais côtés. Ils ont de quoi en avoir ras-le-bol.

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En tout cas, la France serait bien inspirée de ne pas s’arrêter à ce rapatriement de 51 personnes.

Et de faire revenir tous les autres au plus vite.

Parce que oui, mieux vaut tard que jamais pour regarder en face ce qui est devenu un angle mort de nos consciences.

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Jean-Marc Four
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