La délégation iranienne aux négociations sur le nucléaire à Vienne, le 7 mars ©AFP - JOE KLAMAR / AFP
La délégation iranienne aux négociations sur le nucléaire à Vienne, le 7 mars ©AFP - JOE KLAMAR / AFP
La délégation iranienne aux négociations sur le nucléaire à Vienne, le 7 mars ©AFP - JOE KLAMAR / AFP
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Résumé

Après des mois d’intenses négociations sur le programme nucléaire iranien, un nouvel accord entre Washington et Téhéran semblait sur le point d’aboutir ces derniers jours. Mais l’invasion russe en Ukraine est peut-être en train de changer la donne.

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S’il est une instance internationale où la Russie a encore toute sa place malgré la guerre en Ukraine, c’est dans les négociations sur le nucléaire iranien. Cela fait des mois que Moscou travaille d’arrache-pied en collaboration avec les Européens et les Américains pour réussir à ressusciter l’accord sur le nucléaire iranien, mis à mal pendant les années Trump. Depuis l’arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche, le travail de fourmi des négociateurs sous l’égide de l’AIEA (le gendarme nucléaire de l’ONU) a permis de renouer le dialogue et d’avancer pas à pas vers un compromis. D’un côté, l’Iran s’engagerait à limiter de façon significative et vérifiable ses activités nucléaires, et de l’autre les Etats-Unis accepteraient de lever une partie des sanctions qui plombent l’économie iranienne. Fragile numéro d’équilibriste, mais de quoi peut-être enfin sortir de la spirale de tension de ces dernières années. 

A Vienne, Moscou fixe ses exigences

Voilà donc où on en était il y a quelques jours. Mais samedi à Vienne, la Russie a décidé de renverser la table. Il fallait s’y attendre vu le contexte de la guerre en Ukraine et l’isolement de Moscou. La Russie n’allait pas laisser passer l’occasion de faire monter les enchères. Sanctionnés, boycottés, exclus de nombreuses instances internationales depuis dix jours, les Russes ont en revanche encore toute leur place dans cette négociation. Les Occidentaux ont besoin d’eux face à Téhéran. Et cela, le régime de Vladimir Poutine l’a bien compris. A Vienne ce week-end, le ministre des affaires étrangères Serguei Lavrov a donc fait connaitre ses exigences : la Russie demande à ce que sa coopération avec l’Iran ne soit pas entravée par les sanctions prises par les Occidentaux sur l’Ukraine. En tant que pays destinataire du stock d’uranium excédentaire de l’Iran, la Russie un rôle de premier plan. Et Moscou réclame donc désormais des garde-fous. 

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Le risque de retarder l'échéance

Pourtant, un accord reste possible. C’est ce que veulent croire en tout cas les négociateurs… Ce mardi le Quai d’Orsay confirme qu’un accord est ‘imminent’. Mais la France se dit préoccupée par les demandes russes qui risquent de retarder l’échéance. Même son de cloche à Washington, qui appelle la Russie à ne pas tout mélanger. De fait, tout le monde a plutôt intérêt à ce que la négociation aboutisse. A commencer par les Iraniens qui espèrent beaucoup de la levée des sanctions contre leur pays. Les Occidentaux auraient tout à gagner à ce que le pétrole iranien puisse être à nouveau exporté… Un besoin d’autant plus pressant avec la flambée de l’or noir à laquelle on assiste en ce moment sur fond de guerre en la Russie et l’Ukraine. Quant aux Russes… s’ils obtiennent les garde-fous qu’ils réclament, un accord avec l’Iran pourrait peut-être leur permettre d’atténuer l’effet de certaines sanctions prises par les Occidentaux. 

Un test pour la capacité de nuisance russe

En tout cas, ce blocage sur l’Iran préfigure peut-être ce que pourrait être la capacité de nuisance de la Russie à l’avenir. Si la guerre avec l’Ukraine se poursuit ou s’envenime, si les sanctions très lourdes prises contre Moscou se prolongent, il faut s’attendre à ce que la Russie actionne tous les leviers possibles pour perturber l’ordre international afin de déstabiliser les Américains et les Européens. Or Vladimir Poutine a déjà avancé ses pions un peu partout depuis une dizaine d’années. En Syrie, évidemment, où l’armée russe dispose désormais de bases militaires permanentes. En Libye, un pays divisé, toujours en proie au chaos, dix ans après la chute de Khadafi, et désormais en Afrique : que ce soit en Centrafrique, au Mali, au Mozambique. Les accords de sécurité signés par Moscou avec les régimes en place et l’intervention sur place des mercenaires russes du groupe Wagner. Autant de moyens pour Moscou de renforcer son influence, de mener des actions de déstabilisation, et de riposter à l’isolement imposé à la Russie par l’Europe et les Etats-Unis.  

Références

L'équipe

Cyril Sauvageot
Production
Jean-Marc Four
Jean-Marc Four