Une simulation par l'Agence spatiale européenne des débris spatiaux en orbite basse autour de la Terre ©AFP - ESA / AFP
Une simulation par l'Agence spatiale européenne des débris spatiaux en orbite basse autour de la Terre ©AFP - ESA / AFP
Une simulation par l'Agence spatiale européenne des débris spatiaux en orbite basse autour de la Terre ©AFP - ESA / AFP
Publicité
Résumé

La Russie a fini par admettre ce midi être à l’origine de la destruction d’un vieux satellite, lors d’une opération qui a semé la panique dans l’espace, et contraint les astronautes de la station spatiale à se mettre à l’abri. Les pays occidentaux sont furieux, mais Moscou n'a pas tout faux.

En savoir plus

Il y a un petit parfum de film de science-fiction dans toute cette affaire : quelque part entre Gravity avec George Clooney et l’Etoile de la mort, façon Guerre des étoiles. Et bien sûr, c’est tentant de faire de Poutine le grand méchant, le Darth Vador du jour.

Que s’est-il passé ? La Russie, après plusieurs heures de déni, a fini par le reconnaitre : elle a abattu un vieux satellite. Et plus de 1500 débris se sont retrouvés projetés dans l’espace, comme une bombe à fragmentation. A peu près à l’altitude orbitale des stations spatiales, à peu près 400 kms au-dessus de nos têtes : l’ISS internationale et la nouvelle station chinoise. Et la menace posée par ces débris pourrait durer des années.

Publicité

Colère immédiate et compréhensible des États-Unis et plus largement des Occidentaux. 

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

« C’est un acte irresponsable »

dit le patron de l’Otan. « Nous sommes scandalisés par cette action déstabilisatrice » ajoute le chef de la NASA. Tandis que la ministre française des armées Florence Parly dénonce des « saccageurs de l’espace ». Et c’est vrai : c’est dangereux et inquiétant, comme un nouveau champ de batailles au-dessus de nos têtes. Je vous dis : la Guerre des Étoiles. 

Un "bjiou" militaire

Mais c’est quand même un peu facile de se contenter de critiquer Moscou, quand bien même ils ont effectivement tiré et mis un peu de temps à l’admettre, comme un gamin pris le doigt dans le pot de confitures. Sauf que vu de Moscou, cette opération est « un succès ». C’est le mot utilisé par le ministère russe de la Défense. Et pour cause : du point de vue strictement militaire, c’est mission accomplie. Le ministre russe Sergueï Choïgou parle même d’un « bijou ».

Pourquoi ? Parce que techniquement, c’est une réussite. Moscou a testé son système Nudol : des missiles sol-air, peut-être de type S600, tirés vers l’espace pour abattre un satellite. En l’occurrence un vieux satellite de 1982 désormais inutilisé, modèle Tselina D. 

La Russie vient de démontrer sa capacité à atteindre, depuis le sol de la Terre, des objets en mouvement très rapide, sur les orbites des principaux satellites espions ou de communication. En attendant un autre système de tir plus élaboré, depuis l’espace, qui pourrait viser des orbites plus hautes, par exemples celles des satellites GPS. Donc oui c’est un succès militaire pour Moscou qui considère en plus comme très limité le risque posé par les débris. Sur ce point on n’est pas obligé de les croire.

Mais la Russie avance surtout un autre argument : elle n’est pas la première à effectuer ce genre de test de lance-missiles vers un satellite. Les États-Unis l’ont fait dès 2008. La Chine et l’Inde ont également essayé. Donc vu de Moscou, la volée de bois vert lancée depuis l’Occident a tout de l’hypocrisie. 

Un appel du pied pour négocier 

Évidemment, tout ça montre combien ce qui se passe au-dessus de nos têtes est inquiétant. Et c’est une vertu indirecte de cet épisode : il met en évidence l’impérieuse nécessité de faire pause dans cette guerre de l’espace qui a déjà commencé.

Parce que, ne nous y trompons pas, elle a commencé. 

  • Plus de 2600 satellites se baladent au-dessus de nos têtes, dont bon nombre de satellites espions et miniatures soupçonnés d’être en capacité de brouiller les capteurs des satellites rivaux.
  • Les Américains procèdent déjà à des simulations de courses poursuites entre satellites, comme le montre le site spécialisé Breaking Defense.
  • Washington développe un projet de drone spatial qui suscite pas mal d’interrogations.
  • Au printemps dernier, l’armée française a simulé pour la première fois une guerre spatiale, lors d’une opération baptisée, soit dit en passant, Aster X.

On pourrait multiplier les exemples.

Et on peut donc aussi voir dans ce tir russe, une forme d’appel du pied pour négocier. Non seulement rétablir une sorte de téléphone rouge entre grandes capitales comme au moment de la guerre froide. Mais aussi engager de vraies négociations pas seulement sur la gestion des débris, plus globalement sur le désarmement spatial, comme lors de la crise des missiles en Europe dans les années 1980.

Pour ça, encore faut-il que tout le monde considère l’espace comme un « bien commun de l’Humanité ». La Russie n’est pas la seule à vouloir faire de l’espace, son jardin privé. La Chine n’est pas en reste. Et les États-Unis non plus : ni leurs milliardaires à la Elon Musk, ni leurs responsables politiques (Donald Trump par exemple s’est toujours refusé à qualifier l’espace de bien commun).

Bref, des Darth Vador et des Dr Folamour, il n’y en a pas qu’à Moscou.

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.