Un essai de tir de missile antichar Javelin américain par les forces ukrainiennes juste avant la guerre (photo du ministère de la défense ukrainien) ©AFP - EyePress News / EyePress via AFP
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Résumé

Les principaux dirigeants occidentaux ont échangé cet après-midi pour à nouveau renforcer les sanctions. En sachant que la Russie ne sera pas seule à payer la facture. L’impact pour les Européens sera lourd. Mais la guerre n’est pas économiquement perdue pour tout le monde.

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A l’heure du commerce mondialisé, la nature a horreur du vide.

Quand un fournisseur fait défaut, un autre propose ses services. C’est mécanique.

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Et c’est exactement ce qui est en train de se passer avec la guerre en Ukraine.

Sur l’énergie d’abord. On l’a bien compris, les Occidentaux veulent se libérer progressivement de leur dépendance au pétrole et au gaz russes. Ils cherchent donc à s’approvisionner ailleurs.

L’Arabie Saoudite et les Emirats se tiennent prêts avec leurs réserves de pétrole.

Le Qatar propose d’augmenter de 10% ses livraisons de GNL (le gaz naturel liquéfié) et a déjà signé un nouveau contrat avec l’Allemagne. La Norvège, l’Algérie, l’Azerbaïdjan, tous producteurs de gaz, pourraient entrer dans la danse.

Et surtout les États-Unis sont pour l’instant les grands bénéficiaires de l’opération : leurs livraisons de GNL à l’Europe vont passer de 22 milliards à 37 milliards m³ dès cette année, objectif à terme : 72 milliards. Tout bénef pour les géants du secteur comme Exxon Mobil.

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Même chose pour les matières premières agricoles. La Russie et l’Ukraine, un quart des exportations mondiales de blé, manquent à l’appel.

Voici le Midwest américain qui se voit devenir le nouveau grenier à blé da la planète : ses exportations ont déjà fortement augmenté l’an dernier.

L’Inde, deuxième producteur mondial de blé, commence également à y voir son intérêt. Elle vient de débloquer 3 millions de tonnes pour l’exportation.

Une bonne affaire pour les Etats-Unis

Il y a un autre business qui va faire des affaires, c’est l’industrie de l’armement.

Là aussi c’est mécanique. C’est le "petit commerce des marchands de canon" de Boris Vian.

Ventes d’armes, recherche technologique, création d’emplois dans l’industrie de l’armement, c’est indissociable des périodes de conflit.

Les belligérants ont besoin d’armes : les Ukrainiens ne cessent d’en réclamer aux Occidentaux.

Un exemple : les désormais célèbres FGM Javelin, ces missiles antichars très efficaces. Plus de 4000 déjà fournis ou en passe de l’être. A 178 000 dollars pièce, je vous laisse faire les comptes.

Les fabricants sont américains : Raytheon et Lockheed Martin.

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Et puis plusieurs pays européens ont annoncé ces dernières semaines une forte hausse de leurs budgets de défense : la Suède, la Norvège, la Slovaquie.

Et surtout l’Allemagne, dont on a déjà souligné le grand virage : une enveloppe exceptionnelle de 100 milliards pour la défense.

Là encore, tiens tiens, bonne affaire pour Washington : l’achat par Berlin de 35 avions F35. Toujours Lockheed Martin. Soit dit en passant au détriment des constructeurs européens ou du projet d’avion du futur franco-allemand.

Tout cela vient d’ailleurs conforter une tendance manifeste : depuis 6 ans, les dépenses d’armement ne cessent d’augmenter dans le monde, même l’an dernier en plein Covid. + 2,6%.

Et la France n’est pas la dernière : elle a même vendu des armes à la Russie jusqu’en 2020. Des armes qui servent peut-être aujourd’hui à tirer sur les Ukrainiens.

Ce qui pose, comme toujours avec le commerce des armes, une question d’éthique.

La spéculation financière sur les actifs russes

Mais question éthique, il y a encore mieux (ou pire) en magasin.

Un autre phénomène aussi immoral que fascinant : la spéculation financière.

Oui certains fonds spécialisés spéculent sur les actions ou les dettes des grandes entreprises russes et ukrainiennes. C’est ce que nous apprend une enquête du média spécialisé Bloomberg.

Le principe est simple : de nombreux investisseurs veulent se débarrasser de leurs actifs russes ou ukrainiens, vu les risques liés aux sanctions. Donc les prix chutent, jusqu’à 80% pour certains.

C’est le moment d’acheter. Par exemple des actions des grandes entreprises russes, Lukoil, Rosneft, Gazprom, Russian Railways.

En misant sur le fait que les prix finiront par remonter quand la guerre s’arrêtera. Avec un bénéfice potentiel énorme à la clé.

C’est évidemment risqué. Mais certains fonds, comme Golden Tree ou Silver Point, ont sauté sur l’opportunité.

Fin février début mars, le montant des transactions sur les actifs russes a triplé en quelques jours.

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Enfin dernier phénomène notable : les mouvements sur les monnaies.

Certains investisseurs dans les pays émergents, sont rendus nerveux par les sanctions occidentales contre la Russie.

Cela pourrait les conduire à abandonner le dollar comme monnaie refuge et à miser un peu plus sur le yuan chinois, ou sa version dématérialisée, le e-yuan.

La fin du dollar roi, c’est une évolution que la guerre pourrait accélérer. Au bénéfice de la Chine.

Les Etats-Unis ne peuvent pas gagner sur tous les tableaux.

Références

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Jean-Marc Four
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