Le président turc Recep Tayyip Erdogan s'adresse au parlement d'Angola ©AFP - Osvaldo Silva / AFP
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Le président turc Recep Tayyip Erdogan s'adresse au parlement d'Angola ©AFP - Osvaldo Silva / AFP
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Résumé

Après la Chine et la Russie, la Turquie avance ses pions en Afrique. Le président turc Recep Tayyip Erdogan est en tournée en Angola, au Togo et au Nigeria. Un voyage qui s’inscrit dans une stratégie bien établie.

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Chaque année ou presque, il y retourne. Quinze voyages officiels depuis 2003, et à chacune de ces tournées, Recep Tayyip Erdogan sème derrière lui de nouvelles ambassades : 43 représentations diplomatiques turques ouvertes aujourd'hui en Afrique contre à peine plus d'une dizaine à son arrivée au pouvoir. Des échanges commerciaux qui se chiffrent désormais en dizaines de milliards de dollars... 

Lentement, discrètement, mais surement, la Turquie étend son influence en Afrique.

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L'arrivée au pouvoir de Recep Tayyip Erdogan a permis l'émergence en Turquie d'une nouvelle classe d'hommes d'affaires issue de son parti, l’AKP, des entrepreneurs au profil conservateur, issus pour beaucoup du secteur du BTP et de l'agro-alimentaire, qui ont bénéficié du développement économique de la Turquie du début des années 2000. 

Mais très vite, face à l’opposition marquée à son entrée dans l’Union Européenne, la Turquie a compris qu'il lui fallait chercher de nouveaux marchés ailleurs... Emboitant le pas de la Chine, Ankara s'est tournée vers l'Afrique. 

Une influence qui s'est d'abord appuyée sur les pays musulmans, avec la construction de mosquées, et l'entrisme des ONG caritatives. Une conquête économique qui est passée par le financement de grands projets, hôpitaux, aéroports... 

L**'un des marqueurs les plus visibles de cette influence économique est d'ailleurs à chercher dans les airs, avec Turkish Airlines devenue en quelques années un des plus gros opérateurs aérien au monde** en multipliant les destinations en Afrique où la compagnie turque est désormais incontournable.

Drones militaires

Mais dans ses bagages, Recta Tayyip Erdogan n'a pas embarqué cette fois que des hommes d'affaires... Dans sa délégation figurent en bonne place les responsables de la direction turque de l'armement. Car c'est bien sur le terrain militaire que désormais la Turquie entend gagner de l'influence. 

On l'a vue à la manœuvre en Libye où les soldats turcs associés aux mercenaires russes de Wagner ont fait reculer les combattants du général Haftar. En Méditerranée, sa flotte est, on l'a vu, de plus en plus présente

En Afrique de l'est, en Somalie, la Turquie dispose déjà d'une base militaire qui lui ouvre une porte d'entrée vers le Golfe d'Aden et l'océan Indien. 

La Turquie n'est certes pas une industrie d'armement de pointe, mais elle produit du matériel classique, armes, chars et blindés. 

Surtout elle s'est engagée depuis quelques années dans le développement des drones d'attaque militaires. Des dispositifs moins couteux qu'une aviation de guerre sophistiquée. De quoi intéresser les pays émergents, comme le Maroc, la Tunisie ou encore le Rwanda qui aimerait s'en servir au Mozambique où il intervient dans la lutte contre les jihadistes. 

Un marché de plus en plus porteur en Afrique de l'ouest, où plusieurs pays, en désamour avec la France cherchent à développer de nouvelles alliances. Faire affaire avec la Turquie tombe donc à point nommé, d’autant qu'avec elle, peu de risques que les contrats soient conditionnés à des exigences en matière de respect des droits de l'homme par exemple. 

Le président turc ne s'embarrasse guère de scrupules : les affaires se font avant tout avec des pays solvables, et qu'importe qu'ils ne soient pas toujours vraiment respectables... 

La nostalgie ottomane

A chacun de ses voyages, Recep Tayyip Erdogan ne rate d'ailleurs pas l'occasion de distribuer les coups de griffes envers les anciennes puissances coloniales occidentales, comme il l'a répété tout à l'heure devant le parlement angolais, où il a invité les africains « à prendre leur destin en main, et à ne pas laisser le sort de l'humanité à la merci d'une poignée de pays vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale ». 

De quoi faire presque oublier que l'influence turque en Afrique s'appuie, elle aussi, sur les traces d'un empire : l'empire Ottoman, cet empire dont Recep Tayyip Erdogan rêve de faire revivre la puissance.

En savoir plus : Les ambitions d'Erdogan
40 min
Références

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Claude Guibal
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Production
Jean-Marc Four
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