Le marché aux grains de New Delhi, alors que l'Inde, par mesure protectionniste vient de bloquer toute exportation de blé
Le marché aux grains de New Delhi, alors que l'Inde, par mesure protectionniste vient de bloquer toute exportation de blé
Le marché aux grains de New Delhi, alors que l'Inde, par mesure protectionniste vient de bloquer toute exportation de blé ©AFP - Amarjeet Kumar Singh / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP
Le marché aux grains de New Delhi, alors que l'Inde, par mesure protectionniste vient de bloquer toute exportation de blé ©AFP - Amarjeet Kumar Singh / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP
Le marché aux grains de New Delhi, alors que l'Inde, par mesure protectionniste vient de bloquer toute exportation de blé ©AFP - Amarjeet Kumar Singh / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP
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Résumé

Le conflit est entré aujourd’hui dans son 4ème mois et semble parti pour durer. Paradoxe : au bout de trois mois, les pays qui ne sont pas partie au conflit, des pays pauvres ou émergents, sont en train d’en devenir les premières victimes. C'est "le monde à l'envers".

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Après trois mois de guerre, le nombre de morts sur le terrain se compte en dizaines de milliers, côté ukrainien d’abord, côté russe sans doute aussi, même si les chiffres sont difficiles à établir. C’est considérable.

Mais ce n’est peut-être rien par rapport à ce qui se prépare : le bilan humain le plus lourd se dessine à des milliers et des milliers de km du conflit. Dans des pays qui n’ont rien à voir avec cette guerre : ils en sont les victimes indirectes.

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D’abord en raison de la situation alimentaire mondiale.

On connait les termes du débat : l’Ukraine c’est l’un des greniers de la planète. Plus de 12% de la production céréalière mondiale. 400 millions de personnes dans le monde dépendent de l’Ukraine pour se nourrir, 1 habitant de la planète sur 20.

Or les exportations ukrainiennes sont en grande partie bloquées par l’occupant russe.

Résultat : 28% des exportations mondiales de blé, 20% du maïs, 75% de l’huile de tournesol restent à quai.

Dans certains pays comme l’Egypte, le Liban, la Mauritanie, la dépendance à l’Ukraine est quasi-totale.

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Donc le prix du blé s’envole. Et avec lui les risques de famine.

Rien que dans l’Est de l’Afrique, des dizaines de millions de personnes sont en insécurité alimentaire. Si les ports ukrainiens ne sont pas débloqués d’ici fin juillet, une crise mondiale se profile.

La Russie utilise évidemment ce blocus comme un levier, une arme de chantage. Mais le dénoncer n’y change rien.

Crise alimentaire et spirale de récession

Et il n’y a pas que l’enjeu de l’approvisionnement alimentaire.

Il y a un risque beaucoup plus global : celui d’une récession mondiale, dont les pays émergents seront les premières victimes.

Ces 20 dernières années, ils ont rattrapé une partie de l’écart qui les séparait des pays riches. Tout ça peut être stoppé net.

La spirale est à peu près la suivante.

La flambée des prix de l’alimentaire et aussi de l’énergie (avec les sanctions occidentales envisagées sur le pétrole et peut-être le gaz russe), cette flambée alimente l’inflation.

Les prix s’envolent. 60% en Argentine, 70% en Turquie. 200% pour l’essence au Sri Lanka. C’est beaucoup, beaucoup plus que les 4 à 10% enregistrés en Europe.

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La croissance mondiale est révisée à la baisse. Ça veut dire moins de commerce, moins d’emplois, plus de chômage.

Les Etats s’endettent pour limiter les hausses de prix.

Dans le même temps, en Occident, les banques centrales, la BCE européenne, la Fed américaine, envisagent des hausses d’intérêt pour enrayer l’inflation à domicile.

Mais ça renchérit mécaniquement le crédit, donc la dette des pays pauvres peut devenir insoutenable. Le défaut de paiement menace.

Et certaines monnaies pourraient plonger. C’est ce que vient de vivre la roupie en Inde, début mai.

Pour faire face, plusieurs pays répondent par le protectionnisme, l’arrêt des exportations pour sécuriser leur propre approvisionnement. L’Inde n’exporte plus son blé. L’Argentine limite ses exportations de viande.

Mais c’est intenable à moyen terme. La rupture de la chaine des échanges mondiaux va augmenter encore l’inflation.

Les Occidentaux pris entre deux feux

Bien entendu, la guerre en Ukraine n’est pas à elle seule responsable de tout ça.

La pandémie a initié le ralentissement, et vu le blocage de l’économie chinoise par la stratégie Zéro Covid de Pékin, ça ne s’arrange pas.

La crise climatique accélère les réflexes protectionnistes.

La guerre en Ukraine vient donc compléter le tableau : elle amplifie la crise alimentaire et économique.

Par effet en chaine, le risque est élevé, dans de nombreux pays pauvres ou émergents, de voir se multiplier les mouvements sociaux, les crises politiques, les exils vers l’étranger.

Même si chaque pays est différent et possède ses particularités, la liste s’allonge : le Sri Lanka est en plein chaos, des émeutes ont secoué le Pérou ou l’Iran ces dernières semaines.

Les risques sont très forts également en Tunisie, en Egypte, au Pakistan.

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On comprend pourquoi de nombreux pays africains, asiatiques ou latino-américains, refusent de prendre position sur la guerre en Ukraine. Non seulement ils estiment que ce conflit ne les regarde pas, mais ils en sont surtout les victimes en bout de chaine.

Rien d’étonnant par exemple à entendre le président sénégalais Macky Sall demander aujourd’hui « une paix juste, y compris pour la Russie ».

Cette situation place les Occidentaux face à un dilemme. Soutenir l’Ukraine agressée, accroitre les sanctions contre la Russie de Poutine, oui bien sûr.

Mais cette politique peut avoir des conséquences dévastatrices ailleurs dans le monde qui reviendront chez nous en boomerang : responsabilité politique rejetée sur les Occidentaux, accélération des mouvements migratoires.

Attention aux effets de bord.

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Jean-Marc Four
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