Le président turc Erdogan recevait son homologue polonais le mois dernier, pour discuter de la guerre en Ukraine ©AFP - Adem ALTAN / AFP
Le président turc Erdogan recevait son homologue polonais le mois dernier, pour discuter de la guerre en Ukraine ©AFP - Adem ALTAN / AFP
Le président turc Erdogan recevait son homologue polonais le mois dernier, pour discuter de la guerre en Ukraine ©AFP - Adem ALTAN / AFP
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Résumé

Lundi, le mécène Osman Kavala, bête noire d'Erdogan, a été condamné à la prison à perpétuité, accusé d'avoir tenté de renverser le président turc en 2016.

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A l'heure où le président turc est en pleine opération de réhabilitation sur la scène internationale, avec le rôle clé qu'il cherche à jouer dans les négociations entre la Russie et l'Ukraine, le couperet qu'il vient d'abattre sur Osman Kavala montre à quel point Recep Tayyip Erdogan est en fait un homme qui a peur. Un homme qui sait qu'en interne, son pouvoir ne tient que par la peur qu'il inspire.

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Osman Kavala n'est pas un opposant classique. Pas un militant de parti politique. Ce n'est pas un homme que l'on voyait agiter des pancartes au premier rang des manifestations. Pas un homme qui arpentait les studios des médias.

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A 64 ans, ce riche homme d'affaire turc qui vient déjà de passer quatre ans en prison, a joué, ces quinze dernières années, un grand rôle philanthropique dans les milieux artistiques et culturels turcs, en finançant et en organisant, grâce à sa fondation, des évènements, des conférences, des spectacles.

Une plateforme culturelle devenue un lieu d'échange sur la société, les droits des minorités, la citoyenneté.

Un espace qui a fait de cet homme très discret mais aussi très introduit dans tous les milieux, turcs comme occidentaux, un facilitateur de toutes ces petites avancées dont on a crédité Recep Tayyip Erdogan au début de son pouvoir, lorsqu'il était perçu comme un ovni politique, un islamo libéral capable d'avancées sur les kurdes ou la question du génocide arménien.

Occupy Gezi, le bascul

Initié au départ pour empêcher l'arrachage des arbres de ce parc d'Istanbul, ce mouvement de contestation transformé en gigantesque protestation contre la dérive autoritaire d'Erdogan est un premier coup de semonce pour le pouvoir, qui reprime avec vigueur ses participants.

Accusé d'avoir financé les manifestants, Osman Kavala avait fini par être acquitté, puis immédiatement ré-emprisonné, accusé cette fois d'avoir trempé dans le coup d'état raté de juillet 2016.

Les juges qui l'avaient acquitté ont eux, été poursuivis, preuve de l’acharnement contre Osman Kavala qui a toujours nié les charges contre lui.

Son procès entaché d'irrégularités ne lui a donné aucune chance de se défendre : il a été condamné à perpétuité sans possibilité de remise de peine.

La communauté internationale préoccupée

A l'automne dernier, Ankara avait menacé d'expulser une dizaine d'ambassadeurs occidentaux, dont l'ambassadeur américain, qui avaient réclamé sa libération. La Cour européenne des droits de l'homme a entamé une procédure contre la Turquie. De nombreux pays se sont émus.

Erdogan, en quête de reconnaissance internationale aurait pu gagner beaucoup en faisant un geste.

Rien à faire. Il a fait du cas Osman Kavala une affaire personnelle.

Il en a fait l'incarnation de tous les épouvantails qu'il agite devant la société turque : un milliardaire sans scrupules, taupe des occidentaux, l'homme lige du financier américain George Soros, suspecté de vouloir renverser le pouvoir pour affaiblir une Turquie trop puissante : en d’autres mots, le diable incarné.

Et Recep Tayyip Erdogan l’a montré : il n’a que faire des protestations internationales. Hier, au moment même où Osman Kavala était condamné, il recevait à Ankara Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations Unies.

Le mois dernier, quatre dirigeants européens sont venus s'entretenir avec lui pour solliciter son aide dans la médiation russo ukrainienne.

Comme avec la question des réfugiés, son épée de Damoclès migratoire, Recep Tayyip Erdogan se sait intouchable et indispensable... En Libye, en Syrie, en Méditerranée, et désormais en Ukraine.

Mais chez lui, le colosse a peur.

Peur de tous ceux qui pourraient faire vaciller son pouvoir.

Avec Osman Kavala, il fait un exemple. En condamnant avec lui à de très lourdes peines de prisons des co-accusés qui comparaissaient libres, il tue tout espoir en interne de voir les choses changer.

Et il le fait impunément, sachant à quel point la communauté internationale n'a pas d'autres choix que de composer avec ce partenaire sulfureux et incontournable.

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L'équipe

Claude Guibal
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