Le président égyptien Abdel Fattah al Sissi a annoncé la non-reconduction de l'état d'urgence, en vigueur depuis 2017 ©AFP - Ludovic Marin/AFP
Le président égyptien Abdel Fattah al Sissi a annoncé la non-reconduction de l'état d'urgence, en vigueur depuis 2017 ©AFP - Ludovic Marin/AFP
Le président égyptien Abdel Fattah al Sissi a annoncé la non-reconduction de l'état d'urgence, en vigueur depuis 2017 ©AFP - Ludovic Marin/AFP
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Résumé

Critiqué depuis longtemps pour sa politique répressive, le président Abdel Fattah al Sissi vient d'annoncer, à la surprise générale, qu’il ne reconduirait pas l’état d’urgence en vigueur depuis 2017 en Egypte.

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Difficile d’imaginer ce que c’est que de vivre sous état d’urgence. Un état d'exception, comme son nom l'indique, qui permet à un pays de s'affranchir du cadre de ses lois pour justifier des moyens sécuritaires exceptionnels à cause d'une situation elle-même exceptionnelle.  

Mais l’Egypte n’a connu que cela ou presque depuis 1981, à l’exception des quelques années qui ont suivi la révolution de 2011. 

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Arrivé au pouvoir en 2014, Abdel Fattah al Sissi l'a d'abord réinstauré dans la péninsule du Sinai, pour contrer l’insurrection djihadiste, avant de l'étendre en 2017 à l'ensemble du pays à la suite d'une série d'attentats contre des églises coptes.  

Depuis, tous les trois mois, cet état d'urgence est reconduit de façon automatique. 

A la surprise générale, hier soir sur sa page Facebook, Abdel Fattah al Sissi a pourtant annoncé qu'il ne  le reconduirait pas : plus besoin, « l'Egypte est devenue, grâce à son grand peuple et ses hommes loyaux, une oasis de sécurité et de stabilité dans la région".  

Cet état d'urgence cristallisait toute la politique répressive et autoritaire mise en place par l'état égyptien. 

Au nom de la lutte anti-terroriste, il lui donnait toute latitude pour réprimer les manifestations, arrêter et maintenir en détention de façon indéfinie les opposants sans charges officiellement établies, parfois au secret, de surveiller les communications des citoyens, de censurer les médias, ou de saisir des biens, sans réelle supervision judiciaire.  

Pressions américaines?

Dans un contexte apparemment inchangé, reste à comprendre pourquoi Abdel Fatah al Sissi a fait cette annonce. Et on en vient à se demander si ce ne serait pas en rapport avec les pressions exercées par l'allié américain. L'Egypte est le deuxième bénéficiaire au monde de l'aide américaine derrière Israël. 1,3 milliards de dollars, dont une partie en aide militaire.  

Il y a deux mois, les Etats-Unis annonçaient qu'ils allaient geler une partie de cette aide militaire à l’Égypte, en en conditionnant un premier versement de 130 millions de dollars à des améliorations en matière de respect des droits humains.  

Certes, les Etats-Unis ont besoin de leur allié égyptien. 

Abdel Fattah al Sissi coopère activement en matière de contre terrorisme. Il joue aussi un rôle précieux de médiation entre Israéliens et palestiniens, il a même rencontré le premier ministre israélien Naftali Bennet, la première rencontre entre un dirigeant israélien et un dirigeant égyptien en dix ans, un geste très apprécié à Washington.  

Mais Joe Biden doit aussi tenir compte des élus de son camp, qui continuent à le rappeler à ses promesses d'engagements démocratiques. Plusieurs d'entre eux exigeaient des preuves de l'amélioration des droits de l'homme pour débloquer cette aide.  

Des inquiétudes demeurent

Les organisations des droits de l'homme ont salué ce geste, attendu depuis si longtemps. Mais non sans une certaine réserve, de la prudence, voire, pour certains, peu d'illusions. 

Car la levée de cet état d'urgence n'aura pas d'incidence directe sur les milliers d'égyptiens qui sont détenus ou ont disparu après avoir été arrêtés dans ce cadre.  

Elle ne provoquera pas la libération des dizaines de militants des droits de l'homme emprisonnés pour avoir simplement participé à des manifestations, par exemple.  

La levée de l'état d'urgence va laisser la place à l'arsenal législatif très répressif dont l'Egypte s'est doté ces dernières années. 

Des lois, cette fois-ci votées par un parlement très largement acquis au pouvoir et qui vont, elles, rester. Elles permettent notamment de contrôler les médias, de réguler la parole, par exemple, de ceux qui porteraient préjudice à l'image de l'Egypte ou mettraient en danger sa stabilité. Les Égyptiens sont tellement habitués, depuis des décennies, à vivre dans un système répressif qu'ils ont eux-mêmes intégré les codes de l'état d'urgence. Et c'est pourquoi cette annonce, pourtant très positive ne suscite qu'un enthousiasme contrôlé. 

Références

L'équipe

Claude Guibal
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Production
Jean-Marc Four
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