Manifestation pour la liberté des médias à Cracovie (Pologne) le 19 décembre 2021 ©AFP - BEATA ZAWRZEL / NURPHOTO / NURPHOTO VIA AFP
Manifestation pour la liberté des médias à Cracovie (Pologne) le 19 décembre 2021 ©AFP - BEATA ZAWRZEL / NURPHOTO / NURPHOTO VIA AFP
Manifestation pour la liberté des médias à Cracovie (Pologne) le 19 décembre 2021 ©AFP - BEATA ZAWRZEL / NURPHOTO / NURPHOTO VIA AFP
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Résumé

C’est une victoire pour la liberté de la presse. Sous pression, le président polonais Duda vient d’opposer son véto à une loi très controversée sur les médias. Un signal positif pour l'opposition qui rêve de tourner la page du PiS, le parti ultra-conservateur au pouvoir.

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La semaine dernière encore, plusieurs milliers de Polonais manifestaient sous les fenêtres du palais présidentiel pour réclamer l’intervention d’Andrej Duda. En Pologne, le président n’a qu’un pouvoir institutionnel limité, mais il peut mettre son véto à une loi. La loi en question a fait couler beaucoup d’encre. Voulue par le PiS (Droit et Justice), le parti ultra-conservateur au pouvoir, [elle visait officiellement à "protéger les médias polonais des ingérences étrangères"](Pologne : le PiS met les médias au pas).

L’opposition y a surtout vu un moyen de museler la seule chaine de télé encore critique vis-à-vis du pouvoir, TVN24, détenue par le groupe américain Discovery. Le président Duda a donc mis son véto, sous la pression de Washington, qui menaçait Varsovie d’un coup de froid diplomatique. Une victoire symbolique pour l’opposition, et un camouflet pour le PiS, ce parti populiste tout puissant depuis quelques années.

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Une liberté de la presse mise à mal depuis plusieurs années

Cette décision ne doit pas faire oublier que la liberté d’expression est en très net recul en Pologne. Symbole de ce tour de vis : la télévision publique polonaise, qui est devenue un véritable outil de propagande au service du pouvoir. Autre place forte de l’idéologie des conservateurs : la presse régionale, un maillon essentiel puisque l’ancrage électoral du PiS est avant tout dans les campagnes et les petites villes. L’an passé, le groupe Polska Press, géant du secteur qui détient une vingtaine de journaux et une ribambelle de sites web, est passé dans le giron du pouvoir après son rachat par un groupe industriel polonais. La mise au pas des journalistes dans le pays est en marche, c’est un fait bien documenté. Selon l’ONG Reporters Sans Frontières, la Pologne a reculé de 46 places au classement de la liberté de la presse, depuis 2015. Elle pointe désormais à la 64 ème position.

Objectif de l'opposition : faire tomber les conservateurs en 2023

L’abandon de cette loi sur les médias redonne espoir à l’opposition, qui espère mettre fin à la mainmise du PiS sur le pays lors des prochaines élections, prévues en 2023. A force de diviser la Pologne, de se nourrir des tensions pour mieux régner, le parti populiste de Jaroslaw Kaczynski a fini par fédérer l’opposition contre lui. Fait marquant de ces derniers mois : le retour dans l’arène de Donald Tusk. L’ancien premier ministre, qui a présidé le Conseil Européen de 2014 à 2019, a repris le costume d’opposant numéro 1, et espère tirer profit de son aura internationale. Mais cet atout est aussi sa faiblesse. Tusk fait régulièrement l’objet de campagnes de dénigrement de la part des médias à la solde du pouvoir, qui le caricaturent volontiers comme une marionnette de Bruxelles vendue à l’étranger. On voit bien la bataille médiatique et politique qui s’engage, au moment où Varsovie est empêtré dans un bras de fer avec l’Union Européenne sur les questions d’état de droit. Et l'on comprend pourquoi Donald Tusk était aux premiers rangs des manifestations ces dernières semaines pour réclamer le retrait de cette loi sur les médias.

Par Cyril Sauvageot

2 min
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Jean-Marc Four
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