Poutine dit vouloir "dénazifier" l'Ukraine mais bombarde à côté d'un mémorial juif

Le grand candélabre du Memorial juif de Babi Yar à Kiev, ce 2 mars 2022
Le grand candélabre du Memorial juif de Babi Yar à Kiev, ce 2 mars 2022 ©AFP - Dimitar DILKOFF / AFP
Le grand candélabre du Memorial juif de Babi Yar à Kiev, ce 2 mars 2022 ©AFP - Dimitar DILKOFF / AFP
Le grand candélabre du Memorial juif de Babi Yar à Kiev, ce 2 mars 2022 ©AFP - Dimitar DILKOFF / AFP
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Même si de nouveaux pourparlers sont annoncés, les combats continuent en Ukraine. Et hier on a vu une frappe russe sur la zone d’un mémorial juif à Kiev. Un acte qui renvoie un miroir très troublant aux propos de Poutine sur la « dénazification » de l’Ukraine.

Puisque le dictateur russe se pique de donner des leçons d’Histoire, alors faisons un peu d’Histoire.

Le mémorial de Babi Yar est situé au Nord-Ouest du centre-ville de Kiev. C’est un parc verdoyant et arboré plein de bouleaux, ces arbres très répandus dans la région. Un silence respectueux y règne à l’habitude.

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Les 29 et 30 septembre 1941, en 48h, 33771 juifs y ont été assassinés par les nazis. Tués par balles. Puis jetés dans une fosse commune.

Dans les mois qui ont suivi, et jusqu’en 1943, 150.000 personnes y ont été tuées. Beaucoup de juifs, et aussi des roms, des handicapés, des militants pro-soviétiques.

Babi Yar, c’est sans doute la plus grande fosse commune d’Europe, pendant la Seconde Guerre Mondiale.

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Tous les Ukrainiens connaissent cette Histoire : une grande Ménorah, un gigantesque candélabre juif, est installé sur les lieux.

Babi Yar jouxte la tour de la télévision à Kiev. En frappant cette zone hier après-midi, l’Etat major russe ne pouvait pas ignorer la portée de ce lieu.

Cette frappe, elle s’attaquait au présent, la diffusion des informations au jour le jour, via la Tour. Et en même temps au passé, la Shoah.

Le grand rabbin d’Ukraine parle d’un crime de guerre.

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, lui-même juif, appelle « tous les Juifs à ne pas rester silencieux ».

Miliciens néo-nazis et glorification de l'Histoire russe

Et pourtant Poutine continue donc de justifier cette guerre par la volonté de « dénazifier l’Ukraine » !

Et vous êtes nombreux à nous écrire pour nous demander quel est son raisonnement, son argumentaire.

Il repose en fait sur deux axes.

Le premier, c’est l’existence, de fait en Ukraine, de miliciens néo-nazis. En particulier au sein du bataillon Pravi Sector et du régiment Azov.

Apparus au moment du début de la guerre au Donbass, il y a 8 ans, ils arborent volontiers des tatouages et des insignes néo-nazis comme le Wolfsangel.

Et ils ont recruté des extrémistes fascistes venus de plusieurs pays européens, notamment de France, de Suède ou d’Italie.

Ces groupes ont été un temps intégrés à l’armée régulière ukrainienne.

Mais iles restent très marginaux. Et surtout, depuis son arrivée au pouvoir, Volodymir Zelensky s’est efforcé d’en faire exclure les militants néo-fascistes.

Le deuxième pilier du discours de Poutine est plus important. C’est une référence quasi-mythologique à l’Union Soviétique, comme rempart contre le régime nazi.

Il n’est pas une famille russe qui n’ait eu dans sa famille un combattant mort au front pendant la Seconde Guerre Mondiale, à Stalingrad ou ailleurs.

Chaque année, à Moscou, le 9 mai, appelé Jour de la Victoire, est célébré par d’immenses parades militaires.

Il y a là une sorte de logiciel qui assimile toute forme de nationalisme en Ukraine à la résurgence d’un Etat fasciste. Et qui considère l’Occident comme le terreau de l’extrême droite.

Quitte à oublier que des miliciens néo-nazis, il y en a aussi côté russe.

Le petit manuel de désinformation façon KGB

C’est une vision différente de l'Histoire dans le sens où, vu de Moscou, le nazisme c’est avant tout un ancien ennemi militaire. Avec des millions de morts à la clé.

Le nazisme, vu de Moscou, ce n’est pas la Shoah. C’est l’ennemi de l’Ouest. Et c’est d’autant plus pratique de le résumer à ça que le régime soviétique de Staline n’était pas exempt d’antisémitisme et a cherché à dissimuler le génocide juif.

Mais, en l’occurrence, dans le discours de Poutine sur la dénazification, il y a surtout de la manipulation : l’application du parfait petit manuel de désinformation de l’ancien colonel du KGB.

Objectif : souder la population russe derrière lui, autour de cet argument martelé de la lutte antinazie.

Là où le mensonge délibéré saute aux yeux, et j’en reviens à mon point de départ, c’est quand Poutine dit vouloir « éviter un génocide » dans le Donbass et plus largement en Ukraine.

Certes il y a eu 15.000 morts dans l’Est du pays dans une guerre qui n’a pas dit son nom depuis 8 ans. Mais ça n’a rien d’un génocide, rien de l’extermination planifiée, systématique, organisée, d’une population.

Et le président russe le sait très bien.

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Les mots ont un sens. Le seul génocide avéré dans cette région du monde, c’est la Shoah et ses 6 millions de morts.

En frappant hier Babi Yar, même indirectement, Poutine apporte la preuve de sa totale duplicité sur le sujet.

Le président du mémorial de Babi Yar s’appelle Nathan Sharansky.

C’est un ancien prisonnier d’opinion sous l’URSS. Voici ce qu’il dit aujourd’hui : « Poutine cherche à déformer et manipuler l’Holocauste pour justifier une invasion illégale ».

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