Le premier ministre israélien Naftali Bennett avec le président russe Vladimir Poutine en octobre 2021 à Sotchi ©AFP - Evgeny Biyatov / Sputnik / Sputnik via AFP
Le premier ministre israélien Naftali Bennett avec le président russe Vladimir Poutine en octobre 2021 à Sotchi ©AFP - Evgeny Biyatov / Sputnik / Sputnik via AFP
Le premier ministre israélien Naftali Bennett avec le président russe Vladimir Poutine en octobre 2021 à Sotchi ©AFP - Evgeny Biyatov / Sputnik / Sputnik via AFP
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Résumé

Depuis le début de la guerre en Ukraine Israël s’est montré prudent en évitant de sanctionner Moscou. Mais ça pourrait changer après la polémique déclenchée par le ministre russe des affaires étrangères. Décidément, ce conflit déclenche des effets en chaine un peu partout dans le monde.

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Depuis 48h, le torchon brûle entre Israël et la Russie et le ton ne cesse de monter.

Au départ, il y a cette interview accordée avant-hier par Sergueï Lavrov à l’émission de télévision italienne Zona Bianca.

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Le patron de la diplomatie russe entend justifier le fait que Moscou assimile le régime ukrainien au nazisme alors que le président Zelensky est juif.

« Hitler aussi avait du sang juif »

affirme Lavrov, avant d’ajouter « les antisémites les plus ardents sont souvent les juifs eux-mêmes ».

Torrent immédiat de protestations en Israël. Le président israélien Herzog demande des excuses.

Yair Lapid, homologue de Lavrov et lui-même fils de déporté, qualifie ces propos de « scandaleux et impardonnables ».

Il dénonce « l’horrible erreur historique » : le fait est qu’aucune preuve ne démontre cette vieille rumeur complotiste sur le « sang juif d’Hitler ».

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En réponse, Moscou… remet de l’huile sur le feu. La porte-parole de Lavrov accuse Israël de « soutenir le régime néo-nazi de Kiev ».

Avant d’affirmer ce matin que « des mercenaires israéliens combattent aux côtés du régiment ukrainien Azov ».

Azov, c’est ce bataillon très controversé dont certains membres ont déjà arboré des insignes du IIIème Reich.

Une chaine Telegram liée au Kremlin publie même des noms de mercenaires présumés.

A ce rythme-là, Moscou va finir par accuser l’État juif d’être un régime nazi.

Obéissance à Poutine et aveuglement idéologique

On en vient à se demander quelle mouche a piqué la diplomatie russe.

Parce qu’Israël, répétons-le, a jusqu’à présent, fait preuve de retenue. En cherchant même à jouer les médiateurs.

Donc pourquoi Moscou irait se brouiller avec l’un de ses rares points d’appui dans le camp occidental ? Pourquoi tenir des propos aussi incendiaires, en plus juste après Yom HaShoah, le jour de commémoration de l’Holocauste ?

Ce n’est pas une gaffe. Sergueï Lavrov est l’un des diplomates les plus chevronnés de la scène internationale. Il résiste à tout depuis 18 ans. C’est tout sauf un perdreau de l’année : il sait ce qu’il fait.

Il y a donc deux explications possibles. Et les deux en disent long sur l’état du pouvoir en Russie.

Option 1, c’est de la simple obéissance au chef. Lavrov est plus un pragmatique qu’un idéologue. Il suit le sens du vent. Il reprend fidèlement le discours de Poutine sur le fait que tout ennemi de la Russie est un nazi en puissance. La voix de son maître.

4 min

Option 2, c’est la traduction de l’enfermement idéologique du Kremlin.

Tout est désormais ramené à une lutte contre le « nazisme », ce nazisme dont l’Occident serait l’héritier. Et contre lequel la Russie serait le rempart.

Quitte à dissimuler l’antisémitisme rampant de l’époque stalinienne.

Donc il n’y a plus aucune rationalité. Juste une spirale inarrêtable et insensée pour justifier la guerre en Ukraine : tout adversaire est un nazi potentiel. Même s’il est juif.

Cesser de marcher entre les gouttes de pluie

Donc forcément Israël se retrouve dans l’embarras !

Rappelons pourquoi Israël ménageait Moscou jusqu’à présent.

Vu de Tel Aviv, l’ennemi numéro un, l’ennemi existentiel, c’est l’Iran.

Et la Russie, maître du ciel en Syrie, laisse Israël frapper à sa guise les positions iraniennes sur le sol syrien. C’est un accord tacite : les batteries russes S400 s’arrêtent quand passent les avions israéliens.

En plus, ces dernières années, Benjamin Netanyahu avait fait ami-ami avec Vladimir Poutine, une solidarité d’hommes se voulant forts.

3 min

Mais Netanyahu n’est plus au pouvoir, et surtout, la question de la Shoah et des crimes nazis est au fondement même de l’existence d’Israël. C’est plus fondamental encore que la menace iranienne.

« Ce sont les Nazis qui ont tué 6 millions de Juifs, et seuls les Nazis étaient des Nazis »

, a martelé Yair Lapid hier.

La position d’Israel, à ménager la chèvre et le chou avec Moscou, devient donc intenable. Difficile de continuer à « marcher entre les gouttes de pluie », comme on le dit en hébreu.

Si on ajoute qu’une délégation du Hamas palestinien, l’autre ennemi d’Israël, est actuellement reçue à Moscou, ça fait vraiment beaucoup.

A quelques semaines d’une visite annoncée de l’américain Joe Biden, Israël commence à se dire qu’il faut peut-être sortir de la neutralité.

La guerre en Ukraine, décidément, est un séisme dont les répercussions dépassent de beaucoup le seul théâtre militaire des opérations sur le terrain.

Par effet domino, elle rebat les cartes géopolitiques un peu partout : en Europe c’est évident. Mais aussi au Proche-Orient.

Et ce n’est peut-être que le début.

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Jean-Marc Four
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