En ce mercredi 6 juillet, Boris Johnson quitte Downing Street pour répondre aux questions des Communes au lendemain de la démission de deux ministres. ©AFP - STUART BROCK / ANADOLU AGENCY
En ce mercredi 6 juillet, Boris Johnson quitte Downing Street pour répondre aux questions des Communes au lendemain de la démission de deux ministres. ©AFP - STUART BROCK / ANADOLU AGENCY
En ce mercredi 6 juillet, Boris Johnson quitte Downing Street pour répondre aux questions des Communes au lendemain de la démission de deux ministres. ©AFP - STUART BROCK / ANADOLU AGENCY
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Résumé

Le Premier ministre britannique a assuré aux Communes qu’il « continuerait » son travail au gouvernement. Mais après un nouveau scandale sexuel et la démission de deux ministres de haut rang, ses heures semblent comptées à Downing Street.

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Il fallait assister aux échanges ce mercredi 6 juillet à la Chambre des Communes pour mesurer la vulnérabilité de Boris Johnson. Le Premier ministre britannique a certainement passé l’un des pires moments de sa carrière politique.

Comme tous les mercredis lors de la séance des questions au chef du gouvernement, le leader de l’opposition Keir Starmer s’est fait un plaisir de flageller BoJo. Il a d’ailleurs livré une prestation très convaincante.

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Mais cette fois, les coups sont aussi venus du camp conservateur. « Enough is enough », « ça suffit »… voilà ce qu’a asséné devant ses pairs Sajid Javid qui était hier encore ministre de la Santé avant de présenter sa démission dans la soirée.

« Je suis arrivé à la conclusion que le problème vient d’en haut et je pense que ça ne changera pas ». La charge est violente.

Le ministre des Finances Richi Sunak a lui aussi rendu son tablier avec des mots très durs. Et une trentaine de membres du gouvernement (sur 120 tout de même au total) ont déjà imité ces deux poids lourds.

Alors que s’est-il passé pour en arriver là ?

Tout est parti d’un nouveau scandale au sein du Parti conservateur. Le député Chris Pincher a été accusé d’attouchements sexuels sur deux hommes lors d’une soirée très arrosée. Pincher n’est pas un simple parlementaire, il était membre du gouvernement dans un rôle propre à la vie politique britannique : il était whip en chef adjoint chargé de la discipline parlementaire des députés.

Les mensonges de BoJo

Le 10 Downing Street a d’abord assuré n’avoir jamais reçu la moindre alerte au sujet de cet élu. Puis Boris Johnson a reconnu avoir été informé en 2019 d’accusations visant Chris Pincher.

Or le Premier ministre a souvent été pris les doigts dans le pot de confiture. Les Britanniques en ont désormais l'habitude : Boris Johnson apparaît régulièrement l'air contrit devant les caméras pour présenter des excuses après un mensonge.

Il est ainsi passé aux aveux avant-hier dans l’affaire Chris Pincher. « Je regrette amèrement » de l’avoir nommé dans ses fonctions.

Il a aussi dû plusieurs fois présenter des excuses aux Britanniques dans le Partygate, ces soirées organisées au plus haut niveau de l’Etat en violation des règles de confinement liées au Covid.

Boris Johnson a survécu le mois dernier à un vote de confiance des députés. Mais plus de 40% des élus de son camp ont voté contre lui.

Et des revers électoraux l’ont un peu plus affaibli. Les Conservateurs se sont inclinés largement dans deux législatives partielles. Au passage, les deux sièges avaient été laissés vacants par des députés impliqués dans des scandales de nature sexuelle : le premier avait été reconnu coupable d’agression sexuelle sur un garçon de 15 ans, le second a été surpris en train de visionner une vidéo porno au sein même de la vénérable Chambre Communes.

Comme Thatcher il y a 32 ans

La position de Boris Johnson semble aujourd'hui intenable.

Le mois dernier, après avoir obtenu la confiance d’une majorité de députés, Boris Johnson plastronnait. Il voyait dans ce vote un résultat « positif et décisif ».

Quelques semaines plus tard, tout s’écroule.

BoJo était jusqu’ici protégé par le soutien de son gouvernement. Aucune figure majeure du parti ne pouvait prétendre au poste de Premier ministre.

Désormais, Sajid Javid et Richi Sunak, les deux démissionnaires d’hier, sont des rivaux naturels.

Et puis comment remplacer une trentaine de ministres ou assistants au moment où 69% des Britanniques, selon le dernier sondage, souhaitent votre démission ? L’équation semble impossible à résoudre pour Boris Johnson.

Ce soir, d’après plusieurs médias britanniques, une délégation de ministres, dont plusieurs ténors du partis, va demander au chef du gouvernement de démissionner. Johnson s’accroche mais la surprise serait qu’il se maintienne. Une histoire de jours, peut-être d’heures.

Cette séquence en rappelle une autre : En novembre 1990, Geoffrey Howe, alors vice-Premier ministre, figure du gouvernement, avait démissionné pour protester contre la politique européenne de Margaret Thatcher. Qui n’était plus à la tête du gouvernement… en décembre.

Références

L'équipe

Franck Mathevon
Production
Jean-Marc Four
Jean-Marc Four