Lors de son intervention au Forum économique de Vladivostok, Vladimir Poutine a une nouvelle fois défié les Occidentaux ©AFP - Sergei BOBYLYOV / SPUTNIK / AFP
Lors de son intervention au Forum économique de Vladivostok, Vladimir Poutine a une nouvelle fois défié les Occidentaux ©AFP - Sergei BOBYLYOV / SPUTNIK / AFP
Lors de son intervention au Forum économique de Vladivostok, Vladimir Poutine a une nouvelle fois défié les Occidentaux ©AFP - Sergei BOBYLYOV / SPUTNIK / AFP
Publicité
Résumé

Ce matin, Vladimir Poutine a une nouvelle fois défié les Occidentaux en affirmant, lors du Forum économique de Vladivostok que toutes les sanctions n’y feront rien : isoler la Russie est impossible, affirme le maître de Kremlin. Et sur ce point, Poutine a peut-être raison.

En savoir plus

Disons-le autrement : ne prenons pas nos désirs pour des réalités.

Évidemment que l’objectif assumé des sanctions économiques européennes, c’est d’affaiblir et d’isoler la Russie.

Publicité

Mais pour l’instant, ça ne marche pas vraiment. L’impact économique reste modéré.

Au début, on y a cru : le rouble a chuté, la production a baissé, l’inflation est apparue. Mais au bout du compte, après 6 mois de guerre, il faut bien le constater : l’économie russe tient, même si certains produits sont devenus rares et chers.

Elle tient évidemment grâce aux recettes du pétrole et du gaz. Elle tient aussi parce que, justement pour reprendre la formule de Poutine, la Russie n’est pas vraiment isolée.

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

Il y a des trous dans la raquette occidentale. Entre le hongrois Orban qui continue de faire du business avec Moscou et les armateurs grecs qui transportent le pétrole russe.

Et puis la Russie a trouvé quelques solutions alternatives : elle a augmenté de 50% ses exportations vers la Turquie et obtenu des paiements en rouble de la part de la Chine pour éviter le plongeon financier.

Poutine l’assume d’ailleurs avec ce Forum économique de Vladivostok : il cherche de nouveaux débouchés vers l’Asie. Un rééquilibrage vers l’Est dont la Russie est familière dans son Histoire, dès que ça chauffe sur son flanc Ouest.

Et on pourrait presque inverser le raisonnement : c’est l’Occident qui est isolé sur sa politique de sanctions ; personne d’autre n’a embrayé. Et les réserves mondiales de change se déplacent peu à peu du dollar vers le yuan.

Le soutien symbolique de la Chine

Et c’est la même chose sur le terrain diplomatique.

C’est vrai, il n’y a pas foule dans le monde pour crier ostensiblement « Vive Poutine et l’invasion de l’Ukraine ! ».

Mais il n’y a pas foule non plus pour crier « Vive l’Occident ». Le reste de la planète ne veut pas se mouiller. C’est l’incarnation de ce monde devenu multipolaire.

Parmi les pays du G20, à l’exception donc des Occidentaux, les autres puissances restent à distance : l’Inde, la Turquie, le Mexique, le Brésil, l’Indonésie, l’Afrique du Sud.

Et puis bien sûr il y a le cas de la Chine.

Elle ne va pas jusqu’à soutenir économiquement la Russie de façon claire (les effets en chaine seraient trop importants sur son commerce avec l’Occident), mais sur le plan symbolique, le soutien à Moscou est évident.

Pékin souscrit au raisonnement russe qui impute la responsabilité de la guerre en Ukraine à l’expansionnisme militaire de l’Occident.

Et la semaine prochaine, le président chinois Xi Jinping est annoncé aux côtés de Vladimir Poutine, à Samarkand en Ouzbékistan. Pour un sommet de l’Organisation de Coopération de Shanghai, qui se veut un contrepoids à l’Occident.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Enfin il faut ajouter à la liste tous ces pays africains, asiatiques, ou latino-américains qui privilégient le non-alignement et se méfient de l’Occident.

Ils sont sensibles au discours de Poutine sur le néo-colonialisme occidental. Et le maitre du Kremlin en a remis une couche ce matin en affirmant : « Les pays européens se comportent comme des puissances coloniales aujourd’hui comme hier, et c’est pour ça que la crise alimentaire va s’accroître ».

Et bien ce raisonnement trouve de l’écho dans de nombreux pays du Tiers-Monde.

Donc là non plus, la Russie n’est pas isolée.

Un aveu de faiblesse militaire

Reste la question militaire, et là Moscou n’a quand même pas beaucoup d’alliés face au bloc occidental.

Parce que personne ne veut s’y risquer, vu l’embargo sur les livraisons d’armes et le matériel militaire.

Personne ne s’y risque hormis bien sûr le vassal biélorusse. Et désormais aussi, si l’on en croit le quotidien New-York Times, la Corée du Nord.

La Corée du Nord livrerait à Moscou des millions de roquettes et d’obus d’artillerie. Et l’Iran, des drones Shahed ou Mohajer.

4 min

Soit dit en passant, c’est l’une des dimensions les plus surprenantes de cette crise. Pas que l’Iran ou la Corée du Nord apportent leur aide militaire, non.

Mais plutôt que la Russie ait besoin d’aide. On dit même qu’elle a recours à la contrebande pour se fournir en armes.

C’est donc là où on la pensait la plus solide (sur le plan militaire, avec la 2ème armée du monde) qu’elle se retrouve presque la plus fragile et la plus isolée, à force de tirer des dizaines de milliers d’obus chaque jour.

En manque de soldats. Et en manque de munitions. C’est d’ailleurs sans doute aussi pour cette raison que la ligne de front ne bouge plus beaucoup depuis un mois.

En l’occurrence, le fait de chercher des aides et des partenaires est donc un aveu de faiblesse, surtout pour un Poutine nostalgique de la "grandeur russe".

Références

L'équipe

Jean-Marc Four
Jean-Marc Four