Sur cette image prise par drone et publiée par le gouvernement polonais on voit le face à face à la frontière entre migrants et forces de l'ordre polonaises ©AFP - EyePress News / EyePress via AFP
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Résumé

La crise des migrants continue aux frontières orientales de l’Europe, en Pologne et en Lituanie confrontés à un afflux de migrants du Proche Orient. Autant de réfugiés envoyés par le régime dictatorial de la Biélorussie. Mais se contenter de dénoncer le dictateur biélorusse, c’est un peu facile.

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Bien entendu que le potentat de Minsk, Alexandre Loukachenko n’est pas recommandable. Bien entendu qu’il agit avec un cynisme absolu et utilise sans vergogne tous ces migrants comme des instruments, presque de la chair à canon, dans son règlement de comptes avec l’Union Européenne.

Les faits sont avérés, et Loukachenko prépare son affaire depuis des mois.  Furieux des sanctions européennes qui ont suivi la répression en Biélorussie, il a décidé de se venger. Depuis le début de l’été, il fait donc venir, par charters entiers, des Syriens ou des Afghans réfugiés au Liban, au Kurdistan, en Turquie. Ça se compte désormais par dizaines de vols par semaine. Et ensuite, il envoie ces migrants par convoi, en cars vers les frontières polonaise ou lituanienne. Au casse-pipe. Ces hommes, ces femmes, ces enfants, se retrouvent prisonniers d’un no man’s land, entre soldats russes et polonais.

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Donc oui, il agit avec cynisme, de façon méthodique, en appuyant sur le talon d’Achille de l’Union Européenne. Un calcul politique organisé avec la bienveillance de son sponsor, le russe Vladimir Poutine. 

Mais inutile de pousser des cris d’orfraie : on ne découvre pas aujourd’hui que Loukachenko est un « bad guy ». Donc résumer cette crise à la seule dénonciation des pratiques d’une dictature est une grille de lecture simpliste : elle a pour seul objectif de désigner un ennemi.

Du cynisme politique en Pologne aussi

La réaction du gouvernement polonais est elle aussi simpliste, parce qu’exclusivement sécuritaire. Elle peut se comprendre : la Pologne est inquiète face à l’attitude de son voisin biélorusse et son parrain moscovite. Mais ça n’en est pas moins une grille de lecture réductrice.

Ça consiste en quoi ?

A militariser la frontière : en déployant plus de 15.000 hommes, en dressant des fils de fer barbelés, en interdisant aux journalistes de se rendre dans la zone.  Au motif que le sujet se résume à une double menace : menace militaire de l’armée de Loukachenko et menace « humaine » des « hordes de migrants » assimilés à des barbares. Lecture sécuritaire, réponse sécuritaire. La même que celle du Hongrois Orban. La même que celle de l’Otan.

Mais ne nous y trompons pas : là aussi, c’est du cynisme politique. Cette grille de lecture permet d’alimenter le réflexe nationaliste et patriotique en Pologne, dans une réaction d’autodéfense. Un mécanisme dont les régimes populistes sont friands.

Et surtout cette logique sécuritaire ne règlera rien de façon pérenne, elle ne donne que des solutions à court terme : des frontières fermées et barricadées pour quelques semaines ou quelques mois.

La politique de l'autruche de l'Union Européenne

En fait le vrai sujet c’est le non règlement du dossier des migrants ! Il n’y aurait pas d’instrumentalisation politique possible, ni par la Biélorussie, ni par la Pologne, s’il n’y avait rien à instrumentaliser. En se focalisant, soit sur la dénonciation du cynisme biélorusse, soit sur la dimension sécuritaire de la crise, on en oublie le fond du problème : le dossier des migrants.

D’abord, on en oublie presque que des vies sont en jeu : celles de milliers de personnes qui sont en train de se retrouver au milieu de nulle part, entre deux pays, au moment où l’hiver arrive : il fera rapidement moins 10 dans les semaines qui viennent. Mais bon ce n’est pas nouveau : il y a belle lurette que l’Europe a mis un mouchoir sur ces considérations d’humanité. Le cimetière qu’est devenue la Méditerranée est là pour en témoigner.

Il y a surtout, à l’arrière plan, l’enjeu politique : depuis la grande crise migratoire de 2015, l’Union Européenne fait l’autruche sur la question des migrants. En la sous-traitant à ses riverains, la Turquie, le Maroc, le Liban, qui se retrouvent avec des millions de réfugiés sur les bras. Les Européens ne sont toujours pas parvenus à réformer leur politique d’asile et à mettre en place un mécanisme collectif d’accueil et de régulation des migrants. C’est le sujet non traité par excellence depuis des mois. Et la France, en prenant la présidence de l’Union Européenne au 1er janvier prochain, va donc le trouver sur le dessus de la pile.

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Tant que ce sujet n’aura pas été traité, les mêmes causes produiront les mêmes effets. Et il y aura toujours des Erdogan turc ou des Loukachenko biélorusse pour les instrumentaliser.

C’est le prix de la sous-traitance.

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Jean-Marc Four
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