Une manifestation à Tripoli contre le nouveau Premier ministre Fathi Bachagha le 11 février 2022 ©AFP - Hazem Turkia / ANADOLU AGENCY
Une manifestation à Tripoli contre le nouveau Premier ministre Fathi Bachagha le 11 février 2022 ©AFP - Hazem Turkia / ANADOLU AGENCY
Une manifestation à Tripoli contre le nouveau Premier ministre Fathi Bachagha le 11 février 2022 ©AFP - Hazem Turkia / ANADOLU AGENCY
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Résumé

Depuis quelques jours, la Libye se retrouve à nouveau avec deux chefs de gouvernement en parallèle. Une lutte fratricide pour le pouvoir entre camps rivaux, voilà qui rappelle de bien mauvais souvenirs au Libyens.

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C’est comme s’il ne s’était rien passé depuis l’arrivée au pouvoir il y a un an d’un gouvernement d’union nationale, chargé d’enfin stabiliser le pays après dix ans de guerre civile. La Libye est revenue à la case départ, avec deux premiers ministres se disputant le pouvoir, comme aux pires heures de la division du pays entre 2014 et 2016, dans le chaos de l’après-Khadafi. Mais comment en est-on arrivé là ?

Au moment de son intronisation l’an dernier, le premier ministre par intérim Abdel Hamid Dbeibah avait une feuille de route : l’organisation d’élections dans le courant de l’année 2021. Or le défi s’est avéré insurmontable : trop d’insécurité – impossible de sécuriser les bureaux de vote – et trop de tensions politiques et de rivalités entre factions. Résultat : une élection présidentielle reportée à des jours meilleurs. Un rendez-vous manqué.

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Un coup de force institutionnel

Face à cet échec, les opposants à Dbeibah ont décidé de réagir. Le parlement basé à Tobrouk (Est) a nommé jeudi dernier un nouveau premier ministre, l’ex-ministre de l’intérieur Fatih Bachagha, une personnalité politique de poids en Libye. Pour réussir ce qui s’apparente à un coup de force institutionnel, Bachagha a noué une alliance de circonstance avec son vieil ennemi, le maréchal Haftar, l’homme fort de l’est de la Libye.

Mais « l’autre » premier ministre, toujours en poste à Tripoli, ne l’entend pas de cette oreille. Abdel Hamid Dbeibah refuse de jeter l’éponge, il revendique toujours le soutien de l’ONU et affirme qu’il ne cédera le pouvoir qu’à un gouvernement issu des urnes. On a comme une impression de déjà-vu. En 2014, déjà, la Libye se retrouvait dirigée par deux premiers ministres rivaux, l’un à l’Ouest, l’autre à l’Est, avec à chaque fois le soutien plus ou moins actif de puissances étrangères. On sait où tout cela avait mené : à une lutte fratricide et des affrontements meurtriers

La capitale Tripoli au coeur des tensions

Aujourd’hui, le risque est réel de voir la Libye replonger dans la guerre civile, et l’inquiétude se porte tout particulièrement sur la capitale Tripoli, où siège le gouvernement d’union nationale. Le nouvel homme fort Fatih Bachagha est lui aussi très implanté à Tripoli, où il dispose de relais et d’appuis importants avec des groupes de miliciens acquis à sa cause.

En Libye, les alliances sont mouvantes et pas toujours très lisibles. Mais il y a des signes qui ne trompent pas : des mouvements de troupes inquiétants ont eu lieu ces derniers jours aux abords de la capitale, avec des centaines de véhicules armés convergeant vers le centre de Tripoli, pour soutenir le gouvernement en place, et sécuriser les lieux de pouvoir.

Dans le même temps, des manifestations massives ont eu lieu à Tripoli et à Misrata. Les Libyens en ont plus qu’assez, ils réclament de véritables élections, ces élections « libres et transparentes » qu’on leur promet depuis si longtemps et qui avaient soulevé un grand espoir dans le pays. Faute de solution démocratique, la Libye risque de retomber dans un nouveau cycle de violence. Tripoli ressemble à nouveau à une poudrière, sous les yeux impuissants de la communauté internationale.

Références

L'équipe

Cyril Sauvageot
Production
Jean-Marc Four
Jean-Marc Four