Des soldats russes évacuent des prisonniers ukrainiens à la chute de Marioupol (image prise par l'agence russe Sputnik)
Des soldats russes évacuent des prisonniers ukrainiens à la chute de Marioupol (image prise par l'agence russe Sputnik)
Des soldats russes évacuent des prisonniers ukrainiens à la chute de Marioupol (image prise par l'agence russe Sputnik) ©AFP - Alexey Kudenko / Sputnik / Sputnik via AFP
Des soldats russes évacuent des prisonniers ukrainiens à la chute de Marioupol (image prise par l'agence russe Sputnik) ©AFP - Alexey Kudenko / Sputnik / Sputnik via AFP
Des soldats russes évacuent des prisonniers ukrainiens à la chute de Marioupol (image prise par l'agence russe Sputnik) ©AFP - Alexey Kudenko / Sputnik / Sputnik via AFP
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Résumé

La Russie a donc annoncé son intention d’expulser plusieurs dizaines de diplomates occidentaux. Cette détermination de Moscou vient nous rappeler que les Occidentaux et les Ukrainiens auraient tort de croire que le vent a définitivement tourné après les récents revers russes sur le terrain.

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Depuis quelques jours, on voit pointer, à Washington comme à Kiev un discours optimiste, presque triomphaliste.

« Nous allons affaiblir durablement la Russie » fanfaronne Washington.

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« Nous allons reconquérir tout le territoire ukrainien »

promet Kiev.

Et bien tout cela est très prématuré.

D’abord, la détermination politique de Moscou n’a pas varié. L’expulsion aujourd’hui des diplomates européens en est la preuve. 34 Français, 27 Espagnols, 24 Italiens. Ils ont deux semaines pour plier bagage.

Peu importe si les chancelleries occidentales y voient une « décision illégitime », ce n’est pas le sujet.

Le sujet de Moscou, c’est de répondre à l’expulsion de diplomates russes dans l’autre sens, comme le berger à la bergère. Et d’envoyer un message politique.

Cette détermination ne pourrait être réaffirmée sans un socle financier toujours solide. Et ce sera le cas tant que la Russie exporte son pétrole et son gaz, en plus à un prix élevé. Rien que le pétrole, c’est 700 millions de $ par jour.

L’Europe, on le sait, cherche à couper les ponts. Mais pour l’instant, elle continue de fait, à financer la guerre de Moscou.

Quant aux oligarques russes, merci pour eux : ils ont trouvé refuge à Dubaï ou à Tel Aviv.

Ajoutons enfin le socle diplomatique.

Moscou reste soutenu, notamment par la Chine, dont l’ambassadeur à Paris réaffirmait, encore le week-end dernier, combien selon lui la guerre en Ukraine a été provoquée par « l’expansionnisme de l’Otan et des Etats-Unis ».

Malgré des revers, la lente progression des forces russes

On va nous objecter que sur le terrain ce n'est quand même pas brillant pour les Russes.

Et c'est vrai, l’affaire est entendue. La guerre éclair a échoué.

Vladimir Poutine n’a pas conquis l’Ukraine en quelques jours comme son Etat-major le lui avait laissé miroiter. Les forces russes ont abandonné les sièges de Kiev et de Kharkiv. Et elles ont déjà perdu beaucoup d’hommes et de pièces d’artillerie.

Mais si on fait les comptes à plat, la Russie a quand même progressé.

Après trois mois de conflit, elle contrôle plus de territoire qu’avant le début de la guerre. La chute de Marioupol et des résistants de l’usine Azovstal, le week-end dernier, en est le symbole, même si c’est un champ de ruines.

Les forces russes tiennent des positions solides à Kherson, la ville située à l’embouchure du Dniepr. Et elles poursuivent une lente progression à l’Est, dans les régions de Donetsk et de Louhansk.

Les bombardements ont repris ces derniers jours. Il faut s’attendre à la chute de villes comme Lysichansk ou Sereverodonetsk. Et les combats se rapprochent de Kramatorsk et de Slaviansk.

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L’objectif russe d’une maîtrise de tout le Donbass, de tout l’Est de l’Ukraine, demeure atteignable.

A l’inverse, l’hypothèse d’une contre-attaque massive des Ukrainiens reste illusoire, au moins à court terme.

Il faudrait beaucoup plus de chars, beaucoup plus d’avions pour faire reculer les troupes russes qui conservent la supériorité numérique, au sol, et plus encore dans les airs.

Donc ne nous y trompons pas : l’armée russe n’est pas sur le reculoir partout, et elle est loin d’être « cornerisée ». Croire ça, c’est avaler de la propagande inversée.

Poutine maitre de son éco-système d'information

Tout cela malgré tout ne suffira sans doute pas à Poutine pour déclarer victoire.

Sans doute pas. Mais là aussi, il y a un point d’interrogation.

En fait, Poutine peut décider à tout instant de déclarer victoire. Ce n’est pas nécessairement conditionné par des éléments objectifs sur le terrain.

C’est une question de communication.

Il ne faut pas mésestimer le fait que le maître du Kremlin a créé une sorte de monde virtuel de l’information sur le sol russe.

Il n’y a plus le moindre média indépendant, la télévision est aux ordres, les réseaux sociaux sont surveillés par les trolls.

Donc si à un instant T, le chef décide de crier victoire, il y aura officiellement victoire.

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En plus, ne perdons pas de vue que l’argumentaire de Poutine pour avoir déclenché la guerre, c’est de « protéger la Russie menacée ».

Il peut très bien décider, par exemple, une fois le Donbass conquis et le Nord de la Mer Noire en partie contrôlé, d’affirmer qu’il n’y a plus de menace.

Et de proclamer « objectif accompli », même s’il est très loin d’avoir atteint ses buts de guerre du début.

Peu importe : toute la machine de communication suivra : donc officiellement, vu de la salle à manger du téléspectateur russe, il y aura victoire. Et Poutine aura été le sauveur de la patrie.

On se résume : non seulement la Russie n’a pas dit son dernier mot, ni économique, ni militaire. Mais il ne faudrait non plus enterrer Poutine trop vite.

Il y a 3 mois, Moscou s’y voyait déjà. Fatale erreur.

3 mois plus tard, Kiev ou Washington auraient bien tort d’avoir la même poussée de vanité en sens inverse. Mieux vaut éviter de rouler des mécaniques.

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Jean-Marc Four
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