Nouvelle journée de sit-in mardi 19 octobre 2021 à Khartoum. Des contestataires appellent les militaires à prendre les commandes.
Nouvelle journée de sit-in mardi 19 octobre 2021 à Khartoum. Des contestataires appellent les militaires à prendre les commandes. ©AFP - MAHMOUD HJAJ / ANADOLU AGENCY / ANADOLU AGENCY VIA AFP
Nouvelle journée de sit-in mardi 19 octobre 2021 à Khartoum. Des contestataires appellent les militaires à prendre les commandes. ©AFP - MAHMOUD HJAJ / ANADOLU AGENCY / ANADOLU AGENCY VIA AFP
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Au Soudan, depuis quelques jours, des milliers de protestataires sont rassemblés devant le palais présidentiel à Khartoum. Ces manifestants demandent un gouvernement de militaires. Cette mobilisation ouvre une nouvelle crise. Les autorités de transition sont très fragilisées.

Le Soudan a connu des évolutions politiques majeures depuis trois ans.

Fin 2018, le gouvernement triple le prix du pain. Colère de la population. Le mouvement de contestation s’étend à tout le pays et provoque en avril la chute d’une des plus anciennes dictatures d’Afrique : celle du général Omar El-Béchir, aux commandes depuis 30 ans. 

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A l’été 2019, un accord de partage de pouvoir est adopté entre civils et militaires. 

Un Conseil de souveraineté dirige alors le pays : côté militaire, le général Al-Burhane est nommé président ; côté civil, Abdallah Hamdok, un ancien économiste de l’ONU, devient Premier ministre.

L’objectif de cette transition à deux têtes : redresser le Soudan et le conduire vers des élections libres en 2023. 

Les Etats-Unis retirent le pays de leur liste noire, et annule leurs sanctions.

Le Soudan, enfin sur la bonne voie, est présenté dans le monde entier comme un modèle de transition démocratique. 

Sit-in devant le palais présidentiel

Depuis samedi pourtant, la donne a radicalement changé. Des centaines puis de milliers de contestataires se sont installés devant le palais présidentiel.

Ils ont dressé des dizaines de tentes et promettent de ne pas bouger tant que le pouvoir n’aura pas été confié exclusivement aux militaires.

Alors qui sont ces manifestants ?

Une partie d’entre eux sont issus des Forces pour la liberté et le changement, la grande alliance qui s’était constituée en 2019 pour faire tomber Omar El-Béchir et qui est aujourd’hui divisée en deux camps. Dans la faction dissidente, on trouve notamment des représentants des rebelles qui craignent de perdre leur influence. 

D’autres protestataires sont d’anciens soutiens du dictateur Béchir.

D’autres encore sont directement liés aux militaires. Certains auraient été conduits à Khartoum en bus pour manifester, sans doute en échange d’une rétribution. C’est ce que montrent des vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux.

Une alliance très hétéroclite donc s’est formée. Avec un mot d’ordre : « A bas Hamdok ! »

Tous ces contestataires estiment que l’armée est la seule apte à redresser le pays.

Depuis plusieurs mois, les divisions au sein des autorités de transition étaient un secret de polichinelle. Elles ont vraiment éclaté au grand jour lors d’une tentative de coup d’Etat il y a un mois.

Un putsch manqué qui a donné des arguments à chaque camp pour rameuter ses troupes.

Du côté des militaires, le général Al-Burhane, président du Conseil de souveraineté, s’en prend ouvertement au gouvernement. Il s’appuie sur de puissantes milices, déjà très actives sous le dictateur Béchir.

Du côté des civils, le Premier ministre Abdallah Hamdok muscle aussi son discours. Il estime que le Soudan traverse « sa pire crise » depuis 2019 et compte sur le soutien de la rue.

Une manifestation géante est organisée demain à Khartoum pour le soutenir et rappeler l’esprit de la révolution anti-Béchir il y a deux ans.

Un pays en plain marasme économique

Le Soudan ne se relève pas après trois décennies de dictature. L’inflation avoisine les 400%. Le FMI a imposé une cure d’austérité drastique en échange de l’aide internationale.

Le Soudan reste l’un des pays les plus pauvres au monde. 

Depuis le mois dernier, des manifestants bloquent tout l’est du pays. Ils défendent des groupes rebelles qui estiment ne pas être assez bien représentés au sein des autorités de transition.

Or, la majorité des marchandises arrivent par l’est, par la mer Rouge, à Port-Soudan.

Il ne fait guère de doutes que les militaires instrumentalisent ce blocus, qui aggrave les pénuries, de gaz, d’électricité, de carburant.

L’armée trouve là d’autres arguments pour dénoncer l’incompétence des civils au pouvoir. 

Vous l’aurez compris, la crise soudanaise est d’une grande complexité. Et beaucoup de chefs de milices jouent des rôles secondaires importants, mais on en revient toujours au même constat : le fossé se creuse entre civils et militaires.

Demain, les deux camps vont manifester. Aujourd’hui, les appels au calme se sont multipliés… mais le moindre dérapage pourrait déclencher un nouveau cycle de violences dans un pays très instable.

L'équipe

Franck Mathevon
Production
Jean-Marc Four
Jean-Marc Four