Le regard fascinant du président ukrainien Volodymyr Zelensky lors de la visite d'Emmanuel Macron à Kiev le 16 juin
Le regard fascinant du président ukrainien Volodymyr Zelensky lors de la visite d'Emmanuel Macron à Kiev le 16 juin
Le regard fascinant du président ukrainien Volodymyr Zelensky lors de la visite d'Emmanuel Macron à Kiev le 16 juin ©AFP - Ludovic MARIN / POOL / AFP
Le regard fascinant du président ukrainien Volodymyr Zelensky lors de la visite d'Emmanuel Macron à Kiev le 16 juin ©AFP - Ludovic MARIN / POOL / AFP
Le regard fascinant du président ukrainien Volodymyr Zelensky lors de la visite d'Emmanuel Macron à Kiev le 16 juin ©AFP - Ludovic MARIN / POOL / AFP
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Résumé

Le Conseil Européen demain et après-demain à Bruxelles va sans doute confirmer l’octroi à l’Ukraine et peut-être à la petite Moldavie du statut officiel de candidat à l’adhésion à l’Europe. Cette décision semble relever du bon sens et du symbole évident. Mais regardons aussi les arguments contre.

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Une précision d’emblée (je vais éviter de me faire trop d’ennemis) : évidemment que l’agression russe est inacceptable et barbare.

Evidemment qu’il faut défendre la jeune et courageuse démocratie ukrainienne. Evidemment que Kiev a besoin de la main tendue européenne et qu’il faut dire Stop à Poutine.

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Tout cela est vrai. Mais il faut aussi soupeser toutes les conséquences de cette porte ouverte à rejoindre l’Europe. Penser contre soi, se méfier des décisions prises sous le coup de l’émotion.

Donc oui examinons les arguments contre l’octroi de ce statut de candidat.

Le premier, c’est le risque de « promener le chien ». Faire miroiter quelque chose qui ne viendra pas de sitôt.

L’Ukraine aura beaucoup de chemin à faire pour devenir membre à part entière de l’Union. Sur l’État de droit en particulier, l’indépendance de la magistrature : l’indice de corruption y est le pire de tous les candidats potentiels à l’Europe.

Et plusieurs pays (les Pays-Bas, le Danemark, l’Autriche) ont l’intention de défendre ces règles, à juste titre.

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C’est pour cette raison qu’Emmanuel Macron ou l’italien Enrico Letta proposent un cercle plus large : une Confédération, une Communauté européenne pour intégrer l’Ukraine dans un ensemble moins contraignant que l’Union à 27.

Mais répétons-le, il y a le risque d’une voie de garage, a fortiori à un moment où le besoin est fort d’une Union politique européenne non pas élargie, mais resserrée pour être plus efficace.

Regardons la Turquie : elle est devenue candidate à l’Union en 1999. Nous sommes en 2022 et elle n’est jamais apparue aussi éloignée. 23 ans pour rien et beaucoup de frustration chez les Turcs au bout du compte.

Un message troublant aux pays des Balkans

Au-delà du cas particulier de la Turquie, ça renvoie aussi à tous les autres candidats !

Si on accorde à l’Ukraine une « file prioritaire » pour l’adhésion à l’Europe, un peu comme pour les passagers Business class qui enregistrent à l’aéroport, imaginez la tête des autres passagers qui sont dans la file d’attente depuis des années pour certains.

On songe à la Bosnie dans les Balkans, qui attend depuis 6 ans d’avoir ce statut de candidat. Alors qu’elle est en proie à un regain de tensions ethniques. Elle va dire : pourquoi l’Ukraine et pourquoi pas moi ?

On songe aussi à ceux, toujours dans les Balkans, qui ont déjà le statut de candidats : la Macédoine, candidate depuis 2005, mais son entrée dans l’Union est en grande partie bloquée par la Bulgarie voisine.

Le Monténégro, la Serbie, l’Albanie où le premier ministre Edi Rama a fait beaucoup pour mettre le pays sur la route de l’Etat de droit.

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Faire passer Kiev avant tout le monde ? Mauvaise idée.

Alors quoi, vont se dire nombre de ces pays : il faut aussi que je sois agressé par mon voisin pour que l’Europe prenne enfin ma candidature au sérieux ?

En plus, dans ces pays des Balkans, la Serbie en particulier, la Russie et la Chine tissent leur réseau d’influence, militaire ou économique. Et puis l’on parle d’une région de l’Europe marquée historiquement par des conflits destructeurs.

Demain matin, un sommet Europe-Balkans, justement, précédera le Conseil Européen. Attention aux impairs, terrain glissant.

Une Europe qui penche à l'Est

Il y a une autre facette du problème: si l’Europe intègre tout le monde, alors elle va changer complètement de visage !

Même si on intègre uniquement l’Ukraine, le centre de gravité de l’Union Européenne sera substantiellement modifié.

Le Brexit, la sortie du Royaume-Uni a déjà changé la donne. Le point d’équilibre de l’Union est moins à l’Ouest, plus au centre du continent.

Avec Kiev dans l’Europe, le poids de l’ensemble Pologne-Ukraine, plus de 80 millions d’habitants à elles deux, deviendra majeur. C’est d’ailleurs aussi pour cette raison que Varsovie pousse en faveur de Kiev.

Très prosaïquement, vu la nature de l’économie ukrainienne, très agricole et en déficit d’infrastructures, ça impliquera une redistribution de la politique agricole commune et des fonds de cohésion vers l’Est. Il vaut mieux le savoir.

Et politiquement, si on passe à une Europe à 30 ou 35, ça ne pourra fonctionner qu’avec une réforme des traités, l’abandon des décisions à l’unanimité.

Dans ce cas, avec des votes devenus à la majorité relative dans une Europe qui penchera à l’Est, le moteur franco-allemand sera mécaniquement moins déterminant.

Là encore, il vaut mieux le savoir.

47 min

Tout ça ne veut pas dire que l’adhésion de l’Ukraine à l’Europe est une mauvaise idée.

Il faut sans doute le faire. Parce que l’idéal européen est condamné s’il ne tend pas la main à ceux qui le chérissent.

Mais il faut le faire en en soupesant pleinement toutes les implications, et tous les dangers.

Prendre cette décision de façon lucide.

Références

L'équipe

Jean-Marc Four
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