Le capitaine Ibrahim Traoré, nouveau maître du Burkina Faso, au 35e anniversaire de l'assassinat de Thomas Sankara.
Le capitaine Ibrahim Traoré, nouveau maître du Burkina Faso, au 35e anniversaire de l'assassinat de Thomas Sankara. ©AFP - OLYMPIA DE MAISMONT / AFP
Le capitaine Ibrahim Traoré, nouveau maître du Burkina Faso, au 35e anniversaire de l'assassinat de Thomas Sankara. ©AFP - OLYMPIA DE MAISMONT / AFP
Le capitaine Ibrahim Traoré, nouveau maître du Burkina Faso, au 35e anniversaire de l'assassinat de Thomas Sankara. ©AFP - OLYMPIA DE MAISMONT / AFP
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Au Burkina Faso, presque un mois après le putsch qui a chassé le colonel Paul-Henri Damiba, le gouvernement de transition tout juste nommé lance un appel pour mobiliser 50 000 civils pour appuyer l’armée.

Un gouvernement de "combat » : ce sont les mots du nouveau premier ministre Apollinaire Kyélem de Tembela.

Et ce combat, c'est celui d'un pays, le Burkina Faso, au bord du gouffre.

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Quand on parle terrorisme au Sahel, on pense toujours systématiquement au Mali, où tout a commencé.

Pourtant, l'épicentre de la violence terroriste dans tout le Sahel est bien le Burkina Faso.

Depuis 2015 et les premières attaques, le pays s'est enfoncé dans une spirale vertigineuse.

Plus de 2000 morts, près de deux millions de déplacés.

Des attaques quasi quotidiennes, une armée traumatisée, 40% du pays sous le contrôle des groupes armés.

Vous savez ce que ça veut dire, cette perte de contrôle du territoire ?

Cela veut dire que le Burkina Faso n'est plus un pays, c'est un archipel de villes isolées, à peine reliées entre elles par quelques axes, quelque fois sécurisés par des convois, eux-mêmes régulièrement attaqués.

Le pays des hommes intègres, connu pour son calme, le « pays du vivre ensemble » ne cesse de sombrer, comme si rien ne pouvait stopper sa dislocation.

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Ramener la sécurité dans le pays

Ce mot d'ordre d'Ibrahim Traoré, le nouveau chef du Burkina Faso est exactement le même que celui avancé en février dernier par le lieutenant-colonel Paul Henri Damiba lors de son putsch pour chasser le président Roch Marc Kaboré du pouvoir.

Huit mois à peine entre deux coups d'états.

Lors du putsch de janvier, Paul Henri Damiba s'était retrouvé face à un dilemme.

Impossible pour l'armée burkinabé, sous équipée, sous entrainée de faire face seule aux jihadistes.

Que faire ?

Jouer le statu quo, continuer à s'appuyer sur l'aide des forces françaises alors encore présentes dans la région ?

Faire le choix de la France, tout en se présentant comme l'homme de la rupture ?

Difficile lorsqu'on cherche de la légitimité, dans un contexte très anti-français.

L'an dernier, la traversée du Burkina par un convoi de Barkhane en route pour le Mali avait provoqué des manifestations. Les protestataires accusaient la France d'être responsable de la dégradation de la situation.

La pression était énorme sur la junte pour qu'elle fasse appel aux miliciens russes de Wagner comme au Mali voisin.

La rue burkinabé estime que le Mali y a gagné en stabilité.

Or Paul Henri Damiba n'a pas ouvertement cédé aux sirènes de Moscou malgré les appels d’offres directes de Wagner dès sa prise de pouvoir.

Au sein des forces de sécurité burkinabé, cette position du ni-ni a aggravé les divisions, et miné sa légitimités fragiles.

De nouvelles attaques, de nouveaux massacres ont suffi pour que des officiers dissidents décident de le renverser.

Voilà donc comment est arrivé IE capitaine Ibrahim Traoré.

Un homme qui cherche à se présenter comme le nouveau Thomas Sankara, l'ancien président burkinabé, pourfendeur de l'impérialisme, du néo-colonialisme.

Un révolutionnaire, adulé pour lequel le salut ne peut passer que par le réveil citoyen.

Appel à la mobilisation

C'est en évoquant sa mémoire que les nouvelles autorités burkinabé ont lancé hier le recrutement de 50.000 volontaires, des supplétifs armés, pour appuyer l'armée.

Ces milices civiles existaient depuis toujours, sur des bases communautaires, de façon informelles, pour sécuriser les villages.

Mais leur reconnaissance officielle leur a donné un pouvoir nouveau : elles sont devenues un véritable état dans l'état.

A chaque attaque, ce sont souvent elles qui lancent des représailles sur la communauté musulmane peule, considérée comme la matrice du jihadisme.

Ces massacres qui entrainent à leur tour des représailles.

Au risque d'une spirale infernale...

Mais cette décision est, peut-être, cependant, un moyen pour les putschistes de rassurer la communauté internationale.

Tout à l'heure la sous-secrétaire d'état américaine Victoria Nuland a assuré qu'Ibrahim Traoré lui avait dit ne pas avoir l'intention de faire appel à Wagner, et que le Burkina était prêt à se défendre seul.

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