Défilé militaire, en 2010, à Tiraspol, pour célébrer l'indépendance de la Transnistrie, territoire séparatiste pro-russe, entre la Moldavie et l'Ukraine - VADIM DENISOV / AFP
Défilé militaire, en 2010, à Tiraspol, pour célébrer l'indépendance de la Transnistrie, territoire séparatiste pro-russe, entre la Moldavie et l'Ukraine - VADIM DENISOV / AFP
Défilé militaire, en 2010, à Tiraspol, pour célébrer l'indépendance de la Transnistrie, territoire séparatiste pro-russe, entre la Moldavie et l'Ukraine - VADIM DENISOV / AFP
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Résumé

Les explosions qui agitent depuis deux jours ce territoire séparatiste pro-russe en terre moldave, à la frontière de l'Ukraine, font craindre l'apparition d'un nouveau front.

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Avouons-le : pour beaucoup d'entre nous, avant ces explosions qui s'y multiplient depuis deux jours, la Transnistrie évoquait un territoire qu'on croyait tiré d'un album de Tintin, sans qu'on sache exactement où il se trouve et ce qui s'y passe.

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200 km de long, 20 km de large, un demi-million d'habitants, la Transnistrie est une langue de terre entre la Moldavie à l'ouest et l'Ukraine à l'est, délimitée côté moldave par un fleuve, le Dniestr, qui lui donne son nom.

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En 1991, au moment du démantèlement de l'URSS, ce territoire très russophone, inquiet de voir la Moldavie quitter le giron soviétique, décide d'autoproclamer son indépendance.

S'ensuit une guerre qui fait 2 à 3000 morts en un an. Depuis, 1500 soldats russes y sont stationnés : officiellement une force de maintien de la paix, qui veille sur des stocks d'armes datant de l'époque soviétique. Un conflit gelé, presque oublié. Un territoire comme figé dans le temps.

A en croire les récits de ceux, peu nombreux, qui y sont allés avant la guerre en Ukraine, un voyage en Transnistrie, c'est un peu Good Bye Lénine, si vous avez vu ce film.

Faucille et marteau

Tous racontent la même chose : des laissez-passer distribués au compte-goutte, des chars russes à la frontière.

Jetez un œil sur Google : vous verrez les photos de ces villes aux couleurs passées, où des statues de Lénine côtoient des drapeaux ornés de la faucille et du marteau. On y paie en monnaie locale, le rouble de Transnistrie.

1/3 de la population a la nationalité russe. C'est le pays le plus pauvre de l'Europe, mais le gaz, distribué par Gazprom y est gratuit. L'économie locale, largement alimentée par des trafics en tout genre, est sous perfusion directe de Moscou, qui ne reconnait pas officiellement l'indépendance de cet état, d'ailleurs, mais y règne en maitre, grâce à des autorités locales, président, premier ministre, totalement alignées sur la Russie.

En d’autres mots, la Transnistrie évoque un peu une Corée du Nord en Europe, coincée entre l'Ukraine et la Moldavie.

Cette Moldavie,  qui a fait justement début mars - avant le début de la guerre en Ukraine, une demande officielle d'adhésion à l'Union Européenne.

Et on imagine la fureur de Moscou.

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Car jusqu'à l'an dernier, la Moldavie faisait partie de la zone d'influence traditionnelle russe, avec ses vieux caciques pro-russes au pouvoir.

Puis il y a eu des élections, remportées par le clan pro-européen, et l'élection d'une présidente, Maia Sandu.

Avant-poste russe aux portes de l'Europe

C'est à la suite de cette élection que la Russie a commencé sa guerre du gaz, dans ce pays entièrement dépendant lui aussi du gaz russe. Un chantage énergétique, en refusant de renégocier les contrats, en coupant les robinets, obligeant la Moldavie à faire appel à la solidarité de ses voisins européens. Cet épisode était, on le voit aujourd'hui, une des prémisses de cette guerre qui aujourd'hui ravage l'Ukraine.

Difficile pour autant de dire ce que cherche la Russie, si elle est bien à l’origine des explosions de ces derniers jours, puisqu’elle est déjà présente dans ce territoire qui lui est acquis.

On a beaucoup parlé de la stratégie militaire russe en Ukraine au début de la guerre, cette volonté d**'établir un arc le long de la mer noire allant du Donbass à la Transnistrie via Odessa pour établir une continuité territoriale avec la Russie.** Mais ça, c'était il y a des semaines : la situation militaire s'est depuis détériorée pour l'armée russe.

Il est cependant possible qu'agiter le spectre d'une guerre en Transnistrie, cet avant-poste russe aux portes de l'Union Européenne et de l'OTAN, soit une façon pour Moscou de faire monter la terreur avant d'éventuelles négociations.

Une carte à jouer, une menace, une marge de manœuvre pour prouver sa capacité de nuisance.

Mais les 1500 soldats russes stationnés en Moldavie ne feraient probablement pas le poids, coincés qu’ils sont entre forces de l'OTAN et forces ukrainiennes.

Cela, certes, l’Union Européenne, les Etats unis, l’Ukraine le savent, et probablement le Kremlin aussi. Mais ce qu'il y a dans la tête de Vladimir Poutine, lui seul le sait.

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Claude Guibal
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