Des policiers contrôlent le district de Shenzen après des appels à manifester lancés sur les réseaux sociaux
Des policiers contrôlent le district de Shenzen après des appels à manifester lancés sur les réseaux sociaux ©AFP - Miyuki Yoshioka / Yomiuri / The Yomiuri Shimbun via AFP
Des policiers contrôlent le district de Shenzen après des appels à manifester lancés sur les réseaux sociaux ©AFP - Miyuki Yoshioka / Yomiuri / The Yomiuri Shimbun via AFP
Des policiers contrôlent le district de Shenzen après des appels à manifester lancés sur les réseaux sociaux ©AFP - Miyuki Yoshioka / Yomiuri / The Yomiuri Shimbun via AFP
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De nouvelles manifestations ont secoué la Chine, notamment à Canton. Et en face, la stratégie du pouvoir est désormais claire : la répression mais surtout la négation et l’effacement même de la réalité de la contestation.Ce n’est pas une surprise mais c’est impressionnant

Hier, le porte-parole du ministère des affaires étrangères chinois a tenu un point presse à Pékin. Et la scène est aussi révélatrice qu’ahurissante.

Zhao Lijian, c’est son nom, est interpellé par un de nos confrères de Reuters.

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Question : « Vu la frustration et la colère déclenchés par la politique Zéro Covid, la Chine envisage-t-elle de suspendre cette politique et si oui quand ? ».

Le porte-parole, le visage crispé, regarde ses notes, immobile. Il ne dit rien. Pas un mot pendant 30 secondes. Un silence de plomb. Puis il se décide : pouvez-vous répéter la question ?

Le journaliste la répète, à l’identique. Nouveau silence de Zhao Lijian.

Et enfin une réponse : « Ce que vous décrivez ne correspond pas à ce qui se passe réellement ».

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Le pouvoir chinois est donc embarrassé. Et plus encore, il nie l’existence des faits.

D’ailleurs, le pouvoir se tait. Pas le moindre commentaire du président Xi Jinping. Il fait comme si de rien n’était. Réception du président de Mongolie hier. Business as usual.

Commenter, ce serait admettre que la contestation existe. Et devoir prendre position. Trop risqué. Donc silence total.

La presse officielle chinoise parle d’autre chose : de la mort de l’ancien président Jiang Zemin, du vol réussi de trois astronautes chinois vers la station spatiale. Mais pas un mot sur les manifs.

Juste, entre les lignes, un embryon d’assouplissement : par exemple des articles aujourd’hui soulignant que les nouveaux variants de la pandémie sont moins dangereux. Peut-être une façon de préparer les esprits à une levée partielle des restrictions.

Mais la priorité c’est bien de faire comme si rien ne s’était produit.

Le "nettoyage" des réseaux sociaux

Ça veut dire aussi effacer les traces de ce qui s’est passé !

C’est l’autre facette de la même pièce. Tout effacer pour pouvoir mieux affirmer : vous voyez bien que ça n’a pas eu lieu.

C’est ce que la Chine a déjà fait dans ses manuels d’Histoire avec les événements de 1989 à Tien An Men.

Elle essaie la même stratégie.

Bien sûr, il y a de la répression classique, des arrestations, de la présence policière renforcée dans les rues.

Mais surtout, il faut effacer les traces des événements, sur les réseaux sociaux. Comme avec une gomme.

Les dizaines de milliers de « cyber policiers » chinois sont donc hyperactifs et très inventifs.

Ils contrôlent évidemment les mots-clés de la contestation, comme « page blanche » (en dénonciation de la censure), comme « Rue Urumqi » (l’un des lieux des manifestations à Pékin). Ou bien encore comme « mousse à la crevette », parce que son idéogramme est proche de « démission ».

Ils fouillent les téléphones portables à la recherche des applications interdites.

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Et ils inondent les réseaux de spams, de faux messages, pour couvrir les traces de la contestation. Par exemple hier et avant-hier, on a assisté à une recrudescence de messages de type pornographique sur les réseaux chinois.

Vous cherchez Shanghai pour trouver des vidéos des manifs et vous tombez systématiquement sur « bonjour je suis célibataire, je suis disponible ». Vous voyez le genre.

C’est une organisation méthodique.

La gomme à grande échelle.

Une organisation industrielle et méthodique

Il est vrai que le révisionnisme, l’effacement du réel, c’est un grand classique dans l’Histoire !

On n’a pas attendu Xi Jinping pour ça.

C’est vieux comme le monde : déjà dans l’Égypte antique, le pharaon Akhenaton et la reine Hatshepsout avaient été un temps effacés des tablettes.

Plus récemment, à l’époque soviétique, Staline était le spécialiste du genre : quand il finissait par écarter l’un de ses proches, il le faisait enlever des photos officielles. Supprimer comme on le ferait aujourd’hui avec Photoshop.

Le cas le plus célèbre, c’est celui de Iejov, gommé des photos a posteriori.

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La Chine de 2022 ne fait pas autrement. Mais elle le fait à échelle industrielle, professionnelle, avec les instruments numériques de l’époque.

Le pouvoir chinois n’a pas le monopole de la négation du réel : la preuve avec Trump et son déni de la défaite électorale il y a 2 ans.

Mais le pouvoir chinois est le seul à posséder des moyens aussi gigantesques pour mettre en pratique sa négation du réel et sa surveillance généralisée des citoyens. Plus fort encore que 1984 de George Orwell.

Des manifestations ? Quelles manifestations ? Il n’y en a jamais eu !

Peut-on, à l’ère du numérique et des réseaux sociaux, effacer totalement le réel ?

Ou à l’inverse le propre du numérique est-il l’existence, toujours, de trous dans le filet, d’espaces de liberté, de moyens d’échapper à la censure ?

De la réponse à cette question dépend en partie l’avenir du pouvoir chinois.

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