L'ombre du dictateur libyen, photographié ici dans sa résidence de Bab el-Azizyia peu avant sa mort, en avril 2011, plane sur la future élection. ©AFP - JOSEPH EID / AFP
L'ombre du dictateur libyen, photographié ici dans sa résidence de Bab el-Azizyia peu avant sa mort, en avril 2011, plane sur la future élection. ©AFP - JOSEPH EID / AFP
L'ombre du dictateur libyen, photographié ici dans sa résidence de Bab el-Azizyia peu avant sa mort, en avril 2011, plane sur la future élection. ©AFP - JOSEPH EID / AFP
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Résumé

Dix ans après la chute et la mort de Mouammar Kadhafi, la Libye se prépare à des élections présidentielles et législatives qui doivent théoriquement avoir lieu le 24 décembre. Des élections sur lesquelles plane l’ombre persistante de Kadhafi et son clan.

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Difficile pour la Libye de tourner la page des années Kadhafi. 42 ans de pouvoir, centré autour d’une tribu, les Kadhafa, d’une ville, Syrte, et d’une famille, la sienne, laissent des traces durables.

D'autant que ces dix ans écoulés depuis la mort de Kadhafi n'ont été qu'un immense fawda, comme on dit en arabe, un chaos total. 

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Dix années de luttes entre milices et troupes du général Haftar à l'est, contre celles du gouvernement d'union nationale à l'ouest. Un champ de bataille kafkaïen où on retrouve pêle-mêle mercenaires russes, militaires turcs, jihadistes implantés dans les zones pétrolières, tribus rebelles, sous les yeux de tous les services de renseignement du monde.

Vers une Kadhafi-nostalgie?

Un chaos pour de nombreux libyens qui n'en peuvent plus et se prennent parfois de nostalgie pour les années Kadhafi, qui malgré leur cruauté, restent pour eux évocatrices d'une forme de stabilité.

Sans parler de retour en grâce officiel des Kadhafi, on note cependant des signaux d'apaisement à l'approche de ces élections. On semble jouer la carte de la réconciliation nationale…

En début d'année, c'est Abdel Hamid Dbeibah, un homme d'affaire autrefois proche de Kadhafi, qui a été nommé au poste de premier ministre. Puis il y a quelques jours, des membres de la garde rapprochée de l'ancien dictateur ont été libérés, dont son ancien chef des renseignements et surtout son fils Saadi, footballeur jet setter, qui faute d'avoir réussi une carrière sportive était revenu près de son père diriger une unité militaire. 

Tout juste libéré, il part s'installer en Turquie, un des principaux soutiens de l’actuel et fragile gouvernement de Tripoli. Un petit arrangement en douceur.

Que reste-t-il du reste du clan ?

Trois des sept fils Kadhafi sont morts pendant la révolution en 2011. L'ainé, Mohamed, et la fille chérie, Aïcha, ont trouvé refuge à Oman. 

Hannibal, le playboy homme d'affaires est emprisonné au Liban, après de multiples démêlés judiciaires. 

Reste Seif al Islam vers lequel tous les regards se tournent aujourd'hui. 

C'est lui que l'on voyait succéder à son père, lui qu'on avait vu négocier la libération des infirmières bulgares en 2007 avec Nicolas Sarkozy,  lui qui avait annoncé la signature d'un accord d'armement avec la France dans la foulée.

Après la mort de Mouammar Kadhafi, il avait été capturé par les milices rebelles de Zentan. Des milices qui avaient refusé de le livrer à la Cour pénale internationale, qui le poursuit pour crimes contre l'humanité. 

En 2017, coup de théâtre : alors qu'on apprend sa libération par les milices, il disparait dans la nature le jour même. Tout le monde depuis se demandait où il était et quelles ficelles il était en train de tirer.... avant de réapparaitre l’été dernier dans une interview au New York Times

On y apprend qu'il vit toujours à Zentan, près de ces fameuses milices qui gardent un œil sur lui tout en lui ayant rendu sa liberté.

Et que dit-il? Qu'il est temps qu'il revienne aider les libyens, qu'il est prêt pour un destin présidentiel. 

Capture d'écran du New York Times, qui publiait une interview exclusive de Seif al Islam Kadhafi dans son édition du 30 juillet 2021
Capture d'écran du New York Times, qui publiait une interview exclusive de Seif al Islam Kadhafi dans son édition du 30 juillet 2021
- Capture d'écran du New York Times, illustré par une image de Jehad Nga pour The New York Times

De fait, les milices rebelles, déçues par les gouvernements qui se sont succédé, semblent l'avoir gardé sous la main comme un joker à utiliser un jour. 

Les nostalgiques de l'ancien régime préparent le terrain 

Sur leurs chaines satellitaires diffusées depuis l'Egypte, ils matraquent ces jours-ci des documentaires sur les heures glorieuses de l'économie libyenne sous Kadhafi. 

Un discours qui porte auprès d'une population épuisée par les pénuries, la crise économique, l'insécurité, une population fatiguée de voir les autres candidats multiplier les coups bas dans la course à la présidence. 

Les Libyens sont épuisés par dix ans de guerre fratricide. Ils n'ont plus aucune confiance en personne. Et dans ce contexte, le retour de Seif al-Islam en sauveur, en homme providentiel, pourrait, on dirait, commencer à recevoir un écho favorable. 

Références

L'équipe

Claude Guibal
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Production
Jean-Marc Four
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