La mort d'un père de famille arabe, dont le cercueil a été porté par la foule, a été l'un des déclencheurs des émeutes dans la ville mixte de Lod ©AFP - AFP
La mort d'un père de famille arabe, dont le cercueil a été porté par la foule, a été l'un des déclencheurs des émeutes dans la ville mixte de Lod ©AFP - AFP
La mort d'un père de famille arabe, dont le cercueil a été porté par la foule, a été l'un des déclencheurs des émeutes dans la ville mixte de Lod ©AFP - AFP
Publicité
Résumé

Avec 90 morts en trois jours, la tension reste maximale à Gaza, et à Jérusalem en cette fin de Ramadan. Mais le plus important, ce sont peut-être ces affrontements entre citoyens israéliens, entre juifs et arabes mais de nationalité israélienne. C’est le « monde d’après ».

En savoir plus

Ça peut paraître choquant de le dire, au regard des victimes déjà nombreuses, mais il n’y a rien de radicalement nouveau dans cette énième guerre de Gaza, entre l’armée israélienne d’un côté, le Hamas et le Jihad Islamique de l’autre. Rien de très nouveau non plus dans la tension sur l’Esplanade des Mosquées à Jérusalem : des scènes déjà vécues.

En revanche, l’apparition de ce « front intérieur » en Israël, est nouveau. Et il change la donne. Pour bien comprendre : il ne s’agit pas d’affrontements entre Israéliens et Palestiniens. Il s’agit d’affrontements entre juifs et arabes, dans les deux cas israéliens. Autrement dit, un embryon de guerre civile dans ces villes mixtes d’Israël.

Publicité

Et les scènes sont violentes. Très perturbantes pour les deux communautés. Tout a commencé avant-hier soir à Lod, entre Jérusalem et Tel Aviv : la mort d’un père de famille arabe (trois jeunes juifs sont soupçonnés), puis des émeutes qui ont conduit à l’incendie d’une synagogue. Et dans la foulée, hier soir, des affrontements du même acabit à Haïfa, Ramla, Beer Sheva, Acre, Wadi Ara. Ici c’est un restaurateur juif qui est attaqué, là c’est un cimetière musulman qui est incendié. Sans oublier cette scène hallucinante à Bat Yam près de Tel Aviv où une foule d’extrémistes juifs a quasiment lynché un automobiliste présumé arabe sans raison apparente. 

La violence, des deux côtés, entre Israéliens. C’est sans précédent depuis plus de 50 ans.  

Déclassement social arabe et ultra nationalisme juif

C’est une cocotte-minute qui couvait depuis un moment.

Côté arabes d’abord : la communauté arabe israélienne représente un peu plus de 20% de la population d’Israël. Au départ ce sont des Palestiniens mais ils ont fait le choix, en 1948, de rester sur leurs terres, quitte à devenir Israéliens. Le problème, c’est qu’ils se sentent « déclassés », économiquement et socialement. Leurs salaires sont en moyenne d’un bon tiers inférieurs à ceux de la population juive, leur espérance de vie est plus faible, leur accès aux études supérieures plus rare.

Ajoutons-y un sentiment de solidarité avec les Palestiniens de Jérusalem Est, la présence d’éléments radicaux, notamment chez les jeunes, et la violence n’est plus très loin.

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

Côté juifs maintenant : les mouvements d’extrême droite ultra nationalistes, n’ont cessé de croitre ces dernières années. Certains sont très religieux, d’autres moins (on peut citer le Parti sioniste religieux ou bien le mouvement Judaïsme Unifié de la Torah). Mais tous sont poussés par un Benjamin Netanyahu désireux de s’appuyer sur eux pour rester au pouvoir. Ils rêvent d’un Israël 100% juif et sont prêts, eux aussi, à la violence. Ce sont les mêmes qui crient les « Arabes dehors » à Jérusalem Est. 

Dans les villes mixtes, où la cohabitation reposait jusqu’à présent sur une tolérance mutuelle, les Palestiniens surnomment ces extrémistes juifs, « Mustawtinin », « les colons ».

Un vide politique 

Chaque affrontement supplémentaire la fragilise un peu plus cette cohabitation.

Les violents incidents de ces dernières 48h vont de toute façon laisser des cicatrices : imaginez, vous avez vu votre concitoyen chercher à incendier votre lieu de prière, ou à lyncher l’un de vos proches. Le ciment social israélien en prend un sacré coup. 

Et il n’y a pas de structure politique pour calmer ses colères. Côté arabe, les quelques partis existants, Raam, la Liste unifiée, sont traditionnellement faibles et peu écoutés. Sans poids politique réel en Israël. Et ce n’est pas davantage l’Autorité palestinienne de Cisjordanie, usée, illégitime qui peut parler au nom de ces Arabes israéliens.

4 min

Côté juif, soit on à affaire à ces partis extrémistes qui soufflent sur les braises ;  soit à des partis traditionnels qui sont dans l’impasse politique : pas de majorité, pas de gouvernement.

Donc on se retrouve, côté arabe comme côté juif, avec des jeunes chauffés à blanc, difficiles à maîtriser, qui se mobilisent par les réseaux sociaux, Et par allégeance exclusive à leur communauté proche.Ils ne sont pas majoritaires, et ne représentent pas des populations juives et arabes majoritairement pacifiques. Mais ils sont embarqués dans une spirale de violence.

Ce front interne, entre Arabes et Juifs tous israéliens, peut être beaucoup plus lourd de conséquences pour Israël qu’un affrontement somme toute classique avec le Hamas à Gaza.

Références

L'équipe

Jean-Marc Four
Jean-Marc Four
Jean-Marc Four
Production
Jean-Marc Four
Jean-Marc Four