Des migrants en train d'essayer d'entrer dans l'esclave espagnole de Ceuta au Maroc, le 19 mai ©AFP -  Ville/Pays Fnideq, Maroc Crédit FADEL SENNA / AFP
Des migrants en train d'essayer d'entrer dans l'esclave espagnole de Ceuta au Maroc, le 19 mai ©AFP - Ville/Pays Fnideq, Maroc Crédit FADEL SENNA / AFP
Des migrants en train d'essayer d'entrer dans l'esclave espagnole de Ceuta au Maroc, le 19 mai ©AFP - Ville/Pays Fnideq, Maroc Crédit FADEL SENNA / AFP
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Résumé

La situation reste tendue autour de l’enclave espagnole de Ceuta, sur le sol marocain, où près de 8000 migrants ont afflué en début de semaine. Les migrants en général, et ces migrants là en particulier, sont instrumentalisés de façon cynique par les pouvoirs politiques: une monnaie d’échange. C'est le monde d'après.

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Par la route, par la mer, par la plage. Ils sont arrivés à Ceuta de tous côtés, en 48h, entre lundi et mercredi. Subitement et illégalement. Pour nombre d'entre eux, ce sont des mineurs. Les autorités espagnoles, prises de court, ont réagi par la force : des renforts, des chars. Avec des affrontements à la clé la nuit dernière. 

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Tout l’indique : le Maroc a ouvert délibérément les vannes. Les garde-frontières marocains ont commencé à laisser passer les migrants. Le bouche à oreille a fait le reste : les candidats à l’exil vers l’Europe se sont précipités. Tout l’indique aussi : c’est un acte de représailles du pouvoir marocain, sur fond de contentieux avec Madrid sur le dossier du Sahara Occidental, cette zone de 260.000 km2 à la souveraineté controversée. Le Maroc n’a pas supporté que l’Espagne accepte de soigner sur son sol Brahim Ghali, 74 ans, chef du Front Polisario qui réclame depuis un demi-siècle l’autodétermination au Sahara Occidental.

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Les migrants de Ceuta sont donc les otages d’un règlement de comptes politique. Et ce n’est pas la première fois que le Maroc procède ainsi : l’an dernier, plus de 2000 migrants avaient débarqué aux iles Canaries, territoire espagnol au large du Maroc. Comme par hasard en plein contentieux sur les zones de pêche entre les deux capitales. Le pouvoir marocain cherche ici à obtenir, soit un geste politique sur le Sahara Occidental, soit un geste financier : des subsides pour « retenir » les migrants.

Cynisme marocain, cynisme européen

Cela dit, le Maroc n’a pas le monopole du cynisme. Les Européens ne sont pas en reste. Et la réaction officielle de Bruxelles « Nous ne nous laisserons pas intimider » a un parfum de fier à bras. Le fait est que les migrants sont de la même manière une monnaie d’échange pour l’Europe.

La meilleure preuve c’est que les Européens payent. Au sens premier du terme. Ils payent pour ne pas avoir de migrants. Ils payent la Turquie pour garder sur son sol les Syriens et les Afghans : 6 milliards d’euros sortis des caisses en 6 ans. Ils payent (plusieurs centaines de millions) et forment les garde-côtes libyens pour empêcher les candidats au départ de se diriger vers l’Italie. Le Maroc, lui, a reçu de l’ordre de 350 millions en 6 ans. Mais le maintien des migrants sur son sol lui coûte beaucoup plus. Il fait donc monter le cours de la « monnaie d’échange ».

Soit dit en passant, le cynisme est présent aussi entre Européens. La Grèce et l’Italie, terres d’arrivée des migrants en Europe, ont pu mesurer ces dernières années le déficit de solidarité des 27 sur ce sujet. Pas question de se répartir les candidats à l’exil. Le président du Conseil italien Mario Draghi entend remettre le sujet sur la table lors du prochain Sommet Européen.

On se résume : le calcul des Européens c’est de faire baisser le cours de la monnaie d’échange « migrants : donc que le flux diminue. Ou bien à défaut qu’il soit moins visible : rappelons qu’il n’y a plus qu’une seule ONG présente en Méditerranée, les morts en mer ont donc tendance à disparaître des radars. A cynisme, cynisme et demi.

Le flux migratoire déplacé vers l'Ouest de la Méditerranée

Sauf qu’au bout du compte, ça ne règle pas le problème ! C’est un point commun d’ailleurs avec le conflit israélo-palestinien. Le sujet enquiquine tout le monde, personne ne veut le régler. Donc l’idéal c’est quand la patate chaude redevient froide. Hop, on met la poussière sous le tapis. Sauf que, régulièrement ça ressurgit. Forcément, ce n’est pas réglé.  C’est vrai pour les Palestiniens. C’est vrai pour les migrants.

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Les mêmes causes produisent les mêmes effets : la pauvreté économique, le chômage, les inégalités sociales, encore accentués par la pandémie. La répression politique, dans plusieurs pays d’Afrique Subsaharienne comme au Maghreb. Tout cela pousse à l’exil vers une Europe perçue comme un Eldorado. Ajoutons, dans le cas particulier de Ceuta, une autre cause : c’est un vieux contentieux post colonial : il s’agit d’enclaves européennes vieilles de 6 siècles sur le sol africain.

Résultat : le phénomène migratoire redémarre. Il s’est juste légèrement déplacé géographiquement. Il y a 6 ans, c’était l’Est et le Centre de la Méditerranée qui étaient touchés : 90% des migrants se dirigeaient vers la Grèce et l’Italie. La route de l’Est s’est fermée. Vase communicant : c’est désormais l’Ouest, l’Espagne, qui est la première destination, devant l’Italie. Et on dénombre déjà 685 morts de migrants depuis le début de l’année en Méditerranée. C’est beaucoup plus que lors des trois dernières années. Et dans le lot, on compte énormément de mineurs.

Alors évidemment ce sont des morts dont nous ne sommes pas directement responsables. Ils ne sont pas victimes de tirs de roquette ou de bombardements. C’est indirect. Ça n’en est que plus cynique.

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Jean-Marc Four
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