Le ministre iranien des affaires étrangères Javad Zarif multiplie les déplacements depuis quelques jours, ici le 28 avril à Oman
Le ministre iranien des affaires étrangères Javad Zarif multiplie les déplacements depuis quelques jours, ici le 28 avril à Oman
Le ministre iranien des affaires étrangères Javad Zarif multiplie les déplacements depuis quelques jours, ici le 28 avril à Oman ©AFP - MOHAMMED MAHJOUB / AFP
Le ministre iranien des affaires étrangères Javad Zarif multiplie les déplacements depuis quelques jours, ici le 28 avril à Oman ©AFP - MOHAMMED MAHJOUB / AFP
Le ministre iranien des affaires étrangères Javad Zarif multiplie les déplacements depuis quelques jours, ici le 28 avril à Oman ©AFP - MOHAMMED MAHJOUB / AFP
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Résumé

Nouvelle série de négociations sur le nucléaire iranien, règlement de comptes dans la campagne électorale en Iran, indices d’un dialogue sans précédent entre l’Iran et l’Arabie Saoudite, tout cela montre que les lignes diplomatiques bougent à vitesse accélérée et fascinante dans la région. C'est le monde d'après.

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Les plaques tectoniques sont en mouvement, comme rarement. Et vous allez voir comment tout est lié, depuis un incident de campagne jusqu’aux grands rapports de force mondiaux. On va partir du plus anecdotique pour faire progressivement zoom arrière.

D’abord, il y a donc cet épisode digne d’un film d’espionnage ou d’une série type Homeland : il y a 3 jours, la fuite, dans la presse, d’un enregistrement audio censé demeurer confidentiel avec le chef de la diplomatie iranienne Javad Zarif. Il y dénonce la main mise des militaires sur la diplomatie en Iran, le rôle de la force Al Qods des Gardiens de la Révolution (les durs du régime) et la façon dont la Russie a cherché à saboter l’accord international sur le nucléaire iranien.

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La fuite de ce document a tout d’une boule puante de campagne électorale. Pourquoi ? Parce que la présidentielle en Iran est prévue le 18 juin. Et les candidats n’ont plus que 15 jours pour se manifester. Avant la validation de leur candidature le 26 mai. Cette fuite peut aider les conservateurs du régime, comme l’ancien ministre de la Défense Hossein Deghan, à discréditer Javad Zarif, qui est l’un des candidats réformateurs possibles, tout comme l’ancien président du Parlement Ali Larijani.

Mais la fuite peut aussi profiter à Zarif auprès de toute une partie de la population iranienne qui souhaite un nouvel accord sur le nucléaire, pour que les sanctions économiques soient levées. 

Un rapprochement sans précédent entre l'Arabie Saoudite et l'Iran

Donc ça c’est l’incident de campagne interne à l’Iran. Élargissons à présent le regard à la région. Cette boule puante électorale se produit au moment où les négociations progressent sur le nucléaire, à Vienne, entre Américains et Iraniens, via l’intermédiaire des Européens. Nouvelles séances cette semaine. Et Zarif, rappelons-le, est le chef de la diplomatie iranienne.

Au même moment, le même Zarif multiplie les déplacements au Moyen Orient : en quelques jours, au Qatar, en Irak, au Sultanat d’Oman, au Koweït. Ce n’est pas pour causer météo. Il y a de la diplomatie à haute intensité en cours.

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Enfin, encore plus spectaculaire : l’homme fort d’Arabie Saoudite, le prince héritier MBS, fait une interview télévisée avant-hier dans laquelle il dit souhaiter 

« une relation bonne et spéciale avec l’Iran »

Et là, il faut marquer une pause : c’est une révolution. Nous parlons des frères ennemis du monde arabe depuis 40 ans : le leader sunnite, l’Arabie Saoudite, contre le leader chiite l’Iran.

Et des indices concordants montrent qu’effectivement plusieurs réunions ont eu lieu récemment entre Saoudiens et Iraniens. Sous la double pression des Etats-Unis (qui veulent un accord sur le nucléaire) et de la Chine (qui veut pouvoir développer ses projets économiques dans la région), l’Arabie Saoudite envisage d’enterrer la hache de guerre avec l’Iran. Le seul fait que l’hypothèse existe, c’est déjà un séisme dans la région. Et on retrouve qui en coulisses : le même, le diplomate iranien en chef, Javad Zarif.

Le risque du scénario du pire pour Israël

Élargissons encore un peu plus le champ, zoom arrière toujours. Et projetons-nous dans la politique fiction. Ça peut modifier tous les équilibres au Proche et au Moyen-Orient.

Si la tension baisse entre Iraniens et Saoudiens, ça peut signifier un espoir, enfin, pour le Liban, puisqu’il est l’objet d’un conflit par procuration entre Téhéran et Ryad.

Ça peut aussi signifier une marginalisation d’Israël. Benjamin Netanyahu a beaucoup misé ces dernières années sur un rapprochement avec les leaders sunnites, les Émiratis et à terme les Saoudiens. Parce qu’Israël perçoit l’Iran, non sans raison, comme une menace existentielle. Un renversement d’alliance des Saoudiens combiné à un accord sur le nucléaire iranien à Vienne, c’est le scénario du pire pour Israël. Israël qui multiplie les opérations plus ou moins secrètes pour retarder le programme nucléaire de Téhéran.

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Enfin n’oublions pas la Russie. Au Moyen-Orient, le chaos de ces dernières années lui a plutôt profité, notamment en Syrie. Pas sûr que le grand marchandage en cours lui plaise particulièrement. 

Vous avez compris : toutes les pièces du puzzle sont liées, depuis la boule puante de la campagne électorale iranienne jusqu’aux opérations secrètes israéliennes, en passant par l’Arabie Saoudite et les négociations de Vienne

C’est une grande partie d’échecs avec beaucoup de joueurs. Et dans les semaines qui viennent, les chemins peuvent bifurquer dans tous les sens.

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Jean-Marc Four
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