Photomontage des deux candidats péruviens en débat pendant la campagne, Keiku Fujimori et Pedro Castillo
Photomontage des deux candidats péruviens en débat pendant la campagne, Keiku Fujimori et Pedro Castillo
Photomontage des deux candidats péruviens en débat pendant la campagne, Keiku Fujimori et Pedro Castillo ©AFP - Martin Mejia, Cesar Bazan / X07403 / AFP
Photomontage des deux candidats péruviens en débat pendant la campagne, Keiku Fujimori et Pedro Castillo ©AFP - Martin Mejia, Cesar Bazan / X07403 / AFP
Photomontage des deux candidats péruviens en débat pendant la campagne, Keiku Fujimori et Pedro Castillo ©AFP - Martin Mejia, Cesar Bazan / X07403 / AFP
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Résumé

48h après la présidentielle au Pérou, impossible de savoir qui a gagné. Les deux candidats sont au coude à coude : la droite radicale et la gauche radicale. Ce duel est à l’image de tout le continent sud-américain : une extrême polarisation et un vent de dégagisme qui profite plutôt à la gauche. C'est le monde d'après.

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Hier la droite péruvienne se voyait déjà gagnante, avec une avance confortable après le dépouillement de 50% des voix. Mais le résultat s’est inversé hier soir avec les chiffres des campagnes. La gauche a pris une courte tête, ce soir 77.000 voix d’avance sur 97% des suffrages, mais il reste les voix des Péruviens de l’étranger, plutôt favorables à la droite. Le suspense est total.

Face à face, deux radicalités, deux personnalités que tout oppose.

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Keiko Fujimori, surnommée « Madame K », 46 ans est d’abord la fille de son père, l’ancien président Alberto Fujimori. C’est une droite radicale, voire extrême. Ultralibérale, conservatrice sur les questions de société. Soutenue par les élites, les milieux financiers, la capitale Lima. Le père purge 25 ans de prison pour corruption et crimes contre l’Humanité. La fille est passible de poursuites pour pots de vin. Et comme elle risque de perdre, elle dénonce déjà, façon Trump, des fraudes que rien n’avère.

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En face, Pedro Castillo, 51 ans, instituteur et syndicaliste. Cet indien de la campagne, chapeau blanc toujours vissé sur la tête, était inconnu il y a quelques mois. Sur l’économie il est quasi communiste : il veut nationaliser les mines, le pétrole, le gaz. Priorité à l’Etat, investissements dans la santé, l’éducation, l’agriculture. Ses détracteurs voient en lui un autoritariste façon Maduro au Venezuela.

Chaque camp décrit l’adversaire comme le Diable. La tension politique n’est certes pas absente en Europe et en France (on l’a constaté aujourd’hui dans la Drôme), mais c’est sans commune mesure avec ce que vit le Pérou.

Un effet balancier initié en Argentine

Et ce sont donc des phénomènes qu’on retrouve ailleurs en Amérique du Sud avec ce même mélange de forte polarisation et d’effet balancier plutôt favorable à la gauche alors qu’au milieu des années 2010, on avait assisté à une poussée de droite sur le continent, au Pérou justement, au Brésil, au Chili, en Argentine.

C’est justement en Argentine que le vent a commencé à tourner en 2019, avec le succès d’Alberto Fernandez. Et le lancement de réformes économiques et sociales, notamment sur les droits des femmes, là encore sujet de division. La Bolivie a emboité le pas, avec la victoire à l’automne dernier, du socialiste Luis Arce, héritier d’Evo Morales, après une période de transition très controversée où la droite a cherché à reprendre les rênes.

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Au Chili, les récentes élections de l’Assemblée Constituante ont vu l’alliance de droite au pouvoir essuyer une déculottée avec 20% des voix. Et la Constitution héritée de la dictature de Pinochet est en passe d’être révisée. En Colombie, le président de droite radicale Ivan Duque est en mauvaise posture avec une côte de popularité en chute libre après un mois et demi de contestation sociale.

Et au Brésil bien sûr, le retour sur la scène publique de Lula, la grande figure de la gauche, préfigure d’une élection présidentielle explosive, dans un peu plus d’un an face à l’extrême droite de l’actuel président Jair Bolsonaro. Donc partout de la polarisation, de la radicalité, et une situation qui profite plutôt à la gauche.

Inégalités sociales et dégagisme anti corruption

Il y a évidemment des différences d’un pays à l’autre, mais il y a aussi des points communs, des raisons récurrentes qui expliquent ce phénomène.

Le premier, c’est la situation économique, souvent catastrophique. Au Pérou, la pauvreté est au plus haut depuis 10 ans. Les inégalités sociales se creusent. C’est vrai aussi au Chili ou en Colombie. De nombreux électeurs y voient l’échec des politiques libérales de droite.

Le deuxième, c’est la pandémie de Covid, dramatique sur le continent. Le Pérou, avec 180.000 morts sur une population de 33 millions d’habitants, connait la pire situation au monde. Le virus a accéléré l’appauvrissement, mis en évidence la défaillance des systèmes de santé, révélé l’incurie de dirigeants d’extrême droite comme le brésilien Bolsonaro.

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Troisième point commun, le réveil des femmes. Les mouvements féministes sont au cœur des mobilisations sociales, notamment au Chili et en Argentine

Enfin dernier point et non des moindres : le dégagisme. La dénonciation de la corruption est un leitmotiv sur tout le continent. Elle profite aux visages nouveaux, comme ce Pedro Castillo péruvien, qui n’a pas vraiment de casseroles et qui dénonce « le système ».

Il s’agit donc moins d’un mouvement de balancier de la droite vers la gauche, que de la tentation d’un coup de balai généralisé.

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Jean-Marc Four
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