Détail de la couverture de "Frakas" par Thomas Cantaloube - Série noire / Gallimard
Détail de la couverture de "Frakas" par Thomas Cantaloube - Série noire / Gallimard
Détail de la couverture de "Frakas" par Thomas Cantaloube - Série noire / Gallimard
Publicité
Résumé

"Frakas" est un polar qui évoque la guerre du Cameroun, au début de la V° République. Il est signé Thomas Cantaloube. C’est la suite de "Requiem pour une République", paru en 2019, qui avait rencontré un vif succès…

En savoir plus

Requiem pour une République, c’était le premier roman du journaliste Thomas Cantaloube qui avait impressionné par sa maîtrise.

Il racontait les coulisses de la guerre d’Algérie et mettait en scène trois personnages à la poursuite du meurtrier d’un avocat algérien, proche du FLN, assassiné à Paris.

Publicité

Un jeune flic novice qui découvrait les arrière-cours de la préfecture de police dirigée par Maurice Papon. Un ex collabo engagé par le bras droit de Papon pour éliminer le tueur et effacer toute trace. Et un ancien résistant, proche du milieu corse, payé par le beau-père de l’avocat.

Et l’on retrouve ces trois personnages dans ce nouveau roman

Frakas commence un mois après la fin du précédent, en mai 1962. 

Luc, le jeune policier a démissionné. Il est devenu journaliste à France Observateur où il est chargé de suivre les anciennes colonies françaises.

Très vite, il s’intéresse à l’assassinat, à Genève, de Félix Moumié, chef d’un parti d’opposition camerounais, l’UPC. Après plusieurs tentatives d’intimidation, il part enquêter à Yaoundé où sa route croise celle des deux autres protagonistes de l’épisode précédent.

Après les dessous sales du conflit algérien, c’est ainsi à ceux de la guerre du Cameroun que s’intéresse Cantaloube. Comment la France a mobilisé les services secrets et l’armée pour garder sous sa coupe ce pays nouvellement indépendant.

Répression sanglante, villages détruits, conseillers militaires français dirigeant des troupes camerounaises, cette guerre a fait des dizaines de milliers de morts dans le plus grand silence.

C’est donc à nouveau un polar très politique qu’a écrit Cantaloube…

Exactement, et c’est passionnant. Il montre les débuts de ce qu’on a appelé la Françafrique, cette relation de type néocolonial que la France a établi avec ses anciennes possessions d’Afrique subsaharienne.

Aux personnages fictifs, il mêle ainsi des figures historiques, en particulier celle de Jacques Foccart, grand manitou de la Françafrique, alors secrétaire général aux affaires africaines et malgaches, très proche du général de Gaulle. 

Thomas Cantaloube le met en scène de manière savoureuse, par exemple dans ce passage où il accueille Luc, le journaliste de France Observateur, dans sa villa de Luzarches pour lui faire rencontrer le premier Président de la République du Cameroun, Ahmadou Ahidjo, entièrement dans la main des Français…

Extrait :

Foccart se retourna vers Luc.                
- Le président Ahidjo est votre homme. Discret mais très compétent. C’est un ami de la France. La preuve, il a tenu à assister aux cérémonies du 14 juillet hier. On n’aurait pas pu trouver mieux en cette période charnière.                
Luc tiqua :                
- Pas pu trouver mieux ?                
- Comme interlocuteur. À titre personnel, je suis peiné de voir les Africains s’éloigner de nous. Je comprends leur volonté d’indépendance, mais pourquoi ne pas continuer à faire un bout de chemin ensemble ? Dans le respect mutuel et la coopération. Ne me citez pas dans votre article, je vous en prie, mais soit dit entre nous, il est préférable d’accompagner nos amis. C’est comme lorsqu’un enfant apprend à marcher : on lui tient d’abord les mains avant de le lâcher. Le Cameroun est un État fragile, vous le savez bien. Imaginez si les communistes s’en emparaient, comme ils ont tenté de le faire en République du Congo avec ce diable de Lumumba. Heureusement, les Américains s’en sont occupés !

Ce nouveau volume de la série est aussi bon que le premier

L’ancien grand reporter a parfaitement documenté son roman, la fiction lui permettant de reconstituer les évènements et les atmosphères de l’époque, de faire vivre ses personnages, réels ou imaginaires. Et le plaisir qu’il y prend est communicatif.

Jamais son roman n’est écrasé par son sujet. Thomas Cantaloube est un excellent conteur, un fin dialoguiste. Les 400 pages de son roman se dévorent, les personnages sont complexes et ambigus.

Et la dernière partie, une course poursuite en hélicoptère, emprunte au genre de l’aventure sans craindre de lâcher la bride au romanesque.

À l’évidence, Thomas Cantaloube, qui se consacre désormais totalement à l’écriture, a pris goût à la fiction. Hâte de voir la suite !

  • Frakas, de Thomas Cantaloube, est paru aux éditions Gallimard, collection Série noire.
Références

L'équipe

Michel Abescat
Production