Grande vague en illustration du livre "Après-nous, le déluge" ©Getty - Dmitry Feoktistov /
Grande vague en illustration du livre "Après-nous, le déluge" ©Getty - Dmitry Feoktistov /
Grande vague en illustration du livre "Après-nous, le déluge" ©Getty - Dmitry Feoktistov /
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Résumé

Yvan Robin a commencé par la musique et la poésie. Il écrit des romans noirs depuis une dizaine d’années. Son nouveau livre est différent, assez inclassable puisqu’il mélange les genres. Il s’intitule "Après nous le déluge"…

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Dans un premier temps, il faut prendre ce titre au pied de la lettre. Le roman se passe dans un futur indéterminé où les excès des hommes ont fini par avoir raison de la planète. 

La terre est engloutie, dévorée par les eaux

Mais il faut y lire aussi une référence aux mythes bibliques. Car ce roman, très original, très ambitieux, est une sorte de Genèse inversée. Il se passe en 7 jours et raconte la destruction du monde.

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Le premier jour, le soleil ne se lève pas, la nuit envahit la terre. Le deuxième, des pluies diluviennes provoquent des crues gigantesques. Puis la lune et les étoiles s’éteignent, les animaux disparaissent, et bientôt les hommes.

Au septième chapitre, la fin du livre se passe sur les hauteurs encore émergées du mont d’Airain, référence aux monts d'Ararat où l’Arche de Noé finit par s’échouer.

On est donc loin du roman noir traditionnel… Comment le définiriez-vous ?

Comme un OLNI, un objet littéraire non identifié. Sa forme est hybride, elle mêle plusieurs genres de manière très singulière.

Il s’agit d’un roman d’anticipation, post-apocalyptique. Il s’agit d’un roman noir où la critique sociale est fortement présente. Inégalités, usines pénitentiaires, privatisation des services publics y compris régaliens, réfugiés réduits à l’esclavage… Tout cela ne nous est pas inconnu.

Mais il s’agit surtout d’une formidable épopée qui emprunte aux grandes traditions, en particulier à L’Odyssée. On y voit des personnages, des survivants au cataclysme, traverser toute une série d’épreuves.

Le texte a du souffle, de l’ampleur, ses décors sont grandioses, leur beauté délétère résonne avec la splendeur perdue du monde dont les hommes sont chassés.

Pour vous donner une idée du ton, je vous propose d’écouter un court extrait qui met en scène un jeune garçon brusquement dérangé alors qu’il s’était accordé un temps de repos en lisant quelques pages…

Extrait :

Mes radars détectent une présence. Une respiration qui n’est pas la mienne. Je ferme les yeux pour affiner la sensibilité de mon ouïe, referme l’ouvrage en tremblant. Je saisis un galet. Le souffle se rapproche, des bruits mouillés s’y mêlent. J’effectue mentalement le mouvement de me retourner en me levant pour affronter l’ennemi, avant de le réaliser à la perfection. La pierre tombe de ma main alors que je recule machinalement vers le précipice. Face à moi, débarqués des terres émergées, se tient une meute de chiens sauvages. Une vingtaine de têtes borgnes et pouilleuses. Autant de langues pendantes, d’estomacs aiguisés par la faim.

Quels sont les principaux personnages de cette histoire ?

Ils sont deux, un père et son jeune fils, très vite séparés et qui vont tenter de se retrouver.

Leurs deux voix alternent.

Celle du fils, est à la première personne. Elle exprime en direct ses émotions, le lecteur est de plain-pied avec lui. Il est très jeune, plein d’énergie. Il agit pour s’en sortir. Il tient grâce au souvenir de sa mère et aux poèmes que son père n’a jamais cessé d’écrire.

La voix de ce père est écrite à la deuxième personne. Un « tu » qui, à la fois, tient le personnage à distance, mais interpelle le lecteur, l’invite à imaginer ce qu’il ferait en pareilles circonstances.

Cet homme, qui a perdu sa femme et son travail était au bout du rouleau, dépassé par le monde tel qu’il était devenu. Les évènements, et la rencontre d’une femme, vont provoquer chez lui un sursaut.

L’amour tient ainsi une grande place dans ce livre si noir

Et la poésie, si on vous entend bien… 

Exactement. Après nous le déluge est d’abord une œuvre poétique, audacieuse dans sa forme, mais très facile d'accès, stimulante et envoûtante. La langue est musicale, elle charrie des images d’une beauté saisissante. Et de courts poèmes aussi, enchâssés dans le texte.

Au bout du compte, il s’agit d’un roman sur la force des mots. « Qu’est-ce qu’on devient quand on est mort ? », demande, à un moment du livre, le petit garçon sur la tombe de sa mère. « Un poème… Un poème et puis plus rien », lui répond son père. « La poésie, c’est ce qui meurt en dernier ».  

Références

Programmation musicale

L'équipe

Michel Abescat
Production