Le thriller politique "Les derniers jours des fauves", de Jérôme Leroy

Les derniers jours des fauves de Jérôme Leroy : les coulisses d'une élection pendant une pandémie
Les derniers jours des fauves de Jérôme Leroy : les coulisses d'une élection pendant une pandémie ©Getty - IronHeart
Les derniers jours des fauves de Jérôme Leroy : les coulisses d'une élection pendant une pandémie ©Getty - IronHeart
Les derniers jours des fauves de Jérôme Leroy : les coulisses d'une élection pendant une pandémie ©Getty - IronHeart
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"Les derniers jours des fauves" raconte les coulisses d’une élection présidentielle dans une période marquée par une pandémie…

Longtemps professeur de lettres, écrivain et poète, Jérôme Leroy est une pointure du roman noir. Et son nouveau livre, une formidable fiction politique.

Comme il l’avait fait dans Le Bloc qui racontait la montée de l’extrême-droite vue de l’intérieur d’un parti, le Bloc patriotique, qui ressemblait beaucoup au Front National, Leroy utilise à nouveau l’uchronie qui consiste à réécrire l’Histoire en lui donnant un cours différent de ce qu’elle a été.

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Mais toute la subtilité de ses livres est qu’il s’en éloigne peu, qu’il reste au plus près de la réalité en grossissant simplement le trait. Le monde qu’il met en scène est le nôtre qu’il donne à voir avec une force singulière.

Quel est le point de départ du roman ?

Nathalie Séchard, présidente de la République, décide de ne pas briguer un second mandat.

Elle a été la surprise de la précédente élection, jouant sur le refus de s’inscrire dans les cadres habituels gauche-droite. Elle est mariée à un homme beaucoup plus jeune qu’elle, a créé un mouvement politique qui porte ses initiales, Nouvelle Société. Son mandat a été marqué par le mouvement des Gilets jaunes et la crise sanitaire.

Bref la distance est courte entre fiction et réalité et le jeu entre les deux d’autant plus savoureux.

Le roman raconte ainsi la campagne présidentielle…

Et particulièrement la face cachée de cette campagne où vont s’affronter, outre le Bloc patriotique, deux piliers du gouvernement. Le ministre de l’Intérieur, vieille figure de la droite qui a commencé dans le métier au côté de Charles Pasqua. Et celui de l’Écologie, chargé d’incarner la jambe gauche de la majorité.

À travers la violence de leur combat, ses secrets, ses tactiques, ses manipulations, qui peuvent aller jusqu’à l’élimination physique ou l’organisation de pseudo-attentats terroristes, c’est la férocité de la lutte pour le pouvoir que décrit Jérôme Leroy. Exacerbée par un système politique qui donne l’ensemble des clés au Président de la République.

Les derniers jours des fauves vient ainsi dans la continuité de ses précédents livres, ceux qu’ils destine aux adultes comme ceux qu’il écrit pour les adolescents.

Ce nouveau roman met une nouvelle fois en scène un double effondrement.

Effondrement climatique, d’abord : toute l’histoire se passe sous une chaleur caniculaire, écrasante, l’eau est rationnée, des incendies effroyables se déclarent un peu partout. Les émeutes se multiplient. Et le virus qui oblige au confinement de la population s’annonce comme l’avant-garde de désastres sanitaires à venir. Peut-être beaucoup plus graves.

Effondrement démocratique, aussi. Le maintien de l’ordre, particulièrement brutal, se fait en sacrifiant les libertés. Et peu à peu le pays sombre dans l’autoritarisme. Une manière de totalitarisme soft.

Il s’agit bien d’un roman noir, dans tous les sens du terme !

Effectivement. La vision de Jérôme Leroy est inquiétante. Mais la réalité l’est aussi.

Contre toute attente, le roman se lit pourtant avec beaucoup de plaisir. D’abord parce qu’il est composé de main de maître, la dramaturgie est impeccable, et l’on tourne avidement les pages.

Les personnages sont complexes, incarnés, leurs voix sonnent juste. Le roman prend le temps, par de multiples retours en arrière, de raconter leur histoire, de retracer leur parcours personnel et politique. Une belle histoire d’amour à la Jules et Jim se glisse d’ailleurs dans le récit, tragique et déchirante.

Le plaisir de lecture vient enfin de l’humour ravageur -et noir évidemment- de l’auteur. Jérôme Leroy a le sens du trait qui fait mouche, et de l’ironie qu’il pratique avec gourmandise. Sans jamais tomber dans le cynisme.

Son regard est pétillant, acéré, ses formules tranchantes. Il se tient le plus souvent à distance, multiplie les clins d’oeil au lecteur, met en scène et interpelle le narrateur à plusieurs reprises.

Le résultat est un texte d’une grande vivacité. Passionnant et remarquablement écrit. Jérôme Leroy est un admirateur de Jean-Patrick Manchette, styliste hors pair et fondateur du néo-polar français. Son roman s’inscrit dans cette lignée.

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