Un cadavre est retrouvé dans les rues de Glasgow
Un cadavre est retrouvé dans les rues de Glasgow
Un cadavre est retrouvé dans les rues de Glasgow ©Getty - April30
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Résumé

"Rien que le noir" a une histoire singulière : c'est William McIlvanney, le père du roman noir écossais, qui a commencé à l'écrire, mais il est mort en 2015 et l'un de ses disciples, Ian Rankin, l’a terminé.

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Belle histoire que celle de ce roman écrit à quatre mains par deux figures majeures du roman noir.

William McIlvanney, auteur d’un cycle de trois romans mettant en scène sa ville de Glasgow et son personnage fétiche, l’inspecteur Laidlaw, avait laissé un manuscrit inachevé d’une centaine de pages.

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Ian Rankin, qui appartient à la génération suivante, n’a jamais caché son admiration pour McIlvanney, à l’origine de sa propre vocation d’écrivain. Il est aujourd’hui l’auteur d’une formidable série dont la ville d’Édimbourg et l’inspecteur Rébus sont les héros.

Après la mort de William McIlvanney, c’est ainsi, presque naturellement, que sa femme a eu l’idée de confier le manuscrit inachevé à Rankin…

Sacré défi pour lui de se glisser dans le style et l’esprit de ce texte !

Et c’est très réussi ! L’histoire se passe en 1972, cinq ans avant l’intrigue du premier roman de la série d’origine. Il s’agit donc d’une prequelle.

Un cadavre est retrouvé dans une ruelle de Glasgow, derrière un bar, là où s’entassent les poubelles. Très vite le corps est identifié. C’est celui d’un avocat de la pègre, bras droit d’un chef de gang. Et l’endroit où il a été abandonné est au cœur du territoire d’un autre gang, ennemi du premier.

Règlement de comptes ? Tentative de manipulation ? Crime passionnel ? Toutes les pistes sont ouvertes pour l’inspecteur Jack Laidlaw, qui doit faire très vite, avant que les mafieux ne tentent de régler l’affaire entre eux, dans une escalade de violence.

Donc c’est un portrait particulièrement sombre que les auteurs font de Glasgow ?

McIlvanney, figure du roman social, réaliste, admirateur du roman noir américain, voulait montrer l’Écosse réelle, loin des clichés.

En 1972, Glasgow est frappée par la désindustrialisation et le déclin des chantiers navals. La ville est appauvrie, le chômage massif, la vie de plus en plus difficile pour des milliers de gens. Et les gangs mafieux prolifèrent.

Les auteurs montrent cette violence à l’oeuvre par mille et un détails. L’inspecteur Laidlaw sait bien que pour les jeunes, les gangs peuvent être une manière de s’en sortir…

Extrait :

Il repoussa le rapport vers un coin du bureau et commença une recherche sur Cam Colvin et ses hommes. Il y avait de quoi constituer tout un dossier, détaillant la litanie habituelle d’enfances abîmées, sauvagement piétinées, de foyers éclatés et de transgressions précoces qui propulsaient inévitablement vers une carrière criminelle, sans autre choix possible. Le père de Scanner Thomson avait été absent durant toutes ses jeunes années, et sa mère était trop portée sur la bouteille et les amants d’un soir. L’absentéisme scolaire, le vol à l’étalage et le placement en centres éducatifs fermés devinrent le curriculum vitae du garçon, suivis par l’adhésion au gang de son ami Cam Colvin où il occupait un poste de confiance. Le cas de Colvin était légèrement différent. Il avait pris la succession de l’affaire familiale, son père et son grand-père paternel passant tous les deux plus de temps à l’intérieur de prisons plutôt qu’en dehors durant leur âge adulte. Puis il y eût l’épisode du couteau planté entre ses omoplates, par lequel il avait acquis sa redoutable réputation.

Le personnage de l’inspecteur Jack Laidlaw est au centre du livre, lui donne sa couleur, son intonation, sa mélancolie.

Fraîchement débarqué à la brigade criminelle, il traîne une réputation sulfureuse d’insolence, de rugosité, d’électron libre, peu respectueux des procédures et de la hiérarchie.

4 min

Mais c’est un excellent flic, doté d’un sixième sens sur le terrain. Laidlaw est un homme de la rue, persuadé que c’est là que se trouve la vérité d’une ville.

C’est un formidable personnage. Il y a chez lui une manière bravache de porter le poids du monde sur ses épaules. Passionné de littérature et de philosophie, c’est un familier de Kierkegaard et de Camus. Il s’engage à sa manière, sans illusion. Et tout le livre est empreint de son pessimisme piquant. Quoi qu’il arrive, le noir demeure.

Références

L'équipe

Michel Abescat
Production