Garde le silence", qui vient d’être traduit en français, est le troisième volet d’une série qui met en scène une inspectrice de police, Manon Bradshaw… ©Getty - Ryan McVay
Garde le silence", qui vient d’être traduit en français, est le troisième volet d’une série qui met en scène une inspectrice de police, Manon Bradshaw… ©Getty - Ryan McVay
Garde le silence", qui vient d’être traduit en français, est le troisième volet d’une série qui met en scène une inspectrice de police, Manon Bradshaw… ©Getty - Ryan McVay
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Résumé

Susie Steiner est britannique. Journaliste pendant vingt ans, notamment au Guardian, elle est aujourd’hui romancière. "Garde le silence", qui vient d’être traduit en français, est le troisième volet d’une série qui met en scène une inspectrice de police, Manon Bradshaw…

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Et ce personnage est le principal atout de la série. Indépendante, bravache, contradictoire, Manon Bradshaw est formidablement attachante.

Dans le premier épisode, elle était célibataire, empêtrée dans une série de rencontres amoureuses aussi foutraques que déprimantes. Abordant la quarantaine avec angoisse, elle adoptait sur un coup de tête un gamin de 11 ans.

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Aujourd’hui Fly en a 16 et Manon 46, « l’âge de l’anxiété galopante », dit elle. Lestée d’un compagnon, Mark, d’un second fils, Teddy, et de nouvelles responsabilités puisqu’elle a été nommée inspectrice-chef, elle court d’une vie à l’autre, s’inquiète du temps qui fout le camp, de son couple qui s’empâte, et des vêtements qui s’entassent dans l’entrée, au pied du porte-manteau que ni Mark ni elle n’ont jamais le temps de réparer.

On est d'abord séduit par sa voix. 

Manon Bradshaw est piquante, caustique, elle a le regard piquant et le verbe tranchant. Elle donne le ton et la couleur du roman, l’emporte et le pimente d’une nuance douce-amère très singulière. 

Écoutez-la par exemple face au mari d’une amie. Il vient de quitter sa femme après dix ans de mariage pour une autre beaucoup plus jeune…

Extrait :

"Je vais te dire, moi, ce qui t’attend. Tu vas te mettre en couple avec Shanaya. Bien entendu, vous allez vous faire quelques week-ends érotiques par-ci par-là, et dans la salle de réfectoire d’un Holiday Inn Express tu penseras : « Waouh c’est la belle vie », en avalant un petit déjeuner sans avoir à te débattre pour mettre leurs chaussures à des mioches. Mais dans quelques années, elle aussi voudra des enfants et tu vas devoir te taper la même histoire, sauf que cette fois tu auras cinquante ans. Et tu seras tellement crevé, tu n’imagines même pas. Tes enfants plus âgés, tes enfants d’origine, ne te parleront plus parce que tu auras détruit leur enfance, mais bon dieu qu’est-ce qu’ils coûtent cher. Tu auras à payer pour deux ménages et tu seras plus épuisé et plus pauvre que tu ne l’aurais jamais cru possible. Et tes amis d’origine, ceux que tu avais avec Bryony, commenceront à pouvoir se payer de vraies vacances, de celles qui comprennent des vols long-courriers et des sorties rafting. Mais pas toi. Oh non. Toi tu seras obligé de traîner avec la bande de gamines les plus ennuyeuses du monde, à les écouter piailler sur comment sevrer bébé. Voilà ton avenir."

L'intrigue s’organise autour d’un jeune homme retrouvé pendu à un arbre dans le parc d’une petite ville au nord-est de Londres.

Il s’appelle Lukas, il est lituanien. Il est venu en Angleterre à la recherche d’une sorte d’Eldorado. Et s’est retrouvé prisonnier d’un gang, des compatriotes qui lui ont pris son passeport et sa carte bancaire.

Il loge dans un taudis où s’entassent des types condamnés, comme lui, à bosser douze heures d’affilée dans des exploitations agricoles.

Suicide ? Meurtre ? L’enquête s’annonce difficile car les immigrés, terrorisés par les mafieux qui les exploitent, gardent le silence.

Cette question de l’immigration est au centre du livre 

L’ex-journaliste Susie Steiner s’est à l’évidence documentée et derrière l’enquête policière qu’elle met en scène, c’est un portrait de l’Angleterre post-Brexit qu’elle propose.

Des travailleurs immigrés de l’Est exploités par des mafieux, des employeurs qui ferment les yeux, attirés par le bas coût de la main d’œuvre. Et les tensions que la présence en nombre de ces immigrés provoquent dans une petite ville où l’extrême droite raciste donne de la voix.

Garde le silence est un roman noir bien conduit. Susie Steiner alterne les points de vue, joue sur les retours en arrière, mêle habilement la vie privée de son enquêtrice aux ressorts du suspense. Ses personnages sont intéressants et complexes.

On regrettera simplement une construction dramatique un peu trop sage, un certain manque d’urgence et de tension dans le récit. Comme le café, le roman noir est meilleur quand ils est bien serré.

Références

L'équipe

Michel Abescat
Production