Couverture de L'Intrusive, de Claudine Dumont / Editions Le Mot et le reste
Couverture de L'Intrusive, de Claudine Dumont / Editions Le Mot et le reste
Couverture de L'Intrusive, de Claudine Dumont / Editions Le Mot et le reste
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Résumé

L'autrice Claudine Dumont est québécoise, enseigne la littérature, a étudié la psychanalyse et se passionne pour la photographie. Autant de compétences qu’elle a mises au service de son troisième roman, L’intrusive. L’histoire d’une femme qui ne dort plus…

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« Je ne dors plus », ce sont en effet les premiers mots de ce roman envoûtant, écrit à la première personne du singulier. Un texte qui vous aspire d’emblée, vous plonge dans l’enfer de Camille, une jeune femme d’une trentaine d’années.

Tout a commencé à la fin de l’été. Un dimanche soir, elle n’a pas pu s’endormir. Quand s’ouvre le récit, on est en octobre, et elle n’a toujours pas retrouvé le sommeil.

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Elle a dû quitter son travail, doute que les médecins ou les psys puissent l’aider, ne parvient plus à s’exprimer, vit dans une sorte de brume délétère, confond la réalité et ses hallucinations.

Il s’agit d’une sorte de thriller psychologique…

Il est particulièrement bien construit, en forme de huis clos de plus en plus oppressant.

Le roman mêle deux fils narratifs. Une série de séquences consacrées à des souvenirs d’enfance particulièrement sombres qui remontent peu à peu, comme les pièces d’un puzzle. 

Et, en parallèle, le récit de la rencontre de Camille avec un spécialiste des rêves, un type à la marge, bourru et solitaire, interdit d’exercice après un procès retentissant. Gabriel a mis au point une sorte de machine à enregistrer les rêves, qui rappelle le film Inception de Christopher Nolan.

Le lecteur va ainsi plonger dans la mémoire et l’inconscient de la narratrice

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette immersion est éprouvante. Page après page émerge la figure de la mère de Camille, morte d’un cancer quand sa fille avait une douzaine d’années.

Dévorante, cruelle, profondément déséquilibrée, elle a l’obsession de la propreté, de la perfection, de l’apparence. Ainsi contraint-elle sa fille à ne jamais exprimer ses sentiments et ce qu’elle pense vraiment. À dire ce que les autres veulent entendre ou bien à garder le silence. À toujours leur montrer le visage qu’ils attendent.

Durant toute l’enfance de sa fille, elle n’a eu de cesse de lui enseigner le contrôle de soi. Comme elle le fait par exemple un soir, à l’occasion d’un dîner avec des collègues de son mari dont l’un prononce des mots qui ne lui plaisent pas…

Extrait :

Je la sens se raidir, mais son expression ne change pas, son sourire reste. Sous la table, sur ses cuisses, je la vois pincer avec ses grands ongles bordeaux la peau dans le creux de sa main droite. Fort. J’ai presque envie de crier de ne pas faire ça, elle va se faire mal ! Mais je ne dis rien. Je sais aussi pourquoi elle le fait. Elle m’a expliqué que lorsque nos émotions sont difficiles à contrôler parce qu’elles viennent trop vite ou trop fort, il faut distraire notre cerveau en créant une douleur ailleurs dans notre corps. Les émotions deviennent alors moins fortes dans notre tête et du coup, c’est plus facile de se contrôler. Maman n’a vraiment pas aimé ce que le monsieur a dit, mais elle se contrôle parfaitement. Je vois à peine la marque rouge dans le creux de sa main, mais je sais qu’elle est là. Elle est parfaite, efficace et très intelligente, ma maman.

C’est plutôt angoissant ! Il y a une grande tension dans cette scène…

Et c’est ainsi dans tout le roman, emporté par un récit redoutablement efficace. Le lecteur est prisonnier des affres que traverse la narratrice, il ne peut en sortir. Il suit pas à pas son enquête sur son passé. Qui est-elle vraiment ? Que veut-elle exactement ?

Deux mondes se mêlent, le rêve et la réalité. Le roman joue des ambiguïtés de situation, de l’unicité de point de vue qui sème le doute sur ce qui est raconté. La narratrice est-elle fiable ?

Progressivement, la malaise s’accroit. Et l’angoisse aussi. Claudine Dumont réussit subtilement à faire partager les émotions de Camille, son écriture est  sensible, captivante, ses images sont fortes, très évocatrices. On ressent physiquement la souffrance et le désarroi de Camille.

Celle-ci est pourtant loin d'être toujours sympathique**. Et ce n’est pas le moindre intérêt de ce roman dont la lecture est tout sauf confortable.**