"Shalom Berlin" par Michael Wallner - Fliature(s)
"Shalom Berlin" par Michael Wallner - Fliature(s)
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Résumé

Les polars traduits de l’allemand sont relativement rares. "Shalom Berlin" est signé Michael Wallner, comédien, metteur en scène de théâtre et romancier, d’origine autrichienne. Il vit dans la capitale allemande où se situe ce premier volume d’une trilogie.

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Shalom Berlin est un roman subtil, d’atmosphères et d’émotions, qui tient à ses deux personnages principaux, la ville elle-même et l’enquêteur, au centre de l’intrigue, Alain Liebermann.

Les romans policiers s’intéressent le plus souvent au Berlin des années 1930, de la période nazie. La fameuse Trilogie berlinoise de Philipp Kerr est sans doute la plus connue.

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Ici, c’est la ville contemporaine que met en scène Michael Wallner de manière très réaliste. Une géographie précise, vivante, quotidienne. On passe d’un quartier à l’autre, on prend les transports en commun, l’effet de réel est saisissant.

Et qu’en est-il du second personnage, Alain Liebermann  ?

C’est beaucoup à travers ses yeux que l’on découvre Berlin. Il déteste par exemple le quartier branché de Prenzlauer Berg et les « snobinards du monde entier » qui s’y pressent.

Né en France, Alain Liebermann, le flic qui mène l’enquête, a été élevé par sa grand-mère, patriarche d’une grand famille d’intellectuels juifs. Quand ils se réunissent, pour la bat-mitsva de sa petite soeur, par exemple, ils sont plus de cent. Michael Wallner dit avec beaucoup de finesse la complexité des liens qui unissent cette famille, entre tradition et modernité.

Extrêmement attachant, Alain Liebermann peine à se relever de la mort de sa femme, un an plus tôt. « Tu trimballes ta tristesse comme un sac de pierres qui pleurent », lui dit sa grand-mère. Et sa mélancolie imprègne tout le livre d’une  poésie au charme doux-amer.

Sur quoi enquête Liebermann ? Quelle est l’intrigue du livre ?

Au commencement, il y a une tombe profanée dans le cimetière juif de Schönhauser Allee. Hanna Golden, une jeune journaliste, est envoyée en reportage et son article va avoir un grand retentissement dans un pays où les actes  antisémites sont de plus en plus nombreux. Où les réseaux néo-nazis réapparaissent. 

Bientôt des messages de haine et de menaces pourrissent ses mails. Au point qu’elle porte plainte et se trouve dirigée vers une unité spécialisée de la police, dirigée par Alain Liebermann.

Le texte est écrit à distance, volontiers caustique, il ne s’agit pas d’un thriller.  Mais les chapitres sont courts, le rythme rapide. Et certaines scènes sont d’une violence crue, comme celle où Hanna cherche sa chienne, Ramona, mystérieusement absente de l’appartement quand elle se réveille…

Extrait :

Hanna ouvrit la porte d’entrée.        
 - Ramona ? murmura-t-elle dans l’obscurité pour ne pas déranger les voisins.        
La lumière s’alluma. Ramona était clouée sur la porte de l’appartement, les pattes écartées. Ses yeux noirs qui savaient lancer des regards lourds de reproches étaient grands ouverts. La lampe du plafond s’y reflétait. Sa langue pendait comme après une trop longue promenade avec Hanna. On lui avait tranché la gorge, le sang assombrissait son poil brun clair. Son ventre avait été tailladé sur toute la hauteur. Les boyaux en sortaient et pendaient jusqu’au sol. Avec son sang, une étoile de David avait été dessinée sur la porte.        
Hanna plaqua sa main sur sa bouche pour ne pas crier.        
Elle hurla.        
Plaqua la main sur sa bouche.        
Hurla encore.        
Elle ne voyait plus rien, elle essuyait ses larmes. Soudain elle entendit quelque chose, tout près, à l’étage au-dessous. Elle sursauta, tourna son regard dans la direction d’où venait le bruit.        
Un éclair zébra la nuit.        
Ce n’était pas un éclair, c’était un flash.        
Quelqu’un la photographiait. Encore et encore. Le flash crépitait sans relâche.

La dimension politique est au cœur du roman 

Shalom Berlin est ancré dans l’actualité de la montée de l’ultra droite et des menaces terroristes qu’elle fait peser sur la démocratie. À cet égard, le livre qui plonge au coeur des réseaux néo-nazis, des groupuscules qui renaissent quelques mois après avoir été interdits, de leur évolution et de leurs méthodes d’action, est passionnant.

Mais l’intérêt vient aussi de la complexité de l’intrigue qui entraîne le lecteur sur des chemins qu’il n’attendait pas, vers des coupables qui ne sont pas seulement des barbouilleurs de croix gammées. Je ne peux évidemment pas en dire plus…

  • Shalom Berlin de Michael Wallner, traduit de l’allemand par Sylvie Roussel, est publié aux éditions Filatures.
Références

L'équipe

Michel Abescat
Production