L'écrivain Zygmunt Miloszewski polonais signe "Inestimable" ©AFP - ULF ANDERSEN / Aurimages
L'écrivain Zygmunt Miloszewski polonais signe "Inestimable" ©AFP - ULF ANDERSEN / Aurimages
L'écrivain Zygmunt Miloszewski polonais signe "Inestimable" ©AFP - ULF ANDERSEN / Aurimages
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Résumé

En moins de dix ans, l’écrivain et scénariste polonais, Zygmunt Miloszewski s’est fait une réputation internationale. Son sixième roman, "Inestimable", qui paraît aujourd’hui en français est un écho à l’avant dernier, "Inavouable", qui avait rencontré un grand succès.

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Voici à nouveau un roman d’aventures échevelées aux quatre coins de la planète. Inavouable racontait la traque d’un tableau volé à la Pologne pendant la deuxième guerre mondiale.

Et c’est une nouvelle course-poursuite, façon Indiana Jones, que met en scène Inestimable avec les mêmes personnages, une historienne de l’art polonaise, son mari, marchand d’art réputé et une aristocrate suédoise experte dans l’art de voler les musées.

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Facile de se laisser à nouveau séduire. Inestimable, c’est 500 pages pleines à craquer, rebondissantes, savoureuses à souhait.

Mais je reprendrais volontiers les mots que Miloszewski met dans la bouche d’un de ses personnages à propos de Clive Cussler, l’auteur américain de romans d’aventures : « Ce bon vieux Clive avait beaucoup à voir avec une forêt noire. Succulent, mais seulement de temps en temps, et seulement à petite dose ».

Sur quoi repose l’intrigue ?

La base du roman, comme la génoise au chocolat dans la forêt noire, c’est la recherche éperdue d’une collection d’objets d’art aïnou - un peuple autochtone qui vivait notamment sur l’île de Sakhaline -, rapportés en Europe par un pionnier de l’ethnographie.

Et en particulier d’un totem en forme d’ours qui semble doté de vertus considérables puisqu’il va faire l’objet d’une lutte sans merci entre une multinationale de la pharmacie et un groupe un poil sectaire de scientifiques passablement allumés.

Il s’agit d’abord d’un roman d’action

L’action, dans ce roman, c’est la chantilly dans la recette de la forêt noire. Un délice. Une gourmandise légère et débordante.

Inestimable est un festival d’épisodes rocambolesques montés de main de maître. Une attaque de pirates au large des côtes d’Afrique, une expédition dans un fleuve de boue en Sibérie, un face-à-face avec un ours (éloigné en chantant à tue-tête l’hymne national polonais), une cavalcade dans le métro avec saut dans la Seine depuis le pont d’Austerlitz, un séjour qui n’en finit pas au beau milieu de l’océan avec pour tout bagage une combinaison de sécurité…

On l’a compris, Inestimable est un thriller plein d’esprit et de drôlerie.

Un roman d’action et une comédie  

L’humour l’emporte souvent, Miloszewski joue avec gourmandise des codes du polar et du roman d’aventures, les pousse dans leurs retranchements, grossit le trait.

Mais surtout, son regard est dévastateur, son ironie savoureuse. Les Polonais en prennent pour leur grade, les Russes aussi. Et les Français, sont joyeusement épinglés, comme dans ce passage qui montre l’héroïne, Zofia, enquêtant à Paris…

Extrait :

Zofia les raillait mais, en réalité, elle enviait aux Français leur posture « nous sommes les plus grands et les plus merveilleux, et si ça ne te plaît pas, va te faire cuire un oeuf ». Comment était-il possible que le monde ait gobé cette histoire en leur pardonnant tout ? Les multinationales voraces étaient attribuées aux Américains, la colonisation aux Anglais, l’éclatement des guerres sanglantes aux Allemands, les oligarques mafieux aux Russes, les essais nucléaires aux Coréens, l’antisémitisme aux Polonais, la paresse aux Espagnols et les Français -s’ils n’étaient les champions d’aucune de ces disciplines, ils en étaient au moins médaillés- regardaient le monde de haut, un croissant entre les dents et un innocent sourire aux lèvres, avec l’aura d’amateurs de bonne littérature, de bon vin et de bonne vie. C’étaient vraiment de petits finauds.

Un livre recommandé sans hésitation

Car, cerise sur le gâteau, Miloszewski mène tout au long de son roman une série de réflexions sur nos rapports à la religion par exemple, ou sur le désastre écologique à venir et les choix qu’il va nous imposer.

On peut simplement lui reprocher, je l’ai dit, de se laisser parfois emporter. La forêt noire, c’est délicieux, mais gaffe aux cuillerées de trop. Sous peine d’indigestion.

  • Inestimable, de Zygmunt Miloszewski, traduit du polonais par Kamil Barbarski, est paru aux éditions Fleuve noir   
Références

L'équipe

Michel Abescat
Production