François Medeline : une écriture rythmée, des phrases courtes, incisives... Ici en octobre 2018
François Medeline : une écriture rythmée, des phrases courtes, incisives... Ici en octobre 2018
François Medeline : une écriture rythmée, des phrases courtes, incisives... Ici en octobre 2018 ©Getty - David Betzinger / Hans Lucas
François Medeline : une écriture rythmée, des phrases courtes, incisives... Ici en octobre 2018 ©Getty - David Betzinger / Hans Lucas
François Medeline : une écriture rythmée, des phrases courtes, incisives... Ici en octobre 2018 ©Getty - David Betzinger / Hans Lucas
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Résumé

Si vous aimez les polars rythmés, les phrases courtes, incisives... Alors vous pouvez vous plonger dans "Les larmes du Reich", le nouveau livre de François Médéline, qui se passe dans l’immédiat après-guerre, précisément au printemps 1951.

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En première approche, il semble s’agir d’une enquête de facture classique. L’inspecteur Michel, de la brigade criminelle de Lyon, arrive dans la Drôme. Un village près de Crest marqué par une affaire qui fait beaucoup de bruit.

Un couple, plus très jeune, a été retrouvé assassiné dans une ferme. Ils ont été tués trois semaines plus tôt, à bout portant, avec le fusil de chasse du mari. Et leur fille de 11 ans a disparu le même jour.

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Une nouvelle fois, François Médéline excelle à faire surgir l’atmosphère de l’époque quand les plaies de la guerre sont encore à vif.

Les chapitres sont courts et chacun d’entre eux a pour titre une citation d’une chanson célèbre du moment.

Le premier, "Comme un bouquet de printemps" est ainsi emprunté à la chanson enregistrée en 1950 par André Claveau, "Cerisier rose et pommier blanc"

Le roman commence donc comme une banale enquête sur un meurtre et une disparition. Mais la suite est plus singulière…

Dès les premières lignes, un doute est instillé si on prend soin de les lire avec attention. Voici donc l’inspecteur Michel qui arrive à vélo près du village où le crime a eu lieu. Écoutez bien…

Il vient de Charly, dans le Rhône. Son identité est crédible pour traquer les assassins : "inspecteur Michel". Tous les policiers ont une légende. La sienne est solide. Il vit avec sa mère dans la banlieue lyonnaise, n’est pas marié et n’a pas d’enfants. Il travaille à la brigade criminelle de Lyon. Il devrait être commissaire, mais il a la phobie de la paperasse et de la réussite.
Avant de quitter la grand-route de Montélimar pour un chemin cabossé, il relève la manche de sa redingote et déchiffre le cadran. Il dit toujours que sa mère lui a acheté la montre-bracelet aux Galeries Lafayette pour son quarantième anniversaire et qu’elle ne le dirait pas ainsi. Elle dirait : "Les Grands Magasins des Cordeliers". Sa mère n’a d’ailleurs jamais de prénom.
Puis il se met en danseuse. Son temps est compté depuis le 17 janvier 1945. Jusqu’à présent, il a échoué. L’investigation de sa vie est un fiasco.

"Son identité est crédible", "tous les policiers ont une légende", "sa mère n’a jamais de prénom"… L’auteur sème le doute. Pourquoi le temps de l’inspecteur Michel est-il compté depuis le 17 janvier 1945 ?

Il y a donc une double intrigue sur la famille de la Drôme et sur l'inspecteur lui-même ?

Exactement. Qui est véritablement cet "inspecteur Michel" ? Que cherche-t-il précisément ? Voilà les ressorts du roman sur lesquels il est difficile de s’étendre au risque de dévoiler l’intrigue, particulièrement réussie.

L’inspecteur va se heurter au silence de nombreux protagonistes impliqués dans une histoire tragique inspirée d’une affaire réelle qui a défrayé la chronique entre 1945 et 1953, l’affaire Finaly. Deux enfants juifs cachés pendant la guerre et que l’on refusait de rendre à leur famille à la fin de celle-ci…

J'ai l'impression qu'on retrouve dans ce roman les thèmes que l’auteur développait déjà dans le précédent…

"La sacrifiée du Vercors" mettait en scène une journée de septembre 1944 et évoquait l’épuration.

"Les larmes du Reich" montre une nouvelle fois des hommes et des femmes pris dans la tourmente de la guerre, la complexité des situations et des actes. Il est écrit à hauteur des gens, forcément contradictoires et imparfaits. Loin des images d’Épinal des grands récits historiques.

Parfaitement composé, servi par une écriture sèche, une manière, à la Simenon, de faire sentir l’épaisseur incompressible des personnages aussi bien que l’esprit des lieux, ce roman est une nouvelle réussite, profondément tragique.

Références

L'équipe

Michel Abescat
Production