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Résumé

Deuxième opus du français Benjamin Fogel, qui est aussi le directeur des éditions Playlist Society, "Le silence de Manon" poursuit la réflexion sur le thème de la transparence.

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Le précédent roman de Benjamin Fogel, La transparence selon Irina, sort en poche. Un clin d’oeil au fameux roman de John Irving, Le monde selon Garp, que Benjamin Fogel apprécie beaucoup. La transparence selon Irina, paru il y a deux ans, se situait en 2058, dans un monde dominé par le Réseau, successeur puissance 10 d’internet. Impossible d’échapper au Réseau. Tout le monde y est fiché, tous les éléments de la vie de chacun, y compris les plus personnels, sont accessibles à tous. La transparence est devenue la norme. Ce premier roman mettait ainsi en scène une société de contrôle glaçante et soulevait des questions passionnantes sur l’identité numérique et la liberté individuelle dans une tel cadre.

Le silence selon Manon qui vient de paraître est le second volume d’une trilogie de la transparence. Mais son action se situe avant, en 2025. Rien n’empêche de le lire indépendamment du précédent. Et même, pourquoi pas, en premier. 2025, c’est à peine demain. 

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Un roman qui s'intéresse à la société d’aujourd’hui

Le livre s’ouvre sur le suicide d’une jeune fille à la suite d’une campagne de harcèlement sur les réseaux sociaux. Depuis quelques temps, sur son blog consacré au cinéma, elle épinglait la manière dont les réalisateurs traitaient leurs figures féminines. En réaction à ses propos, le harcèlement a commencé sur des plateformes masculinistes pour se propager de manière de plus en plus violente. À tel point qu’elle a mis fin à ses jours. 

Au même moment un groupe de musique réputé pour ses prises de position féministes est victime d’une attaque terroriste lors d’un concert dans une salle parisienne. L’attaque est bientôt revendiquée par un groupe activiste, les incels, c’est-à-dire « célibataires involontaires », des hommes persuadés que tous leurs maux viennent des mouvements de libération des femmes.

Le roman va mettre en scène une dizaine de personnages, qui vont prendre tout à tour la parole. Des personnages des deux bords, tous passionnants, complexes, et souvent ambigus. 

Des thématiques déjà présentes dans le premier volume

On retrouve dans ce nouvel opus la question de la transparence. Et en particulier celle, pendante, de l’anonymat sur internet. Faut-il préserver cet anonymat au nom des libertés individuelles ? Ou bien l’encadrer au nom de la lutte contre la haine en ligne et l’impunité qui règne sur internet ?

Mais la question centrale est celle du masculinisme dont le roman s’attache à déconstruire le discours. En cause, le système patriarcal qui pousse les jeunes hommes à imaginer qu’ils ont des droits sur les femmes, que l’amour et le sexe sont des droits qu’ils peuvent revendiquer.

Ce roman est enfin une belle réflexion sur le silence, incarnée par le personnage de Manon. Sourde de naissance, elle cherche sa place dans le monde, son utilité auprès des autres. Benjamin Fogel décrit un monde devenu assourdissant, dominé par le bruit et la cacophonie de la Toile. Comment apprivoiser ce tumulte ? Comment redécouvrir le bonheur du silence ?

Un texte engagé, à la fois politique et philosophique…

Il s’agit bien d’abord d’un roman d’où surgissent des images et des émotions. Jamais le propos ne vient écraser l’intrigue, comme c’était parfois le cas dans le volume précédent.

Benjamin Fogel s’inscrit dans cette tendance très contemporaine du mélange des genres. Le silence selon Manon est tout à la fois un roman noir, un thriller psychologique, un texte d’anticipation, et un roman politique.

Les personnages, leur complexité, leurs évolutions, leurs rapports amoureux, font l’essentiel du texte. 

L’intrigue est solide, bien construite, les rebondissements nombreux. On tourne les pages, de plus en plus vite au fur et à mesure qu’avance le roman.

Mais le livre refermé, les questions qu’il a soulevé reviennent en tête et résonnent fortement. Ce sont celles auxquelles nous sommes déjà confrontés. Et qui vont se poser avec de plus en plus d’acuité.

Le développement des caméras de surveillance et des drones, la reconnaissance faciale, le croisement des profils internet, ce n’est pas de l’anticipation. 2025, c’est aujourd’hui.

  • « Le silence selon Manon » de Benjamin Fogel, éd. Rivages/Noir
Références

L'équipe

Michel Abescat
Production