Dans le polar "Les chiens de Pasvik" Olivier Truc met en scène pour la quatrième fois sa fameuse police des rennes et ses deux héros, Klemet et Nina. ©Getty -  Eva Mårtensson
Dans le polar "Les chiens de Pasvik" Olivier Truc met en scène pour la quatrième fois sa fameuse police des rennes et ses deux héros, Klemet et Nina. ©Getty - Eva Mårtensson
Dans le polar "Les chiens de Pasvik" Olivier Truc met en scène pour la quatrième fois sa fameuse police des rennes et ses deux héros, Klemet et Nina. ©Getty - Eva Mårtensson
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Résumé

Journaliste, spécialiste des pays nordiques et baltes, Olivier Truc met en scène pour la quatrième fois sa fameuse police des rennes et ses deux héros, Klemet et Nina. Le roman se situe sur un nouveau territoire de la Laponie, à la frontière entre la Norvège et la Russie. Il a pour titre "Les chiens de Pasvik".

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C’est un bonheur de retrouver Klemet et Nina qui appartiennent désormais à ces héros dont on prend des nouvelles à chaque épisode de leurs aventures, comme on le faisait pour l’inspecteur Wallander d’Henning Mankell ou Erlendur, celui d’Indridason.

La police des rennes existe bel et bien, mais seulement en Laponie norvégienne où elle est chargée de régler les conflits entre éleveurs. Olivier Truc a un peu triché en étendant leur territoire à l’ensemble du pays sami qui couvre le nord de la Norvège, mais aussi de la Suède, de la Finlande ainsi que la péninsule de Kola en Russie.

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Qui sont alors Klemet et Nina ?

De formidables personnages, vivants, complexes, que l’on voit évoluer d’épisode en épisode.

Nina est Norvégienne, préoccupée par son père dont le cerveau a beaucoup souffert de ses missions de plongée pour l’industrie pétrolière.

Et Klemet est Sami, tourmenté par ses origines et son identité. Son grand-père élevait encore des rennes qui constituent le cœur de la culture sami. Qu’est-ce qu’un sami qui n’est plus éleveur, s’interroge Klemet. Comment rester fidèle à une culture opprimée par la colonisation, mise à mal par la modernité ?

Quel est le point de départ de ce nouvel épisode ?

Un évènement d’apparence anecdotique dans la vallée de Pasvik, à la frontière entre Norvège et Russie. Une cinquantaine de rennes d’un éleveur norvégien ont traversé illégalement la frontière et sont passés en Russie. Et c’est l’incident diplomatique.

Police des rennes, douanes norvégiennes, gardes-frontières du FSB vont devoir s’impliquer pour retrouver le troupeau vagabond et l’affaire va révéler divers trafics.

L’intrigue policière est passionnante, mais le roman, comme toute la série, retient d’abord l’attention par ce qu’il dévoile de l’histoire et de la culture des sami. Incarnées ici par un personnage bouleversant, Piera Kyrö, l’éleveur dont les bêtes sont passées du côté russe à la recherche de lichens dont elles sont friandes.

Kyrö a gardé en lui la blessure qui marque les siens. Autrefois, avant que les frontières ne soient tracées, les pâturages de sa famille s’étendaient sur un territoire à cheval entre Norvège et Russie. Comme il l’explique un jour à Klemet…

À réécouter : Enquête en Laponie
4 min

Extrait :

Mes grand-parents y emmenaient leurs rennes, ils n’étaient pas russes, ils n’étaient pas norvégiens, ils n’étaient pas finlandais, ils étaient sami, sur leurs terres, c’est tout.                    
— Ils devaient bien être citoyens d’un pays, tes grand-parents…                    
Kyrö le regarda avec ce même air mélancolique qu’il traînait depuis qu’il le connaissait. Il prenait son temps pour répondre. Trois profondes inspirations, le regard tourné sur le côté. Un long silence encore, puis il reprit, sans regarder Klemet.                    
— Qu’est-ce que tu peux comprendre, toi ? Ils étaient citoyens du vent et du soleil, leur drapeau avait la couleur de la rivière qui scintille, quand les saumons la remontent, leur passeport, c’était l’odeur du lichen qui les guidait par delà les collines, leur loyauté allait à leur village d’hiver qu’ils retrouvaient après leur village d’été qu’ils retrouvaient après leur village d’hiver, leurs frontières, elles se traçaient en colonnes de rennes et en vols de perdrix.

Il y a beaucoup de mélancolie et de poésie dans ce texte

Olivier Truc qui vit à Stockholm depuis 1994, connaît bien le pays sami. Chacun de ses livres en explore un nouveau territoire, en raconte un nouveau fragment d’histoire ou de culture, en montre un nouvel enjeu contemporain. Les convoitises suscitées par ses richesses minières, par exemple.

Il sait aussi, comme dans cet épisode, faire vibrer le déchirement de ce peuple brutalement colonisé, expulsé de ses traditions.

Il sait enfin jouer de la beauté de ces paysages infinis du Grand Nord lapon traversés par les troupeaux de rennes dans la nuit sans fin de l’hiver ou la lumière inaltérable de l’été.

Chacun de ses romans sont ainsi teintés de mélancolie. Ils touchent profondément. Mais ils sont aussi formidablement vivants. Et l’on attend déjà l’épisode prochain pour prendre des nouvelles de Klemet et de Nina.

Références

L'équipe

Michel Abescat
Production