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Résumé

Iain Levison, auteur américain, né en Écosse, qui a connu un grand succès en France dès son premier livre, Un petit boulot, publie aujourd’hui son huitième roman : "Un voisin trop discret". Ce voisin, c’est Jim Smith, chauffeur Uber d’une soixantaine d’années, c’est un solitaire, un poil misanthrope, un chouia déprimé.

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C’est à partir de lui que va commencer une sorte de ronde des destins minutieusement orchestrée par l’auteur.

Jim est en effet le voisin de Corina, une jolie portoricaine qui va réussir l’exploit de le sortir de son trou.

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Or Corina est la femme de Robert Grolsch, cassé par ses missions de machine à tuer en Afghanistan. Un sniper des Forces spéciales devenu parfait salopard.

D’un autre côté Grolsch s’est attiré l’inimitié de Kyle, son équipier sur le terrain. Un jeune homme dont les ambitions sont freinées par son homosexualité plutôt mal vue chez les militaires.

Et Kyle est poussé par Madison qui a accepté de se marier avec lui pour donner le change et profiter de tous les avantages offerts aux femmes des soldats des Forces spéciales.

Tous vont finir par se retrouver

Jim, Corina, Robert, Kyle et Madison se retrouvent, à la fin, au cimetière d’Arlington pour une scène mémorable. L’un d’entre eux a été tué. Et l’inspecteur Roger Hollenbeck, une sorte de Sherlock Holmes à quelques semaines de la retraite, commence son enquête…

L’histoire est racontée du point de vue des multiples personnages

Le titre original du roman, Parallax, renvoie d’ailleurs à l’astronomie et à l’effet d’un changement de position de l’observateur sur ce qu’il perçoit. L’auteur s’attache ainsi à montrer les différentes facettes de ses personnages en fonction du point de vue. Tout change selon l’angle sous lequel on les observe. Et c’est passionnant.  

Un voisin trop discret est un roman plutôt court, 220 pages, sans le moindre gras ni temps mort. Sa composition est une manière de perfection. L’intrigue est au cordeau, les rebondissements en cascade, la mécanique du récit d’une précision millimétrée. Tous les éléments, éclatés quand s’ouvre le roman, finissent par s’emboîter parfaitement.

Iain Levison a l’art de trousser une histoire en quelques lignes, comme dans ce passage où l’inspecteur de police raconte à son second l’arrestation d’un tueur en série…

Extrait :

Taylor écoute fasciné.    
« Alors mon partenaire Hoskins et moi l’avons fait descendre de voiture et nous avons fouillé le véhicule. Nous avons trouvé un couteau plein de sang sous le siège et un cadavre dans le coffre. Nous avons reçu des éloges.    
- Nom de Dieu, dit Taylor époustouflé. Félicitations. »    
Hollenbeck sourit et le remercie. « Sauf que depuis un mois nous recherchions deux complices. Le coroner avait dit que les victimes étaient tuées par un droitier et un gaucher. Alors tous les flics du coin recherchaient deux types louches circulant avec des couteaux. Quand nous l’avons mis à l’arrière de la voiture de patrouille je lui ai demandé où était son complice. Il a répondu : « J’ai tout fait seul. » Je lui ai dit que nous savions que ça n’était pas vrai, parce que la moitié des blessures étaient faites par un gaucher. Le type a secoué la tête et il a dit « Je suis ambidextre, mon vieux. Je changeais simplement de main quand j’étais fatigué. »

Une comédie douce-amère, au charme irrésistible. 

Levison a un sens aigu de la satire, une ironie au vitriol, mais tempérée par une formidable humanité. C’est drôle, pince sans rire, joyeusement cynique. Difficile de résister à son regard affûté et désabusé, à la mélancolie de son propos.

Depuis Un petit boulot, Levison observe la société américaine, du côté des précaires, des petits arrangements et des grandes injustices.

Ici, tout le monde s’arrange avec la vérité, tout le monde ment pour parvenir à ses fins, tout le monde dissimule. Jusqu’au dénouement particulièrement savoureux, où la morale pas plus que la vérité ne triomphent. Dans le chaos du monde qu’il dépeint, la frontière entre le bien et le mal ne cesse évidemment d’échapper.

Levison n’a guère d’illusions, mais il a l’élégance de parier sur la vie. Avec la grâce d’un conteur funambule.

  • Un Voisin trop discret, d'Iain Levison, traduit de l’anglais par Fanchita Gonzalez Batlle, est paru aux éditions Liana Levi. 
Références

L'équipe

Michel Abescat
Production