Handicapé n’est pas mon métier ©Getty - ljubaphoto
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Résumé

Aveugle de naissance, Laetitia Bernard n'en est pas moins devenue championne de sauts d'obstacle de handisport et journaliste. En France, 12 millions de personnes vivent avec un handicap. Une situation qui pénalise l'insertion dans le monde du travail, en dépit des efforts menés pour favoriser l'inclusivité.

avec :

Laëtitia Bernard (Journaliste), Anne Revillard.

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Dans son livre qui paraît aujourd'hui aux éditions Stock, Ma vie est un sport d'équipe, Laetitia Bernard témoigne de son expérience de journaliste sportive et de championne de France en sauts d’obstacle handisport. Surtout, elle relate comment, aveugle de naissance, elle a appris à affronter les obstacles constitués par son handicap.

Dans le monde du travail, les personnes en situation de handicap représentent 3,9% des salariés en entreprise, contre 3,5% il y a trois ans. Des chiffres qui restent cependant en deçà des objectifs fixés par la loi, qui sont de l'ordre de 6%, et témoignent du long chemin qu'il reste à parcourir pour améliorer l'inclusivité en entreprise en France. 

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  • Comment est perçu le handicap en entreprise ? 
  • Comment améliorer le recrutement et la vie en entreprise des personnes en situation de handicap ? 
  • Quelles sont les mesures prises par le gouvernement pour favoriser l'inclusivité au travail ?  

Toutes vos questions et vos témoignages au standard de Radio France - 01 45 24 70 00 -, sur l'application France Inter et par e-mail à l'adresse telsonne@radiofrance.com.

Extraits de l'émission

Le handicap face à l'orientation professionnelle 

Yves est aveugle depuis 55 ans, il témoigne : "je suis kinésithérapeute. Ne pas voir, c'est un avantage pour moi, j'ai donc développé mon toucher plus que d'autres. Cela donne la même qualité de soins. Et les femmes que j'ai pu soigner m'ont dit qu'elles aimaient ne pas avoir de regard sur elles. Donc ce n'est pas du tout un handicap. Dans la vie courante, il y a une bienveillance permanente pour les aveugles, ce qui n'est pas le cas de la surdité qui isole énormément. La cécité invite au partage". 

J'ai toujours vécu dans le partage, dans l'échange et la cécité n'était pas du tout un inconvénient.

Laetitia Bernard, journaliste, réagit à ce témoignage et y apporte des précisions mais également son vécu : "Je ne dirais jamais que le fait de ne pas voir est un avantage, ni une chance. Tout l'aspect très concret du quotidien, le fait de ne pas voir le visage des gens, de ne pas voir les couleurs, je trouve ça embêtant, ne serait-ce que par curiosité intellectuelle. Ensuite, il y a aussi le fait de ne pas pouvoir conduire, etc".

Lorsque Laetitia Bernard s'interroge sur son orientation professionnelle, on lui oppose différents métiers, qu'elle décrit dans son autobiographie : "accordeur de piano, rempailleur de chaises ou kiné". La jeune femme pense, quant à elle, à Sciences Po, à faire des lettres : "pourquoi j'aurais dû rentrer dans une case alors que ce n'est pas ça que je voulais faire ?"

Il y a une diversité du vécu du handicap d'une personne à l'autre.

Anne Revillard, professeur en sociologie, rebondit sur les difficultés qui semblent inhérentes au handicap : "il y a une diversité selon les types de handicap, c'est-à-dire que le type de stigmatisation, de discrimination varie selon les handicaps".

Le handicap dans l'enfance

Marc témoigne dans l'émission : "Mon père a perdu sa jambe avant ma naissance. Donc j'ai vécu jusqu'à l'âge de 7 ans avec un papa qui sautait sur une jambe. Donc pour moi, les papas qui avaient deux jambes n'étaient pas des papas. Pour moi, c'était pas possible. J'ai toujours vu son père s'adapter, donc j'ai très tôt vu ça comme naturel, et ça ne me paraissait pas être un handicap". Laetitia Bernard ajoute qu'il lui a fallu quelques années pour comprendre la différence qu'elle avait avec les autres : elle était, par exemple, la seule à se cogner dans les poteaux en jouant, la seule à écrire en braille. "Je n'y vois pas" est une expression qui, raconte-t-elle, a été difficile à matérialiser. 

La journaliste "tête brûlée" raconte néanmoins au micro de Fabienne Sintès, les aventures à vélo avec ses grands-parents (qui avaient reproduit le bruit d'une motocyclette que la jeune fille appréciait à l'époque), au volant d'une voiture avec un ami sur un parking. "Le fait d'avoir pu essayer, d'avoir pu faire mon chemin de manière encadrée, m'a permis de faire mon expérience et de pouvoir dire 'ok, je vois l'idée. Merci, c'est terminé'." 

L'attitude des parents et l'intégration dans le milieu scolaire sont très importantes dans le fait de se sentir comme les autres, rappelle Anne Revillard. La manière dont le handicap est intégré à l'école joue beaucoup sur les premières années de l'enfant. Mais malgré l'affirmation d'une intégration scolaire grâce à la loi de 2005, les élèves et les parents doivent encore se battre pour obtenir l'intégration et les aménagements nécessaires. 

La suite à écouter

Avec nous pour en parler

  • Laetitia Bernard est journaliste et auteure de Ma vie est un sport d’équipe (Stock, mai 2021).
  • Anne Revillard est professeure associée en sociologie à Sciences Po et membre de l’Observatoire sociologique du changement (OSC). Elle est auteure de Des droits vulnérables. Handicap, action publique et changement social (Presses de Sciences Po, août 2020).
Références

L'équipe

Fabienne Sintès, de 18h à 20h avec "Un jour dans le monde" et "Le téléphone sonne".
Fabienne Sintès, de 18h à 20h avec "Un jour dans le monde" et "Le téléphone sonne".
Fabienne Sintes
Production