L'éco-anxiété, le mal du XXIe siècle ?

L'éco-anxiété, le mal du XXIe siècle ?
L'éco-anxiété, le mal du XXIe siècle ? ©Getty - Klaus Vedfelt
L'éco-anxiété, le mal du XXIe siècle ? ©Getty - Klaus Vedfelt
L'éco-anxiété, le mal du XXIe siècle ? ©Getty - Klaus Vedfelt
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La crise climatique est en marche, et les conséquences environnementales s'annoncent catastrophiques. Alors que les experts annoncent les risques à venir, le développement des peurs et angoisses liées à ce futur instable s'accélère également.

Avec
  • Charline Schmerber Thérapeute, spécialiste de la solastalgie
  • Catherine Larrère Philosophe, professeure émérite à l'université de Paris I-Panthéon-Sorbonne, spécialiste des questions éthiques et politiques liées à la crise environnementale et aux nouvelles technologies

Parce que trop, c'est trop. Trop d'images d'incendie hors normes, trop de désolation autour des maisons noyées sous les crues, trop de rapports alarmistes sur le dérèglement climatique… Cette accumulation d'angoisse a fini par développer chez certains un nouveau mal, baptisé "éco-anxiété". Le terme est un peu fourre tout, mais il regroupe en fait diverses formes d'inquiétudes liées à la crise écologique. Ce mal moderne toucherait surtout les jeunes générations, témoins privilégiés du changement climatique.

Dès lors, comment peut-on parvenir à vivre en phase avec son éco-anxiété ? Quels peuvent être les symptômes de ce nouveau mal du siècle ?

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Avec nous pour en parler : 

  • Charline Schmerber, thérapeute spécialiste de la solastalgie 
  • Catherine Larrère, philosophe spécialiste de l'éthique de l'environnement 

Retrouvez ci-dessous quelques extraits de l'émission

Distinguer éco anxiété et solastalgie

Charline Schmerber explique la différence entre les deux termes :

  • l'éco anxiété, c'est ce qu'on appelle une détresse prospective : c'est imaginer l'avenir, ce qui risque d'arriver dans les années à venir, qui va générer chez l'individu tout un panel d'émotions : colère, tristesse, impuissance, peur.
  • la solastalgie est plutôt une détresse qui est rétrospective : on constate la perte d'un environnement qu'on a connu, qui a été dégradé et qu'on risque de ne pas retrouver.

Les collapsologues, premiers éco-anxieux ?

Catherine Larrère a publié l'an dernier un essai à contre courant des collapsologues, intitulé Le pire n'est pas certain. Essai sur l'aveuglement catastrophiste. Elle explique : "Il ne s'agit pas de nier que l'appréhension de ce qui vient et de ce qui s'est déjà passé a de quoi rendre inquiets, anxieux. De là à dire que tout va s'effondrer, c'est le pas qu'ils franchissent et c'est ce qu'on peut remettre en cause.

Dans l'éco-anxiété, il y a la constatation de ce qui se passe, l'appréhension de ce qui va se passer, mais il y a aussi un sentiment d'impuissance. Celle-ci est entretenue par les données globales que nous avons : lire un rapport du GIEC, si on en reste là, ça ne remonte pas le moral. L'important, ce n'est pas de continuer le rapport du GIEC au-delà de ce qu'il dit (car les rapports du GIEC ne disent pas que tout va s'effondrer), mais de retrouver une certaine forme de puissance

Charline Schmerber ajoute, en s'appuyant sur son expérience en tant que thérapeute : "Les personnes qui arrivent [dans mon cabinet] en ayant découvert cette théorie de l'effondrement arrivent avec des scénarios catastrophes assez perturbants. 

Il faut pouvoir mettre un autre imaginaire, déconstruire ces récits pour pouvoir retrouver de la sécurité et un sentiment d'espérance. 

L'éco anxiété, un mal qui isole

Comment réagir face à cette éco-anxiété, en cabinet ? "La première chose, c'est de pouvoir en parler", explique Charline Schmerber. La première chose qu'elle dit aux personnes qui arrivent dans son cabinet, c'est : 

Votre angoisse est légitime. L'éco anxiété n'est pas une pathologie, c'est vraiment une réaction émotionnelle adaptative qui est adaptée à la situation actuelle. Vu l'état actuel du monde, c'est plutôt normal d'être anxieux.

C'est important de pouvoir entendre ça, d'autant plus que c'est un sujet qui isole beaucoup. Je me rends compte que chez les personnes que j'accompagne, souvent, c'est difficile d'en parler avec le conjoint, avec la famille, parce qu'on passe pour le Cassandre, le porteur de mauvaises nouvelles. Donc c'est des gens qui se retrouvent assez isolés parfois, et qui ont du mal à en parler. Je reçois aussi des gens qui ont accès à des connaissances assez poussées donc, ce n'est pas vraiment partageable avec avec le reste de l'entourage. Donc c'est vraiment rechercher du lien".

Que faire pour être moins éco-anxieux ?

"Ce sentiment d'éco-anxiété peut, parfois, figer et générer chez la personne une forme d'éco-paralysie, c'est-à-dire qu'on ne bouge plus. 

On se sent tellement impuissant que c'est l'immobilité.

Charline Schmerber : "Parmi les stratégies qui permettent aux personnes de vivre avec (parce que je ne pense pas qu'on puisse le dépasser complètement, il faut apprendre à vivre avec), ce qui leur permet d'aller mieux, c'est de se sentir utile

Donc en faisant des petits gestes ("éteignez la lumière quand vous sortez d'une pièce", "prenez des douches et par des bains", etc.), en faisant des transitions écologiques au sein du foyer. Il y a des gens qui changent carrément de métier parce qu'ils ne sont plus en adéquation avec leurs valeurs. D'autres rejoignent des collectifs (AMAP, collectifs militants...), de manière à pouvoir trouver des personnes avec lesquelles ils vont pouvoir partager des valeurs communes. 

Le collectif est très important ; c'est vraiment un levier pour pour sortir de ce sentiment.

Catherine Larrère renchérit : "Se retrouver dans une même peine et dans une même difficulté, ça aide à s'en sortir".

Elle dit aussi : "On a l'impression que les petites gestes sont dérisoires. [Mais ce n'est pas le cas] : il y a des calculs qui sont faits, et par exemple sur le changement d'alimentation, manger beaucoup moins de viande, ça peut avoir des effets très importants sur les émissions de gaz à effet de serre". 

Nombreux sont ceux qui ont peur pour leurs enfants, petits-enfants

Catherine Larrère : "Un philosophe américain, Sam Scheffler, a montré que ce qui nous permet de surmonter notre finitude (le fait qu'on mourra tous), c'est la confiance que des générations futures nous continuerons. [C'est pourquoi] même pour des gens qui seront morts quand on arrivera à 3°C, une peur sur la fin de l'humanité peut entraîner une angoisse. 

Moi, ce que je réponds, c'est de regarder ce qui se passe parce que, d'une part, il y a ce dont on est spectateur passif, les 16 millions d'hectares qui ont brûlé en Sibérie cet été, ce qui est énorme quand on y pense, ça provoque une sidération. Mais il y a aussi des quantités de choses positives qui se passent dans le monde".

Le reste à écouter 

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