Peut-on protéger les enfants sans empiéter sur leur vie privée ?
Peut-on protéger les enfants sans empiéter sur leur vie privée ? ©Getty - Maskot
Peut-on protéger les enfants sans empiéter sur leur vie privée ? ©Getty - Maskot
Peut-on protéger les enfants sans empiéter sur leur vie privée ? ©Getty - Maskot
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Dans son rapport annuel publié le 17 novembre dernier, la Défenseure des droits, Claire Hédon, alerte sur les multiples atteintes au droit à la vie privée des enfants. Comment protéger les enfants sans empiéter sur leur vie privée ?

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Entrer dans la chambre de son fils sans frapper, dans la salle de bain sans se demander si sa fille est sous la douche, ne pas prévenir quand on est médecin qu'on va toucher un enfant, regarder dans le téléphone de ses enfants, régulièrement ou pas... Autant d'exemples d'intrusion dans la vie privée des enfants ? Elle est compliqué à définir, cette vie privée. Puis d'abord, ça commence à quel âge ?

On ne parle pas de la même chose quand un enfant a sa chambre et son univers et qu'un autre vit avec beaucoup de frères et sœurs dans un tout petit espace ou encore dans un foyer. Il y a le corps, l'espace, les outils, ceux qui ont des parents, et il y a les mineurs en foyer par exemple. Mais au fond, on parle de la même vulnérabilité. Et c'est aussi de ça que parle l'Office central pour la protection de l'enfance, nouvellement créé.

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  • Ne pas frapper avant d'entrer dans la chambre de son enfant, ou fouiller dans ses affaires, est-ce une atteinte à la vie privée ?
  • Comment encadrer les pratiques numériques de ses enfants tout en respectant leur vie privée ?
  • Comment éduquer les enfants, mais aussi les parents au respect de la vie privée en ligne ?
  • Quel rôle doit jouer l’école dans la lutte contre le cyberharcèlement ? Comment former les responsables éducatifs ?
  • Géolocaliser ses enfants, est-ce une atteinte à leur vie privée ?

Le droit à la vie privée des enfants

Le rapport annuel de la Défenseure des droits, Claire Hédon, est dédié cette année à la vie privée des enfants. Avec le Défenseur des enfants, Éric Delemar, ils mettent en garde contre les nombreuses atteintes à ce droit.

Ce rapport rappelle qu’il est essentiel pour les enfants de disposer d’un espace privé et que celui-ci soit respecté. Il met également en évidence l’importance du respect de l’intimité corporelle des enfants.

Le droit au respect de la vie privée entretient donc un lien indissociable avec le droit d’être protégé contre toute forme de violences. En particulier des violences qui peuvent s’exercer dans la sphère intime, notamment les violences sexuelles, portant atteinte à chacun de ces deux droits.

Un droit à la vie privée touchant également les sphères numérique et médiatique en ligne, alors que 25% des collégiens déclarent avoir connu au moins une atteinte à leur vie privée en ligne. Les réseaux sociaux sont en effet devenus le théâtre d’une multitude de violences, comme le cyberharcèlement, le cybersexisme, ou le revenge porn. D’ailleurs, les atteintes à la vie privée en ligne ne sont pas seulement l'œuvre des enfants entre eux, mais aussi de certains parents, qui diffusent sans leur consentement des photographies ou vidéos de leurs enfants sur les réseaux sociaux, sans en mesurer toujours les conséquences.

Avant tout, une question de confiance

Les adultes ne savent parfois pas à quel moment le souci de protection empiète sur la liberté des enfants. C'est avant tout une question de confiance et de respect entre parents et enfants.

Claire Hedon, défenseure des droits, précise : "La vie privée existe pour tous les enfants, quel que soit leur âge. Mais c'est évidemment à mettre en balance avec un devoir de sécurité de la part des parents : comment on équilibre ça avec la protection de la vie privée et la sécurité. Et je trouve que la confiance, elle, est essentielle. Que les parents posent un certain nombre de questions, qu'il y ait un contrôle parental quand les enfants vont sur des sites Internet, pas de souci, mais l'enfant doit être prévenu. Il doit savoir ce qui est contrôlé. Et donc je pense que la confiance se fait dans les deux sens, parce que les enfants ont confiance en leurs parents et les parents ont confiance en leurs enfants. Et finalement, la protection de la vie privée, elle passe par cette confiance l'un dans l'autre."

Il n'y a pas de doute qu'il y a un devoir de protection de la part des parents mais en ne prenant pas l'enfant au dépourvu, en le prévenant de ce que l'on fait. C'est une question d'équilibre car il existe des situations de dangers qu'il faut prévenir. Cela passe aussi par l'écoute attentive des enfants. Claire Hedon est assez frappée, dans les réclamations qu'elle reçoit, du nombre de problèmes de harcèlement qui démarre à l'école, qui dérive sur les réseaux sociaux et ou effectivement, il y a eu un retard dans la prise en charge, un retard dans l'écoute de la parole de l'enfant, alors qu'il y avait des signes avant-coureurs. Au bout d'un moment, ce que l'on observe, c'est que c'est presque l'enfant victime qu'on change d'école et qu'on change de lieu, alors qu'il faudrait certainement que ce soit plus les auteurs du harcèlement.

L'éducation à l'école, primordiale

Claire Hedon tient à rappeler le rôle primordial de l'école. Pour elle, il faudrait une éducation numérique pour expliquer les dangers, ce qu'ils risquent de trouver en ligne, les erreurs à éviter. Selon elle, ces formations devraient être renouvelées tous les ans, car quand l'enfant grandit, on ne lui donne pas les mêmes conseils. Il évolue dans ce qu'il a envie de faire et en parallèle cette éducation numérique devrait s'adapter.

C'est aussi une véritable éducation à la sexualité qu'il faudrait donner aux jeunes. Claire Hedon rappelle que celle-ci est obligatoire dans la loi depuis 2001, et qu'il n'y a que 15% d'effectivité de ces cours. Un des moyens de lutter contre les violences faites aux enfants et les violences sexuelles, c'est l'éducation à la sexualité. L'enfant peut alors comprendre que ce qui se passe à la maison n'est pas normal.

Protéger la vie privée, quelques conseils

Pour les ados eux-mêmes, voici un conseil avisé : ne poster ou partager de vidéo que si on fait des choses qu'on serait aussi capable de faire dans la rue.

Pour les parents : ne pas fouiller dans les affaires, ne pas rentrer dans la chambre sans demander l'accord...

🎧 Pour en savoir plus écoutez l'émission...

3 min

L'équipe

Fabienne Sintès, de 18h à 20h avec "Un jour dans le monde" et "Le téléphone sonne".
Fabienne Sintès, de 18h à 20h avec "Un jour dans le monde" et "Le téléphone sonne".
Fabienne Sintes
Production
Marie-Claude Pinson
Coordination
Amélie Stadelmann
Collaboration
Pierre Dessertenne
Collaboration
Mathilde Texier
Collaboration
Emma Férey
Collaboration
Nathalie Poitevin
Réalisation
Tristan Gratalon
Réalisation
Fabienne Sintès, de 18h à 20h avec "Un jour dans le monde" et "Le téléphone sonne".
Fabienne Sintès, de 18h à 20h avec "Un jour dans le monde" et "Le téléphone sonne".
Fabienne Sintes
Journaliste