L'astronaute Thomas Pesquet, janvier 2022
L'astronaute Thomas Pesquet, janvier 2022
L'astronaute Thomas Pesquet, janvier 2022 ©AFP - STEPHANE DE SAKUTIN
L'astronaute Thomas Pesquet, janvier 2022 ©AFP - STEPHANE DE SAKUTIN
L'astronaute Thomas Pesquet, janvier 2022 ©AFP - STEPHANE DE SAKUTIN
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Résumé

Ce soir, au Téléphone sonne, c’est avec Thomas Pesquet que vous dialoguerez. On lui demandera ce qu’il fait depuis son retour sur terre en novembre 2021, ainsi que ses projets pour la suite…

avec :

Thomas Pesquet (Astronaute à l'agence spatiale européenne).

En savoir plus

Il y a six mois, Thomas Pesquet terminait sa deuxième mission à bord de l’ISS, la Station spatiale internationale. Après 200 jours en orbite, L’astronaute français se disait fier d’avoir « représenté la France dans l’espace », avant de lancer « La prochaine fois la lune ? ».

Depuis son retour, quels sont les projets de l’astronaute préféré des Français ? On lui demandera, ce soir, dans le Téléphone sonne.

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Toutes vos questions pour Thomas Pesquet au standard de Radio France - 01 45 24 70 00 -, sur l'application France Inter et par e-mail à l'adresse telsonne@radiofrance.com.

Extraits de l'entretien

Après avoir parlé retour sur terre, conséquences de missions longues dans l'éventualité d'un voyage humain sur Mars, et avant de parler de ce qui l'occupe aujourd'hui (recrutement, mission pour Aviation sans Frontière), l'astronaute a été interrogé sur la coopération avec les Russes.

Relation avec les Russes dans l'ISS

À la question "Peut-on Parler politique avec les Russes dans l'ISS ?", Thomas Pesquet répond : "C'est une bonne question, surtout en ces temps troublés. On n'en parlait pas vraiment dans l'ISS.

Mais depuis que la Russie, a commencé à avoir des velléités de revoir les frontières immédiates autour d'elle, ce n'était pas vraiment du goût de qui que ce soit côté occidental. Donc, les conversations étaient déjà difficiles, il y a quelques années. Elles sont d'autant plus maintenant qu'il y a des gens qui tombent sous les bombes ou sous les balles.

Les personnes qui composent les équipages sont ouvertes. Ce sont des gens qui ont voyagé à l'étranger, qui connaissent l'importance de travailler en coopération. Ce ne sont probablement pas des gens qui applaudissent des deux mains ces guerres.

Évidemment, tout le monde a des sensibilités un peu différentes. Si j'étais dans la station et que j'étais encore commandant de bord, il aurait fallu sans doute avoir une petite discussion, pour clarifier les choses. Mais au sein de l'équipage, il faut fonctionner ensemble. On est tous dans le même navire. Il ne s'agit pas de se tirer dans les pattes."

Et aujourd'hui ?

Fabienne Sintès lui demande s'il en discute aujourd'hui avec d'autres astronautes ?

Thomas Pesquet explique que "C'est difficile. Il y a maintenant une loi qui stipule que si on critique la guerre, on se retrouve en prison. Donc, je ne suis pas certain que mes collègues russes se sentent libres d'exprimer leur opinion pleine et entière. On échange sur Signal, et je n'ai rencontré personne qui m'ait dit que la guerre en Ukraine était une très bonne chose.

Sophie Becherel comprend qu'il est un peu revenu en arrière : "Au moment de votre mission dans l'ISS, vous vous m'aviez dit qu'il y avait deux tabous à bord : la religion et la politique"

Thomas Pesquet explique l'exception : "Là, il aurait fallu en parler. On ne pouvait pas faire semblant. Je pense qu'ils en ont parlé juste ce qu'il fallait pour s'assurer que tout le monde restait bien ami à bord. Mais c'est certain, quand on mélange des personnes qui ont une formation militaire, comme un pilote russe né en Crimée avec des Américains, né au Texas : les vues diffèrent un peu.

Nous, les Européens, avons toujours eu le rôle de médiateur. Ne serait-ce que parce qu'en général, on parle un peu mieux russe que les Américains.

Sophie Becherel s'interroge : "Avec la crise en Ukraine, peut-on imaginer que chacun reste chez soi. Les Russes dans les segments russes et les Américains ?"

Pour Thomas Pesquet : "C'est compliqué, la station est un seul navire. Les personnes sont par obligation professionnelles dans leur secteur. Et les rencontres se font le soir et le week-end."

L'avenir de la coopération spatiale

Sophie Becherel lui demande "Est-ce que la guerre en Ukraine pourrait selon vous avoir des conséquences sur la coopération spatiale et sur l'ISS en particulier ? Cela vous inquiète ?"

"Ca m'inquiète. Mais pour l'instant la plus grosse des priorités, est que les gens ne meurent pas. La coopération spatiale, on verra plus tard.

Mais cela fait 25 ans qu'on a réussi à coopérer pour des raisons scientifiques avec des gens qui n'étaient pas forcément amis. Je trouvais que c'était vraiment quelque chose d'extrêmement positif et le fait qu'on remette ça en cause est dommage. On risque de faire un petit retour en arrière dans nos programmes. Mais être moins dans la coopération que ça n'a été. Ce n'est pas ça le sens de l'histoire."

Plus d'Europe

Sophie Becherel poursuit : "Est-ce que ce qui se passe aujourd'hui pourrait inciter l'Europe à défendre une position un peu différente ? C'est-à-dire un accès indépendant à l'espace et notamment à l'espace habité ? Aujourd'hui, seuls les Américains, les Chinois et les Russes sont en capacité d'aller dans l'espace."

"Un satellite Soyouz russe devait être tiré depuis la Guyane. Et l'une des premières conséquences de la crise est que tous les ingénieurs russes ont été rapatriés en Russie.

Au delà de la question des vols habités se pose la question d'une plus grande autonomie de notre programme. La coopération, c'est bien, c'est dans notre ADN, mais il faudrait être capable de se débrouiller seuls lorsqu'on en a besoin. Cela participerait à la vie de l'Europe, au développement de l'Europe, de la défense européenne, et de la diplomatie européenne... Ce sont des choses sur lesquelles on avait du mal à s'accorder avant. Mais c'est en train de changer. Malheureusement, comme souvent, il faut une catastrophe comme la crise en Ukraine pour que les choses changent !"