Trottinettes électriques : comment bien partager la voie publique ?

Comment bien partager la voie publique ?
Comment bien partager la voie publique ? ©Getty - Alphotographic
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Dans un entretien donné au “Parisien” le 14 janvier, la maire de Paris Anne Hidalgo a annoncé vouloir interdire les trottinettes en libre-service à Paris. Un référendum aura lieu le dimanche 2 avril pour sceller le sort de ces véhicules. Comment bien partager la voie publique ?

Avec
  • Frédéric Heran économiste et urbaniste, maître de conférences à l’Université de Lille 1 et chercheur au CLERSE (Centre lillois d’études et de recherches sociologiques et économiques)

Une crispation règne toujours autant autour de la trottinette électrique. Anne Hidalgo va soumettre l'interdiction de l'accès en libre-service à ce mode de transport dans quelques semaines.

Paris compte environ 15 000 trottinettes en libre-service. L’entreprise Fluctuo, qui observe et analyse les services de micro mobilités, estime une hausse des trajets de 90% de septembre 2021 à août 2022. Face à la multiplication des modes de déplacements en ville, comment organiser au mieux la voie publique ?

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Le nombre important de véhicules de micro-mobilité peut en effet poser des problèmes de sécurité. Selon un rapport de l’Académie nationale de médecine publié en novembre 2022, “le nombre de blessés EDPM (Engins de déplacement personnels et motorisés) a augmenté de près de 180 % par rapport à 2019, sur la période d’août 2021 à juillet 2022” sur l’ensemble du territoire. On compte 22 décès en 2021.

Le Conseil national de la sécurité routière a d'ailleurs recommandé en novembre dernier de “définir légalement” le trottoir comme étant “réservé à l’usage du piéton”. D’autres pays européens comme le Royaume-Uni et le Danemark ont décidé d’interdire les trottinettes électriques en libre-service, au moins en centre-ville. En France, la ville de Villeurbanne a banni les trottinettes de ses trottoirs en 2019

Depuis 40 ans, les moyens de transports fleurissent dans nos rues. Dans les années 80, on se battait pour empêcher les voitures de se garer sur les trottoirs, puis est venu le temps des couloirs de bus, l'explosion des trajets en scooter, le boum du vélo doublé de celui du vélo électrique et maintenant le succès des trottinettes à batterie. On devrait s'en réjouir, mais malheureusement, cette cohabitation suscite de plus en plus de tensions et de dégâts. L'accidentologie des trottinettes électriques est devenue un problème sanitaire majeur, nous dit l'Académie de médecine quand elles ne sont pas déposées n'importe où par les usagers de ces engins en libre-service.

  • Comment aménager la chaussée pour permettre à tous de circuler en sécurité ?
  • Quel avenir pour les véhicules en libre accès dans les villes ?
  • Quelle régulation pour ces nouveaux types de véhicules ?
  • Comment mieux se déplacer ensemble ?
  • Faut-il en passer par des interdictions ?
  • Changer le code de la route, établir des priorités entre les modes de transport ?

La trottinette électrique pose la question du partage de la voie publique. On parle avec Frédéric Héran, économiste et urbaniste, maître de conférences à l'université de Lille 1, qui étudie les nouvelles formes de mobilité dans nos villes et Jean-René Albertin, président d'une association qui milite contre ce qu'il appelle l'anarchie urbaine. Ce qui est déterminant selon les deux spécialistes, c'est certes les comportements et les aménagements, mais aussi la constitution technique du véhicule et la réglementation. Quatre éléments qui doivent être articulés ensemble pour que ça fonctionne pour le mieux.

La trottinette reste encore un mode de transport risqué et dangereux

Comme tout mode de transport lourd et rapide

De ce point de vue, les trottinettes électriques posent davantage question du point de vue des accidents provoqués, tant ceux-ci peuvent être très dangereux. Elles posent ainsi beaucoup plus de problèmes que les modes non motorisés. Frédéric Héran commence par rappeler que "le danger augmente selon la vitesse et la masse du véhicule. Le risque d'accident à trottinette électrique est bien plus élevé et dangereux qu'à vélo, aussi élevé qu'en moto et bien plus élevé qu'à pied. Comme tout mode de transport lourd et motorisé, il représente tout naturellement un mode beaucoup plus dangereux".

En cela, la réduction de l'ensemble des vitesses de circulation est plus que déterminante : "Quand tout le monde roule lentement, on peut cohabiter sans séparer les flux. C'est le principe même des zones de rencontre. On peut mettre tout le monde dans le même espace à petite vitesse, à moins de 20 km/h.

L'Académie de médecine nous rappelle que ce sont les conducteurs qui sont le plus souvent les principales victimes et percutent non pas une personne, mais un élément de la route, un nid de poule, ou rencontrent un défaut de revêtement de la chaussée.

Un mode de mobilité qui n'est pas encore suffisamment abouti

Quand on compare avec les autres modes de transport (vélo, voiture, scooter…), la trottinette présente une conception qui est insuffisamment aboutie et qui doit selon l'économiste et urbaniste continuer à évoluer dans les années qui viennent si on veut arriver à un meilleur partage de l'espace public : "C'est un mode de transport très instable. Son centre de gravité encore assez élevé expose son conducteur à des risques de basculement très facilement vers l'avant. Sans compter que les roues sont petites et peuvent rentrer dans un nid de poule très facilement. La plateforme n'est pas assez large pour les pieds. Quand on regarde le véhicule, il n'est pas du tout abouti. Avant lui, le vélo a subi 25 ans d'innovations au XIXᵉ siècle pour arriver au vélo de sécurité et devenir enfin un mode de transport abouti et plus sécurisant".

Les trottinettes ne respectent pas suffisamment le code la route ?

Si les accidents et les risques restent élevés, c'est aussi parce que beaucoup de conducteurs ne respectent pas le code de la route ou les simples règles de bienséance. Selon Jean-René Albertin "on peut faire tous les meilleurs aménagements qui soient, s'il n'y a pas à un moment une règle à respecter, autrement dit le code de la route, ça ne sert strictement à rien du tout. Pour ce faire, il faut des policiers municipaux. C'est un problème de comportement individuel dans le respect de l'autre qui passe avant tout par le respect du code de la route. Il faut se donner les moyens de faire respecter la loi."

▶︎ La suite à écouter…

Avec nous pour en parler

  • Frédéric Héran, Économiste et urbaniste, maître de conférences à l'Université de Lille 1
  • Jean-René Albertin, Président de l’Association philanthropique action contre l’anarchie urbaine vecteur d’incivilité (Apacauvi)

Mais aussi, toutes vos questions et vos témoignages au standard de Radio France - 01 45 24 70 00 -, sur l'application France Inter et par e-mail à l'adresse telsonne@radiofrance.com

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