Nouvelles voies : ces jeunes qui ont inventé leur métier

Image d'illustration.
Image d'illustration. ©Getty - Jeff Greenberg
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Pour se faire entendre dans le monde et avancer à leur manière, les jeunes gens empruntent des chemins différents. Ils savent utiliser les outils du XXIe siècle pour inventer ce qui leur manque. Les réseaux sociaux sont désormais pour eux un outil de travail.

Avec
  • César Roussel Créateur de la chaîne What’s Up World sur TikTok, consacrée à la culture générale
  • Uliana Mosorko Co-fondatrice du comité de coordination d’aide à l’Ukraine
  • Margaux Brugvin Créatrice de contenus “Histoire de l’art et de femmes”

Créateurs de contenus et autoentrepreneurs, Margaux Brugvin, Guillaume Benech et César Roussel ont inventé leur métier grâce aux réseaux sociaux. Parce qu’ils ne se retrouvent pas dans ce que proposent les journaux, la télévision ou la radio, ces jeunes gens ont décidé de sortir des sentiers battus et d’emprunter leur propre voie.

Diplômée de l’école du Louvre, Margaux Brugvin a constaté qu’on ne parlait jamais des artistes non-occidentaux ou des artistes femmes. Pendant le confinement, elle a donc décidé de profiter de son temps libre pour lancer son compte Instagram consacré à l’Histoire de l’art et les femmes. Depuis, elle présente tous les dimanches une artiste qu’elle aime et veut mettre en valeur, et s’attelle à déconstruire l’histoire de l’art, grâce à des vidéos.

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Elle explique comment cela s'est passé : "Pendant mes cinq ans d'études, je ne me rends absolument pas compte que je n'étudie jamais une seule artiste femme et je pense qu'à l'époque, je me dis en fait que c'est normal, pendant des siècles, elles ont été confinées dans leur foyer. J'ai été diplômée en 2013 et je pense que c'est en 2017, avec la prise de conscience féministe générale, que je me suis dit qu'il fallait que je me plonge un peu dans la production de 50 % de l'humanité et c'est là que j'ai ouvert une boîte aux merveilles. J'ai découvert des centaines d'artistes extraordinaires dont je n'avais jamais entendu parler."

Guillaume Benech a créé dès 2012 un magazine culturel avec des jeunes et pour les jeunes. Entre-temps, il est élu plus jeune entrepreneur de France à l’âge de 15 ans, et nommé à 18 ans parmi les 100 personnes les plus inspirantes par le magazine L’Express. Chroniqueur littéraire pour le Journal de Mickey, au Grand Journal de Canal+ et sur Paris-Première, il est aussi l’auteur de trois romans. Actuellement, il dirige Odace Media, une société créant des contenus sur les réseaux sociaux pour des marques et institutions.

César Roussel, étudiant à l’EM Lyon Business School, est quant à lui le fondateur de la chaîne TikTok, What’s Up World, consacrée à la culture générale. Créé en 2020 pendant le confinement, son compte s’adressait d’abord à ses amis, puis s’est étendu à un plus large public. Il a sorti cette année un livre et un jeu de société.

  • Pourquoi ont-ils choisi cette voie ? Comment ont-ils fait ?
  • Comment gagnent-ils leur vie ?
  • Comment gèrent-ils leur communauté ?
  • Ont-ils envie de s’orienter à l'avenir vers des médias plus traditionnels ?

Leur rapport avec les réseaux sociaux

Les invités ont réussi à monter leur entreprise, et à valoriser leur travail et leurs contenus grâce aux réseaux sociaux.

Selon  Margaux Brugvin, c'est avant tout une question de liberté d'avoir créé son projet sur les réseaux sociaux. Elle a d'abord travaillé dans le milieu plus classique de l'art, mais ne s'y sentait pas vraiment à sa place. Elle explique : "J'ai mis très, très longtemps à trouver ma place, à me sentir à ma place dans le monde de l'art, et il a fallu que je m'en éloigne pas mal pour revenir par un autre chemin, celui des réseaux sociaux. Et effectivement, avoir toute la liberté dont j'avais besoin."

Elle n'avait pas anticipé son succès sur les réseaux sociaux : "J'ai fait ça vraiment parce que c'était ce qu'il avait de plus accessible, de plus facile. Il suffit d'un téléphone et de beaucoup de courage quand même pour s'afficher sur les réseaux sociaux. Et en fait, je pensais qu'il y aurait une micro-niche qui s'intéresserait à l'histoire de l'art avec un angle féministe en plus. Et j'ai été très étonnée. Je pensais gagner 1 000 followers en un an. En trois mois, il y en avait 10 000 et ça a continué à évoluer après. Je me suis totalement laissé porter. Je n'ai pas du tout vu venir la chose et c'est extrêmement gratifiant."

Un autre avantage décrit par Guillaume Benech est que les réseaux sociaux permettent de se faire connaître et d'acquérir une communauté plus rapidement, d'évoluer aussi plus vite suivant les attentes des personnes qui le suivent : "Ça permet aussi de se construire et d'évoluer beaucoup plus rapidement. Un livre, c'est un objet qui reste, qui est définitif. Les réseaux sociaux, ça évolue très rapidement, donc on peut corriger un peu le tir. On peut évoluer au fur et à mesure dans son contenu, prendre en compte les critiques constructives et du coup, on construit avec les personnes qui nous suivent."

Une auditrice du "Téléphone Sonne" s'interroge notamment sur cette relation que les jeunes entretiennent avec les réseaux sociaux, TikTok étant par exemple un réseau social chinois, et trouve ce lien tout à fait critiquable.

Margaux Brugvin plussoie : "C'est très juste ce qu'a soulevé cette auditrice sur le fait qu'on soit sur TikTok et Méta. C'est aussi des questions que je me pose beaucoup, qu'on est assez nombreux à se poser. Instagram, ça a permis à énormément de voix militantes ou de voix engagées d'émerger, des voix qu'on n'entendait pas ailleurs. C'est assez paradoxal. C'est aussi merveilleux qu'on puisse avoir accès à un large public en même temps. Mais effectivement, moi, dès que je parle de transidentité ou que je montre des artistes qui peuvent se montrer en partie nus et qui ne correspondent pas aux normes des corps qu'on veut, ou plutôt que Méta veut voir, je suis systématiquement censurée donc c'est une vraie question."

Pour Guillaume Benech, l'utilisation des réseaux sociaux fait partie du jeu. Ils sont désormais le plus grand média. Pour lui, les gens se posaient moins la question quant à la télé ou à la radio, et ils n'avaient aucun impact sur ce qu'ils consommaient. Pour lui, sur les réseaux sociaux : "On a de la culture, on a de l'art, de l'actualité. On a tout type aujourd'hui de sujets qui sont traités et on est capables de filtrer beaucoup plus que ce qu'on filtrait avant, quand on est devant sa télé et qu'on regarde un programme, on ne choisit pas le contenu éditorial qu'on va consommer. Aujourd'hui, quand on va sur un réseau social, on est capable de faire réellement son choix et de regarder ce qu'on a envie de regarder. C'est ce qui fait toute la différence."

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Grand bien vous fasse !
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