Comment vivre avec des troubles bipolaires ? ©Getty - CasarsaGuru
Comment vivre avec des troubles bipolaires ? ©Getty - CasarsaGuru
Comment vivre avec des troubles bipolaires ? ©Getty - CasarsaGuru
Publicité
Résumé

A l’occasion de la journée mondiale de la bipolarité ce 30 mars, nous revenons sur les difficultés engendrées par les troubles bipolaires, pour ceux qu’ils touchent, mais aussi leurs proches. Aujourd’hui, comment vivre avec la bipolarité ?

avec :

Marion Leboyer (psychiatre, directeur des départements universitaires de psychiatrie des hôpitaux Henri Mondor à Créteil, responsable des Centres Experts Autisme sans déficit intellectuel de la fondation FondaMental.).

En savoir plus

Depuis 2015, la journée mondiale des troubles bipolaires a lieu le 30 mars, date choisie en hommage à Vincent van Gogh, qui était atteint de cette pathologie. En France, les troubles bipolaires concernent entre 1 et 2 % de la population, et se révèlent la plupart du temps entre l’adolescence et l’âge adulte. En moyenne, il faut dix ans pour obtenir un diagnostic.

Malgré le nombre de personnes atteintes par des troubles bipolaires, ces pathologies demeurent mal comprises et entourées de nombreux clichés. Or vivre avec cette maladie est possible, malgré les difficultés, et les personnes bipolaires ne sont pas condamnées à une vie en marge de la société.

Publicité
  • Comment vivre avec la pathologie pour les personnes bipolaires et leurs proches ?
  • Comment se fait le diagnostic ? Comment traiter la bipolarité ?
  • Comment retrouver une vie active ? 

Avec pour en parler 

Marion Leboyer, Professeure de psychiatrie à l’université Paris-Est Créteil, et responsable du pôle psychiatrie et addictologie des hôpitaux universitaires Henri-Mondor à Créteil. Directrice de la fondation FondaMental. Auteure de Réinventer notre santé mentale avec la Covid 19 (Odile Jacob) 

Jean-Christophe Leroy, Président de l’association PositiveMinders (association de patients, de professionnels de santé pour une meilleure prise en charge des maladies psychiques)

Comment la maladie se déclenche-t-elle et comment en prendre conscience ?

Si les troubles bipolaires sont ceux qui se traitent le mieux parmi l'ensemble des maladies mentales, les deux spécialistes admettent que son diagnostic et sa prise de conscience sont souvent très tardives d'où une errance médicale sur le sujet : "certes, c'est une des seules pathologies où on a un traitement préventif et la capacité d'identifier un certain nombre de stratégies thérapeutiques suivant les cas, mais le diagnostic se fait en moyenne sur 9 ans, autant d'années qui sont le risque de rechutes, de difficultés personnelles, familiales, professionnelles, alors même qu'on a des traitements stabilisateurs de l'humeur qui sont efficaces dans un très grand nombre de cas quand on sait de quels troubles bipolaires il s'agit. Sans compter les tabous et les dénis, qui continuent de paralyser sa prise en charge en amont". 

En France, il faut en moyenne 9 ans pour poser un diagnostic de trouble bipolaire.

Marion Leboyer rappelle que les études ont montré "que la maladie pouvait se déclencher à tout âge, avec un tableau clinique différent (précoce, intermédiaire et tardif) et que c'est une pathologie dont on sait aujourd'hui qu'elle a un terrain génétique, et héréditaire. Une vulnérabilité génétique face à un certain nombre de facteurs environnementaux, qui peuvent se traduire dans un changement de rythme, un manque de sommeil, une grossesse, et qui peuvent déclencher la maladie… À savoir que plus les troubles bipolaires sont traités tôt, plus ils évitent au malade de développer un trouble bipolaire généralisé (à cycles rapides).

Deux grands types de symptômes diagnostiqués 

L'enseignante en psychiatrie précise qu'il y a en général deux types de causes chez les personnes atteintes de troubles bipolaires :

Quand la maladie débute par un épisode dépressif, "il faut, explique-t-elle, aller chercher des antécédents familiaux de trouble bipolaire, des petits épisodes maniaques souvent masqués qui ne suffisent pas pour alarmer dans l'immédiat. Il faut aller chercher des facteurs déclenchant comme une difficulté de sommeil, ou un stress particulièrement important. 

Quand la maladie débute par un épisode maniaque, cela se traduit par les idées qui vont extrêmement vites, les projets fusent. Il y a parfois des prises de risque particulièrement dangereuses. Il y a une impression de toute-puissance et de mégalomanie, une absence de sommeil, le signe le plus caractéristique, une accélération de tous les processus cognitifs et physiques. Puis, il y a l'épisode maniaque dont le seuil est beaucoup plus dangereux pour le patient qui peut commettre des actes pour lui-même, car son fonctionnement peut se retrouver très altéré". 

La bipolarité n'est pas une maladie uniforme

Elle invite à déconstruire l'expression de la "bipolarité" qui, loin d'être une seule et même, peut se traduire de plein de manières différentes. Chaque maladie liée aux troubles bipolaires est spécifique et très dépendante de chaque personne car, "il existe plusieurs formes d'expression de la bipolarité, qui peuvent être associées à des comorbidités d'addiction ou à un trouble cognitif ou bien à un manque de sommeil… Vous n'allez pas retrouver tous ces troubles de façon identique chez toutes les personnes qui souffrent de bipolarité". 

Les troubles bipolaires sont un ensemble très complexe et très hétérogène de pathologies, avec des tableaux cliniques et des causes différentes

Une maladie qui requiert un traitement spécifique et individuel

On peut aller parfaitement bien, rassure-t-elle, mener une vie normale, mais à condition de bien respecter son traitement et un certain nombre de règles pour préserver sa santé en général et accompagner la guérison : "chaque traitement sera différent et consistera avant tout à apprivoiser sa propre maladie, pour prévenir sur le long terme ses rechutes dépressives et maniaques. Cela demande des séances de psychothérapies, de psychoéducation ou bien de remédiation cognitive pour mieux saisir les facteurs de troubles, les stratégies thérapeutiques. Sans oublier les règles d'hygiène de vie comme avoir un sommeil régulier, une activité physique régulière, surveiller son poids, éviter tous les excitants…"

La communication et le dialogue essentiels

Le malade n'est pas le seul concerné par ses troubles. Ses proches sont tout aussi indispensables dans le processus de guérison et dans le cadre du traitement général. L'écoute et la communication sont primordiales pour éviter tout potentiel déni ou absence de prise de conscience. Marion Leboyer estime que la seule bonne réponse est d'en parler à ses proches : "Il est indispensable pour un proche d'apprendre à vivre avec la personne de son entourage qui est malade, car "les proches doivent eux aussi apprendre à rester à l'écoute, afin d'en parler sans tabous pour trouver les meilleurs clés possibles". 

Jean-Christophe Leroy ajoute que"les proches permettent souvent de mieux comprendre les signes de la maladie, de mieux gérer les stimuli, de découvrir l'effet des médicaments, d'apprendre à leur proche de mieux réagir dans certaines circonstances de ses troubles et de créer un environnement pour que la personne se rétablisse du mieux possible". 

>>> La suite à écouter…

Références

L'équipe

Marie-Claude Pinson
Coordination
Tristan Gratalon
Réalisation
Nathalie Poitevin
Collaboration
Amélie Stadelmann
Collaboration