Réouverture des lieux culturels et commerciaux J-1 : que peut-on se permettre sans risque ni angoisse ? ©AFP - MEHDI FEDOUACH
Réouverture des lieux culturels et commerciaux J-1 : que peut-on se permettre sans risque ni angoisse ? ©AFP - MEHDI FEDOUACH
Réouverture des lieux culturels et commerciaux J-1 : que peut-on se permettre sans risque ni angoisse ? ©AFP - MEHDI FEDOUACH
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Résumé

Demain, les terrasses des bars et restaurants ainsi que la plupart des lieux culturels ouvriront de nouveau leurs portes après six mois de fermeture. Que peut-on s'autoriser afin de profiter de ces réouvertures tout en limitant les risques de propagation du virus ?

avec :

Karine Lacombe (Infectiologue et cheffe de service à l'hôpital Saint-Antoine à Paris), Michel Lejoyeux (Professeur de psychiatrie et d'addictologie à l'Université Paris Cité).

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Profitant de l’extension du couvre-feu à 21h, les terrasses ouvriront de nouveau mercredi 19 mai après de longs mois de fermeture. Six Français sur dix ont d’ores et déjà prévu de s’y installer à partir de mercredi, tandis qu’un peu moins de 20 % ont prévu de se rendre au cinéma et 10% au musée. 

Pourtant, si l’envie de sortir est bel et bien là, le virus, lui, n’a toujours pas disparu… Les limitations de jauge n’ont pas été imposées aux petites terrasses, mais le risque de contagion à l’extérieur est très faible. Les cinémas et les lieux clos, eux, semblent susciter moins d’enthousiasme, témoignant d’une certaine méfiance des Français quant à ce déconfinement

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À quoi ressemblera ce déconfinement ? Qu’avez-vous prévu de faire demain ? Qu’est-ce qui nous retient malgré tout ?  

Avec nous pour en parler :

  • Karine Lacombe, infectiologue et cheffe de service des maladies infectieuses à l’hôpital Saint-Antoine.
  • Michel Lejoyeux, psychiatre et chef du service de psychiatrie et d'addictologie à l'Hôpital Bichat. Il est également l'auteur de Les 4 temps de la renaissance (éditions JC Lattès, 2020).

Retrouvez ci-dessous des extraits de l'émission 

Une certaine inquiétude des Français quant à ce déconfinement

Michel Lejoyeux : "Je pense, étant psychiatre à celles et ceux qui ont plus d'envie, qui sont dégoûtés de la vie. On a là un vrai marqueur dans ce qu'on se représente demain : est ce qu'on a envie ? Est ce qu'on est inquiet pace qu'il va y avoir du monde ? Ou est ce qu'au fond, on est un peu replié sur soi-même ?" 

Karine Lacombe : "C'est vrai qu'il y a une dualité en chacun de nous : on a envie de retourner dans quelque chose qui ressemble à la vie d'avant et en même temps, on a peur d'être reprojeté dans notre vie actuelle. 

Je suis assez confiante quand même parce que je pense que chacun est vraiment imprégné de cette responsabilité individuelle que l'on a dans la résolution de cette pandémie. 

Tout le monde a intégré les gestes barrières. On a vu qu'on a déjà traversé pendant l'année des périodes qui étaient cruciales et finalement, par exemple, après Noël, on n'a pas eu de rebond épidémique parce que chacun avait bien intégré l'importance de faire attention. Et je pense que c'est bien qu'on aille vers un déconfinement et de retourner vers une vie de plus en plus normale. On a quand même des paramètres qui sont différents de ceux de l'année dernière : la vaccination, les tests… Et évidemment, il ne faut pas non plus qu'on lâche tout et qu'on ne fasse pas attention aux indicateurs sanitaires des semaines à venir". 

Avec le retour à  une vie plus normale, doit-on s'attendre à une baisse des vaccinations ?

Karine Lacombe : "Franchement, je ne crois pas, parce qu'au contraire, tout le monde a bien compris que les vaccins, c'était vraiment l'une des solutions à l'équation d'une retour à une vie normale. Et maintenant qu'on a quand même largement élargi l'accès à la vaccination, à partir de 18 ans dans certains cas et à partir de juin, ce sera vraiment pour tout le monde à partir de 18 ans, on voit que les gens ont envie de se faire vacciner et que l'hésitation vaccinale maintenant ne concerne qu'une toute petite partie de la population. Tout le monde a envie d'être libre dans ses déplacements, dans ses gestes, dans sa vie de tous les jours, de partir à l'étranger, etc. La vaccination va devenir probablement une variable incontournable". 

Doit-on s'attendre à une quatrième vague ?

Karine Lacombe : "Actuellement, les indicateurs sanitaires ne sont pas au top : même si on a une décroissance importante des admissions en secteur conventionnel de médecine, en réanimation et une baisse de l'incidence, on est quand même à une incidence qui est bien plus élevée, par exemple, que quand l'Angleterre a commencé à confiner (et ce beaucoup, beaucoup plus lentement que nous). On a également des indicateurs hospitaliers en réanimation qui sont encore plus chargés que dans d'autres pays. En même temps, ils descendent vite. On a aussi la vaccination qui monte assez vite.Il faut espérer que le croisement de ces deux pentes de direction opposées pourrait aboutir à l'absence d'une reprise épidémique. Et c'est pour ça qu'il faut être extrêmement vigilant sur les indicateurs. 

Si on a un message à faire passer, nous, infectiologues en épidémiologie, c'est de ne pas attendre qu'on soit au pied du mur avec une reprise importante des indicateurs pour remettre en place des mesures de freinage. Mais ça va être difficile. Quand on a ouvert les vannes après un an et demi de mesures de restriction, ça va être extrêmement dur de faire marche arrière. C'est pour ça qu'on aurait préféré avoir des indicateurs plus consolidés. Mais voilà, maintenant, on est à la veille, on va essayer de faire au mieux". 

Doit-on attendre d'être vacciné pour sortir ?

Une auditrice témoigne : "Terrasse ou pas : pas avant ma deuxième dose de vaccin. Et encore, j'attendrai les 15 jours recommandés pour la protection complète". 

Karine Lacombe : "Elle a entièrement raison. Quand on est vacciné avec une dose, c'est toujours mieux que rien, mais on n'est quand même pas protégé de façon optimale. Il faut bien les deux doses, et effectivement quelques jours supplémentaires pour que la réponse des anticorps soit assez élevée pour nous protéger. Maintenant, on sait également que se vacciner protège contre le fait d'activer le virus ou de le transmettre. Donc, oui, oui, elle a entièrement raison et je ne peux justement que préconiser cette précaution avant la réouverture demain : 

ne pas croire que parce qu'on a reçu une dose de vaccin, on est protégé, qu'on peut enlever le masque, vivre des situations promiscuité importante, etc. 

On est encore à risque d'être infecté.  

D'ailleurs, les personnes qu'on voit arriver maintenant à l'hôpital sont souvent des personnes qui ont reçu une première dose et qui malheureusement, se sont infectées entre temps. 

Ne devrait-on pas rappeler de remettre le masque entre deux plats au restaurant, entre deux verres au café ?

Karine Lacombe : "Je doute qu'on soit nombreux à remettre notre masque entre deux plats. Ce que je pourrais donner comme conseil à chacun, c'est de se faire dépister parce qu'on sait que la transmission se fait beaucoup lorsqu'on parle. Et aussi beaucoup par les asymptomatiques : presque 50% des transmissions se font par les personnes asymptomatiques. 

Maintenant qu'on a des outils faciles à utiliser, les tests antigéniques en pharmacie, les autotests, allez vous faire dépister. 

Le risque d'infection est-il plus fort enfermé au cinéma ou en plein air en terrasse ?

Karine Lacombe : "C'est difficile de vraiment savoir quelle situation est la plus à risque. Moi, j'aurais tendance à dire que dans une salle de cinéma, avec les espaces qui sont prévus entre les personnes, les aérations et le fait qu'on porte le masque, le risque est très faible. En revanche, en terrasse, si on est agglutinés les uns aux autres et qu'on passe plusieurs heures ensemble, même si le fait d'être en plein air diminue le risque, celui-ci reste plus important". 

Est-ce qu'on en fait trop sur la "libération" que représente cette première étape de déconfinement ?

Comme le souligne un auditeur, à cause du couvre-feu, les dernières séances au cinéma s'arrêtent à 17h30 donc les salariés ne pourront y aller que le week-end, les jauges font que tous les cafés théâtre ne rouvriront pas, les festival et restaurants sont pris d'assaut...

Michel Lejoyeux : "On peut quand même apprendre à déguster tous les moments de petit bonheur. On a eu des grandes grandes perfusions de pessimisme. On a passé un temps entre les émotions négatives, le pessimisme et l'incertitude. Je pense qu'un des éléments de notre résistance, c'est, sans naïveté, sans une espèce de bonheur qui serait à côté de la plaque, de prendre les moments d'optimisme. 

J'ai juste un point de vigilance, quand j'entends parler de terrasse : je suis quand même addictologue, je suis président d'honneur de la Société française d'alcoologie, j'ai toujours peur de ces moments où la consommation d'alcool est quasiment obligatoire. C'est-à-dire que pour être un bon citoyen, pour être dans le mouvement, il faut boire. Optimisme oui, un tout petit peu de modération quand même - en se rappelant que cette consommation d'alcool, si elle dégénère, peut avoir des effets extraordinairement attristant, angoissants, déclencheurs de troubles du comportement".

8 min

Le reste à écouter

Références

L'équipe

Fabienne Sintès, de 18h à 20h avec "Un jour dans le monde" et "Le téléphone sonne".
Fabienne Sintès, de 18h à 20h avec "Un jour dans le monde" et "Le téléphone sonne".
Fabienne Sintes
Production